‹ Norbert; ou, Le campagnard; comédie-vaudevilleChapitre 4 sur 25 · NORBERT, FARGEAU · texte numérisé non relu

NORBERT, FARGEAU

NORBERT, la suivant.

Comment!

FARGEAC.

Elle parle de moi ?.. qu'est-ce qu'elle dit de moi?

NORBERT, se reprenant.

Elle veut que je te demande... tu la connais donc ?

FARGEAV.

Est-ce que je suis pas de la maison ?

Oui... mais je veux dire... vous êtes bons amis?..

FARGEAU

Nous devons nous marier ensemble.

Vous marier! (À part.) Drôle de question que j'allais lui faire. (Haut.) Eh bien! et la chasse?., à quand le renard?..

FARGEAU

C'est là ce que Julienne vous disait de me demander?

Oui.

FARGEAU

Pas de nouvelles depuis trois jours. Bébeîle et moi, nous avons beau flairer, quêter partout... je ne sens rien , Bébelle voit rien... Tenez, M. Norbert, vous qui connaissez l'esprit (le la chose , vous n'ignorez pas que le renard est naturellement, et par lui-même, un animal astucieux et fuyard, plus curieux de rencontrer en sOn chemin la poule et ses petits qu'un bon chasseur et son chien... le fusil sous le bras. Mais suivez bien, je vous prie , mou raisonnement... Mon raisonnement, c'est celui de la bête.

Je t'écoulc.

«■- -œ o s — * FAEGEAII.

La l)èlc est dans son tiou , ou elle n'y est pas : voilà mon opinion. Si elle y est et «prclle s'y trouve bien, c'est peutêtre pour ça qu'elle y reste. Il est probable alors qu'elle se «lit à elle-même : Je suis ià, dans mon trou, (jue Fargeau (car elle me eonnaît bien, la maligne bùle! ) dans mon trou que Fargeau ne sait pas encore où il est; donc, ce que j'ai (le mieux à faire, c'e>t d'attendre... et la bête attend. Si au contraire la bête n'est pas dans sou trou... NouBERT, l'interrompant.

C'est qu'elle attend dehors au lieu d'attendre dedans... Mais toi, qu'est-ce que tu fais ici ?

FARGEAV.

j'attends...

NORlStRT.

Comme la bêle... et qui attends-tu?

I'ARGEaU.

Mademoiselle Virginie.

Elle va venir ?.. je me sauve.

(Fausse sorlic.j FARGEAU.

Vous VOUS sauvez... devant votre épouseuse ! NORBERT, revenant.

Époux?., oh ! nous ne le sommes pas encore... ça n'est pas là ce qu'il me faut... Elle me fait leffet de ces petites {)imbôclies de Paris qui ont passé l'été dernier dans notie voisinage... Je n'aime pas toutes ces péroneiles-là , moi.

FAPGEAF.

Vous laissez ça aux muscadins, n'est-ce pas?., à M. Léon, par exemple...

(>a'est-ce que c'est que M. Léon?

FARGEAV.

Le neveu du préfet... qui ne vient au château (pie pour luademoiselle... et il y vient souvent... un petit jeune honuîie Irisé, musqué, ciré, (pii sait mellrc sa cravate et clianîer «les romances.

Ah!., elle a un jeune Iiomme qui lui chante des roiTiances; il dit le premier couplet, n'est-ce pas?., elle répond par le second... et puis ils cliantent le troisième ensemble... oh que c'est ça!

FARGEAV.

Oui .. ils s'eslasenl sur des balivernes où ni vous ni moi nous ne comprendrions goulle... ciilui ils sont heureux.

NOUBIiRT.

Vraiment?., ça n'est pas cher... et c'est lovil ?..

FARCEAII.

Oh!., le petit bonhomme n'haïrait pas de prendre voire place... c'est-à-dire votre femme...

NORBERT, vivement.

Je la lui cède.

FARGEAt;.

