‹ Nos archives [microforme]Chapitre 6 sur 12 · STATISTIQUES AGRICOLES · texte numérisé non relu

STATISTIQUES AGRICOLES

En Angleterre et aux Etats-Unis, le gou‘’ernement publie

‘tous les ans sur les résultats de l’agriculture des statistiques qui font connaître dans tous les détails la condition et le produit de l’industrie agricole. Ces statistiques font voir Tétendue des terrains en culture, en pâturage, et en jardins potagers ou vergers, l'étendue respective des différentes cultures : céréales, foin, légumes, etc., le nombre des différentes espèces de bétail, les quantités de céréales, de foin, de légumes, etc., récoltées, ainsi que la quantité et la valeur des produits de l’industrie domestique : beurre, fromage, lin, etc. Ces statistiques, notamment celles qui se rapportent à la production des céréales et au bétail, ont la plus grande actualité et fournissent au commerce comme à la classe agricole des renseignements d’une valeur presqu’inappréciable. C’est en grande partie sur les rapports du Board of Statistics, en Angleterre, et du Bureau of Stitistics, de Washington, que se guident les négociants qui font le com. :merve des céréales et des autres produits agricoles.

Nous ne prétendons pas que la statistique agricole soit ‘aussi importante dans la province de Québec, mais nous -soutenons qu’il est nécessaire de connaître chaque année, an moins dans les parties les plus importantes, les résultats

de l'exploitation agricole, Des rapports officiels sur cette-

matière attireraient l'attention des négociants sur certains produits, dont l'importance, sans cela, reste ignorée, au grand détriment des producteurs. Supposons, par exemple, que le rapport du régistraire constate que dans certaines localités on élève beaucoup de moutons et que par conséquent on produit des quantités considérables de laine : de suite le marchand de laine se mettra en rapport avec les cultivateurs de cette localité pour acheter leur laine. Cela se pratiquerait même par les marchands des autres provinces et des Etats-Unis, ce qui ferait bénéficier le producteur

d’une concurrence fort avantageuse pour lui. Nous pour-

rions appliquer cet exemple à la production des céréales, du beurre, du fromage et de tous les produits agricoles.

Un autre avantage que procureraient ces rapports an

nuels serait de faire voir les progrès de la colonisation.

Voici un canton qui s'établit, grâce aux sacrifices que le:

gouvernement s'impose pour ouvrir des chemins, aider les colons, etc. Après un an ou deux, le rapport du régistraire accusera une population qui s’est doublée ou décuplée, une récolte de tant de minots de céréales, une étendue de tant d’acres en culture, en pâturage ou ensemencés : ce sera la preuve évidente que les deniers du gouvernement ont fructifié, et que les sommes dépensées en tel endroit pour les

fins de colonisation ont donné tous les résultats qu’on avait

droit d’en attendre.

Ce rapport constaterait pareïllement les progrès opérés.

par nos agriculteurs dans leur système de cult :. Prenons

un exemple. Cette année, le rapport montre que dans une:

paroisse on a ensemencé en blé deux cents acres qui ont produit 2,400 minots, ou douze minots à l’acre. Dans deux ans, le rapport fera voir que dans la même paroisse, et dans les mêmes conditions, il a été ensemencé cent cinquante

acres qui ont produit 2250 minots de blé, ou quinze minots 1 . à l’acre. Ne faudra-t-1l pas conclure de ces deux faits que la culture du blé est améliorée ?

Ces exemples démontrent assez, croyons-nous, l’utilité, la nécessité même des statistiques agricoles qui, au point de vue de l'immigration, constituent le moyen le plus efficace

| de faire connaître notre province à l'étranger. En vain nos | agents feraient:ils de beaux discours, écriraient-ils des articles de journaux ou des brochures pour montrer que l’imll migrant peut s'établir avantageusement dans la province de {l Québec, si ces discours, ces articles de journaux et ces brol - chures ne sont pas appuyés sur des chiffres officiels, des 1h renseignements pratiques, montrant jusque dans les détails || ce que peut espérer un homme qui se livre ici à l’agricul- - ture. C’est au moyen de la statistique agricole que les . Etats-Unis ont réussi à créer ce courant d'immigration qui ‘ eñnglortit presque la population indigène de l’union amé- À ricaine. Parlez des Etats-Unis à un /enant de la Grandeà Bretagne, à un petit cultivateur allemand : généralement il | ignore si la forme du gouvernement est monarch:que ou républicaine, mais 1l sait que les terres de l’ouest produisent de quatorze à seize minots de blé à l’acre, et cela suffit à le faire passer en Amérique. Ainsi s'explique la colonisation sirapide des Etats de l’ouest où, comparativement à notre province, les avantages naturels du sol sont compensés par la difficulté et la cherté des transports.

|| La loi devrait pourvoir à la collection annuelle de ces statistiques. Le moyen le plus efficace et le plus simple serait de faire entrer tous ces renseignements dans le rôle | d'évaluation et d’obliger les évaluateurs à les recueillir en même temps q'r'ils font l'estimation des propriétés. Le cahier destiné à cette fin pourrait être divisé en colonnes avec | des en-têtes indiquant l'étendue en état de culture, en

ne e

pâturage, en foin, ensemencée, le nombre de minots de blé, d'avoine, etc., récolté, l'étendue ensemencée de chaque espèce de grain, en pâturage et en foin, ainsi que le nombre de chevaux et autres bestiaux de ferme. Les propriétaires occupants ou résidents, pour’ aient très-facilement donner toutes ces informations aux évaluateurs ; les non-résidents seraient obligés de les transmettre au secrétaire-trésorier, qui les annexerait à celles recueillies par les estimateurs, et adresserait un résumé du tout au régistraire provincial.

On objectera, peut-être, qu’il serait difficile de se procurer tous ces renseignements. Cette objection est futile. Quand la même chose se pratique si bien en Angleterre, en France et dans presque tous les pays, nous ne voyons pas pourquoi elle ne réussirait pas ici. Nos populations rurales sont pour le moins aussi intelligentes que celles des contrées de l'Europe et se familiariseraient bien vite avec ce système, si sa mise en opération était confiée à une organisation spéciale, dirigée par un homme actif et dévoué. On a fait les mêmes objections à l'introduction du régime municipal actuel, et cependant il n’est pas de pays où le système municipal ait mieux réussi que dans la province de Québec. Il en sera de même pour la collection des statistiques agricoles, qui n’exigera qu’un peu de patience et de bonne volonté pour réussir parfaitement.

Page 1