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MUSIQUE DE CAMPRA

OPÉRA : L'Europe Galante. Air : Vous brillez seule en ces retraites.

si ti ‘J'ai senti, pour vous seule, une flamme parfaite.

comprenez, dit-il, que pour un opéra, improvisé en huit jours, on n’a pas le temps de faire des décors neufs ; on avait donc cherché ce qu’on avait de moins usé et de moins connu. Ainsi, pour le temple de la Paix, on avait été prendre un temple de la Sagesse qui n'avait pas servi depuis longtemps, mais sur le fronton duquel s’étalait malheureusement l'oiseau favori de Minerve, une énorme chouette. Il fallait au plus vite faire disparaître l'oiseau de mauvais augure, et le remplacer par un soleil, l'emblème de Louis XIV. Mais où trouver un peintre, quand tout était préparé, le décor mis en place, et le roi dans sa loge, trouvant que le spectacle était bien long à commencer ? Le pauvre Lulli s'arrachait les cheveux, il courait partout sur le théâtre, demandant à grands cris un peintre, un décorateur, un badigeonneur. Rien ne venait ; qu'un officier des gardes qui lui avait déjà dit deux fois : ‘* M. de Lulli, le roi attend.’ Enfin, on trouva un peintre quise mit à l'instant à la besogne ; il avait à peine commencé, que l'officier revient de nouveau à la charge :

—M. de Lulli, j'ai eu l'honneur de vous dire que le roi attendait.

—Eh! ventrebleu, s’écria celui-ci, que voulez-vous que j’y fasse, moi ? Le roi peut bien attendre, il est le maître ici et personne n’a le droit de l'empêcher d'attendre tant qu'il voudra !

Chacun se mit à rire de cette répartie dont la hardiesse faisait le principal mérite. Mais, malheureusement pour Lulli, son mot eu trop de succès ; il vint aux oreilles mêmes du roi. Le monarque absolu qui avait dit un jour : ‘‘ J'ai failli attendre ! ”, ne pouvait pas prendre en bonne part la saillie de son musicien. ””

Adam, Souvenirs d'un musicien, page 90.

(1) André Campra, musicien, naquit à Aix, en Provence, le 4 décembre 1660 et mourut à Versailles, le 29 juillet 1744. Après avoir été maître de chapelle à Toulon, à Arles et à Toulouse,

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NOELS ANCIENS 135 OPÉRA Æésione..…....…….. …. Air: Aimable vainqueur, Doux tyran d’un cœur.

MUSIQUE DE DESTOUCHES (1) ‘‘ Amadis de Grèce... Air : Le vent nous appelle.

Ah! que l’amour prépare en ce jour.

Assez de pleurs ont suivi nos malheurs.

D'une confiance extrême.

Tôt ou tard l'Amour est vainqueur.

{ Autres airs d'opéras que | Pellegrin n'a pas nommés.

AIRS DE VAUDEVILLES: ‘‘ Au guay lan, la, lan, lire ; ’’— ‘ Berger, prends soin de mon troupeau ; ’’—‘ Dans nos bois Sylvandre s’écrie ; ’’—‘‘ Dans nos vaisseaux que de beautés ensemble, *” de Pierre Gaultier (2) ; —‘‘ La bergère que je sers, Ne sait rien de mon martyre, ’ de PBacilly (3);—* Le beau berger Tircis ; ’—‘* Ni le barbon, ni le jeune blondin ; *’—"‘: Prends, ma Philis, prends ton verre ; ’—"‘‘ Quittons, quittons, quittons notre fardeau ; *’—‘: Si tu veux, sans suite et sans bruit, ’’ de Du- Bousset (4) ;—‘' Un inconnu pour vos charmes soupire ; *’—

Campra vint à Paris (1694) où il obtint la place de maître de musique à l'église collégiaie des Jésuites ; il passa ensuite en la même qualité à Notre-Dame,

De tous les successeurs de Lulli jusqu'à Rameau, Campra est le seul compositeur dramatique dont les ouvrages se soient soutenus à côté de ceux de Lulli. Campra jouit, de son temps, d’une grande réputation qui lui valut, en 1722, la place de maitre de chapelle du roi et celle de directenr de la musique du prince de Conti.