Mais il n'a pas de fortune... et là-dessus M. le comte n'entend pas raison... Le petit parlait d'avoir un bon emploi... alors, je ne dis pas... mais ça ne veut pas venir... Et c'est peut-être aussi heureux pour lui, parce que j' crois que V mariage ne lui vaudrait rien...

Pourquoi ça ?

FARGEAU

Ah! parce qu'il est d'une santé faible... il a une gastrique, (ju'iis ai)pellent; et le docteur... dit comme ça que quand un a une ga.>.tiique , vine femme c'est un Père Lachaise... C'est pas comme vous... quelle sauté !.. oh! vous ferez un fameux mari.

A la bonne heure... Mais ce petit chanteur de romances... il paraît (jue malgré sa gastrite...

FARGEAU

Ah bali!.. toutes ces demoiselles de bonne maison ont toujours un petit jeune homme, avec qui elles chantent e;i at- Icîidant qu'elles se marient... ça ne signifie rien.

Mais ce qui signifie beaucoup c'est que je n'aime pas celle qu'on me propose : elle est jolie, bien tournée, d'accord... mais son genre, ses manières... Hein?., j'entends parler... c'est elle!.. Ah! mon Dieu... viens vite... sauvons-nous.

FARGEAU

Elle m'a dit de l'attendre ici.

En ce cas, je me sauve tout seul. llecois-Ia pour moi... je vais chasser pour toi...

FARGEAU

Et si elle vous demande...

Dis ce que tu voudras... que j'aie le temps seulcjuenl de prendre ma carnassière et mon fusil.

Air du Siège de Corhillic.

Aniusc-la pour que je sorle , Caclie-lui que je vais partir;

ENSEMBLE

4— ss 1 o a»— >

Puisqu'elle entre par une porte , Moi , par l'autre , je dois sortir.

FARGEAU

Je vas, monsieur, cliercher quelqu' bonne excuse,

Mais j'ai bien peur de rester coi ; Et pour trouver quelque chos' qui l'amuse...

Ne t'avîs' pas de lui pas de lui parler de moi.

FARGEAU

De l'amuser j' vas faire en sorte, Et j' cach'rai qu' vous v'nez d' partir... Puisqu'elle entre par ime porte , Par l'autre vous devez sortir.

Amuse-la pour que je sorte , Cacbe-lui que je vais partir ; Puisqu'elle entre par une porte, Moi, par l'autre, je dois sortir.

(Norbert sort.)

VIRGINIE, Soeur MONIQUE, FARGEAU.

VIRGINIE, au fond.

Je vous répète, sœur Monique, qu'une pareille situation est insupportable!..

SOEUR MONIQUE

Eh bien!., eh bien!., qu'est-ce que c'est?., on ne sera donc jamais raisonnable?., on se désolera donc toujours?.. Je ne veux pas de cela; je veux qu'on ait du courage... Pourquoi n'avez-vous pas dormi cette nuit?.. Pourquoi ne voulez-vous pas déjeûner ? ne devriez-vous pas chercher à prendre des forces, au contraire?.. Quand je me vois au moment d'avoir du chagrin, je Sais mon café un peu plus fort qu'à l'ordinaire, ou bien je bois un petit coup de quehjue chose de bon; on chante un cantique par là-dessus, et il n'est plus question de rien.

VIRGINIE

Que je suis malheureuse !

•SOEUR MONIQUE

Vous êtes malheureuse, dites-vous?., et les autres., que diront-ils... si vous vous plaignez ?.. Vous Ctes certaine d'être toujours bien nourrie, bien chauffée , bien logée, des draps blancs quand vous voulez... Que vous manque-t-il pour être heureuse ?..

VIRGINIE

Ma sœur, vous ne pouvez comprendre ce que j'éprouve... votre cœur est exempt d'inquiétudes...

^ — œ 1 l s— > SOEUR MOMQUE.

Chacun a sa croix, nia chère demoiselle... J'ai mes chagrins comme vous avez les vôtres... mais on se fait une raison...

