JULIENNE, FARGEAU
{Au lever du ridrau . Julienne range dans le salon , Fargeau entre par le
fond, j
FARGEAU
JULIENNE
Levée à huit heures !.. mademoiselle ?.. vous êtes fou...
FARGEAU
C'est qu'elle doit me députer aujourd'lmi à la ville... Vous n Ignorez pas que son père, M. le comte de Wonval, y est retenu pour affaires, depuis dix jours : il y a gros à parier qu II ne reviendra guère que la semaine prochafne , et mademoiselle \irsuue a plusieurs commissions de con.séquence qu elle veut me charger pour M. le comte.
JULIENNE
Oui... mais il est trop matin... faut attendre...
FARGEAU
Près de vous, aimable Julienne, l'attente est le bonheur...
JULIENNE
Laissez donc... vous aimeriez mieux faire un tjur de
FARGEaU.
Lâchasse?., j'en deviens, méchante... ous que j'ai déià lue, a votre attention, un lapin et deux z'hibous... que e dois vous faire hommage. ^ '
JULIENNE
Lu lapin, bon... en gibelotte. Mais deux z'hiboux... pourquoi faire?.. ^
FARGEAU
Pour vous faire honneur... quand vous serez M- Farceau Je les accroche à notre porte avec trois clous d'épi„Hcrct il ne passe pas un passant qui ne dise : « Voilà deix animaux » carna,ssiers qui infectaient le pays... c'est Fargeau qui les
«— -ffi [^ s — »
B a tués avec son fusil. » Là-dessus la ménaç;ère se redresse... el voilà comme la mort de deux z'Iiihous relève vuie femme à ses propres yeux ; je dis une femme de garde-ehasse.
JULIENNE
Oui, mais d'ici que j' lu sois, voire femme...
FARGEAtî.
M'est avis que ça ne serait pas long , si mademoiselle Virginie se décidait à épouser son prétendu, M. Norbert, qu'est arrivé y a quatre jours au château... c'est ça un honaiie...
JULIENNE
C'est vrai qu' c'est un beau garçon.
FARGEAU
Et pas fier avec le monde.
JULIENNE
0!i ! ça... il veut toujours m'aider à faire mon ouvrage.
Air : Ne vous pressez pas de juger.
Il faut le voir , que cT peine il s' donne ,
Quand il descend dans noT bass'cour ;
C'est pis fjii'un vrai diabîe en personne ;
Il abat d' la b'sog^ne en un jour.
D' la vaclic il sait i'aii' la litière,
Ça prouv' qu'il a fièr'nient d' l'esprit 1
FARGEAU
Eh non ! ça proiiv' seiil'ment, ma chère, Que c' gaillard-là sait f'air' son lit.
C' que j' sais , c'est qu'il n' me fait pas du toiU l'effet d'un maître.
JULIENNE
C'est vrai, il semble qu'on le connais depuis des années... il vous tape sur la joue, il vous tulaie...
FARGEAU
Bail ! il ne m'a pas encore ta{)é sur la joue , à moi.
JULIENNE
Hier soir encore... il m'a embrassée...
FARGEAU. 1
11 vous a embrassée ?. .
JULIENNE
Il m'embrasse tous les jours pour me dire bonsoir.
FARGEAU
Ah! oui... par politesse.
JULIENNE
Et puis aussi tous les matins... pour me dire bonjour... toujours par politesse.
FARGEAU
^u fait il a de l'usage et des seutimens, ce jeune homme.
Tnuij^inez que drès le lendemain de son arrivée an château , sa première visile a été pour moi... Fargeau, qu'il m' dit : car il savait déjà comment je m'appelle; l'es-t-un fin chasseur? — Connu, que j' dis. — Chasses-tu le renard? qu'il m' dit. — ,]'y vas de c' pas, que j' dis. — Eh ben ! tape!., nous irons ensemble... Et d'puis ce jour-là nous sommes tous les deux comme une paire d'amis.
Air : Vaudeville de Fanchon.
De ma p'tit' chienne Béhelle , De mon grand chien Fidèle, 11 sait d'jà les noms Et prénoms.
Il laisse là sa maîtresse , Quand il sait que j' l'attends en bas. . . C'i-st ça d' la politesse Ou je n' m'y connais pas.
J€LIEKNE.
Eh ben ! mam'seile dit qu' c'est un homme sans éducation... un grossier.
FARGEATI.
Oui... parce qu'il veut l'épouser.
JtJLIEN>E.
C'est pourtant pas une grossièreté , ça...
FARGEAU
Sans doute... mais mademoiselle Virginie est si mignonne. Elevée au couvent par la sœur i^Ionique , c'fe bonne religieuse, qui ne l'a jamais quittée , elle a les goûts et les habilvides d'une grande dame, la toilette et les airs d'une demoiselle de Paris. . tandis que M Norbert est tout sans façons... il ne peut pas rester une demi-heure enfeitué dans un salon.
Air : Amis , voici la riante semaine.
Dès le matin il se met en campagne ,
L' l'usil sur r dos , court comme un dératé :
Puis quand vient 1' soir , et qu' l'appélit le gagne ,
11 rcnt' chez lui tout mouillé , tout crotté.
Qu'est-c' que vous dites d'un pareil caractère,
D'un homme enfin qui n'est jamais chez luir*
Pour amoureux 1' prendriez-vous, ma chère?
JULIENNE
Non vraiment, je le r'tiendrais pour mari , Je le r'tiendrais pour en fair' mon mari.
FAReEÀU.
Eh ben ! j'ai peur que lui et mam'seile ça ne fasse nn drôle de mariage.
JULIENNE
Drôle ou non , n'y a pas à barguigner... C'était une affaire convenue avec monsieurdu vivant du père du jeune homme.
Et quand c' garçon serait lui peu rustique... c'est pas moins un bel homme... Sœur Monique trouve ([u'il ressemble coitjîuc deux goutles d'eau à je n' sais plus quel saint du calendrier... et puis un fils de bonne maison... sa mère est comtesse... et s'il n'en sait pas davantage, c'est que madame sa mère n'a pas voulu le faire élever dans un collège... elle l'a gardé avec elle à la campagne... ce jeune homme s'est lormé tout seul dans une basse-cour.
FARGEA17.
Je comprends bien que c'est un élève de la nature comme mon chien Fidèle qui chasse de race... Mais alors il ne veut peut-être épouser qu'une personne naturelle comme lui... Je crois, moi, qu'il attend le retour de M. le comte pour lui dire...
.ITJHENNE. '
Qu'il ne veut pas épouser sa fdle ?. . \h ben !.. M. le comte (ju'est si fier... quelle colère!., v'ià un affront qu'il ne pardonnerait jamais. Mais c'est M. Norbert que j'entends...