Cf: Firmin Didot Frères : VMouvelle Biographie Générale, tome

(1) André-Cardinal Destouches, compositeur dramatique, né à Paris en 1672, mort en 1749. Devint surintendant de la mus que du roi, et inspecteur général de l'Opéra. Il donna l'opéra d’'/ssé en 1697 ; Amadis de Grèce et Marthésia en 1699 ; etc., etc. Louis XIV fut si satisfait d’/ssé qu'il fit donner à l’auteur une gratification de deux cents louis et déclara que Destouches était le seul qui ne lui eût point fait regretter Lulli.—Cf: Firmin Didot Frères : Vouvelle Biographie Générale, tome 13, p. 916.

(2) Pierre Gaultier (1664-1697).

(3) Bénigne de Bacilly (1625-1692) prêtre, musicien-compositeur.

(4) Jean-Baptiste Drouard du Bousset (1662-1725). On a de lui vingt-un livres d’airs à chanter.

RTS EN METEO a FES OA

‘ Vous me l'avez dit, souvenez-vous-en ; ’—‘‘ les Quatrains ‘” de Pibrac (1) ;—‘' l'air de Joconde ; ‘’—‘‘les Folies d’Espagne ; ?’ —‘* Un mitron de Gonesse.

Je crois être agréable à mes lecteurs, en publiant— comme spécimen de la musique en vogue au dix-septième siècle—un air de vaudeville qui me paraît absolument distingué. Je regrette de n’en pas connaître l'autenr car il mériterait, certes, l'honneur d’être nommé. Le charme de la mélodie trahit un artiste, comme la phrase bien faite, correctement écrite, signale un véritable maître.

Prends, ma Philis, prends ton verre, chante la vaudeville.

Quelle était cette Philis de la chanson à boire? La même, sans doute, qu’aimait Oronte dans le Mrsanthrope : de Molière, l’inspiratrice du fameux sonnet de Bencérade :

Belle Philis on désespère, Alors qu'on espère toujours !

Mon imagination y croit sincèrement, mais sa conviction, pour ferme qu’elle soit, n’entraînera personne. La foi, sans les preuves, est une foi morte. A tout événement, si la Philis du vaudeville fut aussi belle que sa

, . » . n mélodie, elle méritait bien le Champagne sablé en son honneur.

Prends, ma Philis, prends ton verre !

Elle semble éclose, cette musique, de la fraîcheur de son teint, de la douceur de son regard, de la gaieté de son sourire voilé de mélancolie, ce qui étonne un peu dans une chanson à boire. C'était peut-être un toast d'adieu porté à la charmante Philis. Aussi bien cet air de vaudeville semble-t-il mieux convenir aux joies plus discrètes, aux émotions plus tendres d’une pastorale, qu'aux bruits tapageurs d’un refrain bachique. Faites-

(1) Dufaur de Pibrac (1529-1586).

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lui chanter, comme Pellegrin en tenta victorieusement l'aventure, faites-lui chanter un noël religieux, la poésie sereine d’un cantique, et cette mélodie rayonnera comme un bijou—elle en est un véritable—de tout l'éclat de sa iumineuse harmonie.

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naî- tre, Ahlque ton a-mourest doux! Loin de

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roux. Cher En-fant qui viens de naî-tre, Ah! que

mai- tre, Tu viens

t’im-mo- ler pour nous.

Cher Enfant qui viens de naître,

Ah ! que ton amour est doux !

Loin de nous punir en maître,

bis

Tu viens t'immoler pour nous.

En Toi seul le monde espère, C'est pour nous que de ton Père Tu ressens tout le courroux.

Ah! que ta propre justice

Pour Toi s'arme de rigueur !

Elle frappe un Dieu propice

bis

Pour servir un Dieu vengeur ; | Pour avoir trop de clémence

Tu ressens trop de vengeance,

Ton amour punit ton cœur.

Il n’est point de créature | Qui ne s'arme contre Toi, bi On dirait que la Nature | re Méconnaît son divin Roi ;

C'est ton Père qui l'anime

A punir de notre crime

L'Auteur même de la loi.

La saison la plus cruelle

T'asservit à ses frimas, A son Maître elle est rebelle,

bis

Elle n’en fait plus de cas.

Contre le Sauveur du monde On entend le vent qui gronde, Tout m’annonce le trépas.