VIRGINIE

Je vous dis qu'il faut en finir... Ce M. Norbert s'expliquera... aujourd'hui même... tout-à-l'heure... je veux le voir... {Apercevant Fargcaa.) Ah! c'est vous, Fargeau... Où est M. Norbert... je veux le voir...

FARGEAU , embarrassé.

Mademoiselle... je... j'attends les lettres pour M. le comte.

Je vous demande oi!i est M. Norbert... trouvez-le... priezle de venir... je désire causer avec lui.

FARGEAU

J'y vais, mademoiselle. {A part.) Pauvre garçon !.. pourvu qu'il soit parti pour la chas.se !

(11 sort.)

SCÈT^^E Y.

Sœur MONIQUE, VIRGINIE.

Sœua MONIQUE.

Et qu'allez-vous lui dire , s'il vous plaît?

VIRGINIE

Le sais-je moi-même ?

SOEUR MONIQUE

Mais enfin l'aimez- vous ou ne l'aimez- vous pas ?..

VIRGINIE

Pouvez-vous me faire une semblable question?.. L'aimer! un homme sans éducation... sans manières... qui, depuis quatre jours qu'il est ici , ne m'a pas adressé quatre paroles ; qui est venu pour m'épouser... et qui s'en retournera peutêtre sans avoir vu mon visage!.. En vérité, sœur Monicjue , je ne sais où vous avez la tête... Vouloir que j'aime un pareil homme !

SOEUR MONIQUE

Et pourquoi pas? . je le trouve fort beau, moi... Il me rappelle la seule tête d'homme qui aurait pu me faire connaître l'amour...

A la bonne heure... mais l'objet de votre passion n'avait peut-être pas les mêmes défauts de caractère.

SOEUR MONIQUE

Des défauts?, non.,, c'était un superbe portrait de saint

Charles Borromée, placé à gauche en entrant dans la chapelle du couvent des Ursulines. M. Norbert lui ressemble comme deux gouttes d'eau... au physique; pourquoi ne lui ressemblerait-il pas au moral?

Air : Daignez m'épargncr le reste.

Saint Charles Borromée avait , Si nous en croyons la légende, Tout c' qu'il pour être parfait, La figur' belle et l'âme grande.

Monsieur Norbeit, assurément, De saint Cliarle' a l'air tout céleste ; Front dégagé , souris charmant , Ses cheveux noirs, son r'gard aimant ; Il doit avoir aussi le reste.

Mais peut-être vous auriez plutôt de l'inclination pour M. Léon ?

VIRGIME.

Je ne dis pas cela.

SOEliR MONIQT E.

Et VOUS faites bien... Ces choses-là ne se disent jamais... Mais M. Léon est si bien élevé, si doux, si prévenant... c'est dommage qu'il soit d'une si faible santé... tandis que M. Norbert...

vincisiE.

Vous revenez encore à M. Norbert?..

SOECR MOXIQCE.

Dame!., écoutez donc, mademoiselle, vous ne lui ôterez pas son mérite personnel. Outre sa ressemblance avec... il a des ([ualifés essentielles... Savcz-vous que son père lui a laissé un beau château et trente bonnes mille livres de rente ?..

VIRGIME.

N importe... ce n'est pa.«» l'homme qu'il me faut.

Air du Dieu des Donnes gens.

Ma sri'ur , hélas ! je suis bien malheureuse !

Ce mari-là ne peut me convenir;

Si j'acceptais celte union affreuse ,

Je devrais craindre un bien triste avenir.

SOEIR MONIQIE.

J'entends se plaindre ainsi tout'sces d'moiselles

De c' qu'elles n'ont pas un mari de leur goût. . .

Pour s' consoler, ell's d'vraient songer à celles

Qui n'en ont pas du tout.

VIRGINIE

On vient... c'est M. Norbert sans doute...

SOECR MOMQFE

Non... c'est M. Léon.

VIRGINIE

Si malin!., par quel hasard? ! i

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