Malgré ta toute puissance Tu gémis dans un berceau, bis Tu ne reçois la naissance \ Que pour entrer au tombeau.

Ah! faut-il que la mort même

Contre son Maître Suprême Usurpe un droit si nouveau ?

C’en est trop, Dieu tout aimable, Nous devons, à notre tour, Puisque ton amour t'accable, Expirer pour Toi d'amour.

Fais que tes divines flammes Brûlent, dévorent nos âmes, Et s’augmentent chaque jour.

bis

Il se peut que je m’abuse sur la valeur et le mérite de ce noël, mais il me semble absolument exquis. A ce point que j'ai rêvé pour lui d’une réhabilitation artistique, d’un regain de vogue et de popularité. Pour aider, en autant que cela dépendait de moi, cette œuvre de résurrection musicale, provoquer ce retour de la faveur publique, j'avais demandé à un ami, M. Ephrem Chouinard, de in’écrire pour ce noël un accompagnement qui fut digne de sa mélodie —mélodie que j'ose qualifier d’aristocratique tant elle me paraît distinguée. Monsieur Chouinard, qui est un modeste, se récusa; mais, trop bienveillant pour m’opposer un refus, il chargea son fils, M. Jules Chouinard, étudiant en médecine à l’université Laval, de composer l’accompagnement désiré, et que je publie ici avec reconnaissance. Je voudrais être un musicien autorisé pour joindre mes félicitations à mes remerciements. Aux connaisseurs, experts en harmonie, appartient la critique de cette page que je trouve fort belle, à eux de dire la mesure des éloges à décerner au jeune compositeur.

NOËL DE PELLEGRIN

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XVIT.

Au cours de mes précédents articles sur les Voë/s nouveaux de l'abbé Pellegrin, j'ai dit que ‘ nos ancêtres canadiens-français chantèrent tous ces noëls et bien d’autres encore ; l'événement en est sûr: mais la certitude absolue du fait ne constituerait pas une raison de les rééditer en bloc.” Je crois devoir réaffirmer cette assertion au sujet des noëls contenus dans le recueil Garnier. L'intérêt, comme l'utilité de cette étude, est de rechercher, dans cette foule compacte de cantiques centenaires, quels noëls nous chantons encore aujourd’hui que chantaient autrefois nos ancêtres. Le recueil Garnier m’en fournit trois: Venez, céleste époux ; Célébrons tous d'une voix et Dans cette étable.

Le premier de ces noëls, Venez, céleste époux, est écrit sur la musique du Carillon de Dunkerque. Comme indique son nom c'était un air qu'exécutait à Dunkerque, bien avant 1750, une horloge à carillon. C’est une mélodie caractéristique, originale, et d’un joli dessin.

Allegro. ee!

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-pas, Des-cen-dez, ne tar - déz pas. Il

oëls nouancêtres et bien la certiaison de 1er cette » recueil tude, est antiques aujoure recueil re; Célé-

est écrit Comme à Dun- 1. C’est li dessin.

CDR PRIE 2 ; DD —7— 9 ee ste 5

est temps, Dieu tout ten- dre, De fi - nir nos mal-

-heurs, D'a- bord tout va se ren- dre A vos

traits vain - queurs; Ve - nez, sans plus at-

-ten- dre, Pour le sa- lut de tou Ve-nez, etc.

Quant à la valeur poétique du noël composé sur l’air du Carillon de Dunkerque elle est manifestement nulle. Il suffit, pour se convaincre, d’en lire le refrain et le premier couplet. Rien n’égale sa médiocrité littéraire si ce n’est la fadeur religieuse des six strophes qui le composent. C’est, incontestablement, de tous les noëls insérés dans ce recueil Garnier, l’un des plus faibles et des plus ternes au point de vue de l’expression et du sentiment. Je m'explique difficilement pourquoi un aussi piètre cantique ait survécu dans la mémoire de nos ancêtres de préférence à tant d’autres beaux noëls plus dignes, à tous égards, de leur souvenir. Il doit sans doute ce bonheur imimérité aux charmes d'harmonie imitative du Carillon de Dunkerque, gracieuse mélodie, très alerte et très gaie, pimpante de jeunesse malgré ses cent cinquante ans de vogue. Zes Cloches de Corneville sonneraient ce carillon-là dans l’opéra de Planquette que

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