LES INCURABLES : IDIOTS, ETC.—LEUR TRAITEMENT
L’encombrement dans les asiles, disent les comissaires dans leuraconclusions générales (1888), est.
un mal plus sérieux ; il trouble le bon ordre, brise la disciplice et fait perdre aux asiles leur unité, et va directement contre le plus cher intérêt de l’aliéné : la guérison.”
Or, cet encombrement des asiles provient du peu de discrétion que l’on apporte dans l'admission à l’asile. Tous y sont indistinctement reçus, curables ou ingeurables, aliénés, idiots, imbéciles, déments, &c.
On a pu voir, cependant, parles citations que nous avons déjà faites, que l'asile ne ‘doit pas être un hospice, une maison de refuge ; maïs un instrument de guérison. Maïs comment pourra-t-on en faire un instrument de guérison avec la présence et le contact permanent de tous ces incurables qui, non seulement ne peuvent en éprouver eux-mêmes aucune amélioration, mais sont réellement un danger constant pour ceux qui ont des chances de guérir. Il faut donc, à tout prix, débarrasser les asiles de tous ces infirmes de l’esprit qui ne sont pas curables, il est vrai, maîs qui sont éducables dans une certaine mesure et qui ne pourront que gagner à être traités spécialement et à part, tandis que leur absence du milieu des curables, mettra ces derniers dans des circonstances beaucoup plus favorables pour s’acheminer vers la guérison. . Nous avons dit qu'il faut s’en débarrasser à tout prix, et cependant, nous verrons plus loin, que non seulement le gouvernement ae.serait pas obligé, avec le système
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que nous proposons, de payer plus cher pour l’entretien des idiots, mais qu'au contraire, il réalisek rait une économie assez considérable, Ecoutons maïntenant le Dr Vallée sur ce sujet. Car nous tenons à le suivre pas À pas, certairf que nous sommes de ne pas nous égarer en nous appuyant sur une autorité aussi éminemment compétente. Du reste, nous sommes heureux de pouvoir, par les extraits les plus longs possibles, faire connaître au public ces admirables rapports, si sobres, si mesurés et si profondément pensés, qui dénotent non-seulement des aptitudes hors ligne, mais encore: un travail conscientieux, honnête et éclairé, fait dans Île seul désir de mettre la science au service de l'humanité souffrante.
‘Jusqu'ici, dans riotre pays, l'assistance de l’idiot a été confondue avec celle de l’aliéné—(rapport de 1887)—et c’est une des causes de l’encombrement des asiles. [1 y a cependant entre l’idiot et l’aliéné une différence essentielle qu'Esquirol caractérisait sous une forme saisissante en disant
, que l’idiot est u:11 pauvre de naissance et le dément ün homme ruiné. “ L'idiotie, dit le professeur Ball, n’est point une perversion ou une abolition de l’intelligence. C’est une privation plus ou moins absolue des facultés intellectuelles, par suite d’un
. vice de conformation, d’une atrophie des organes correspondants.” Cette distinction est des plus importantes au point de vue de l'assistance publi-
que dans l’un et l’autre cas. J’ajouterai même qu’il y à un sérieux intérêt social à ne pas perdre de vue que l’état d’appauvrissement intellectuel qui constitue l’imbécilité, présente, surtout dans le jeune âge et aussi longtemps que l’évolution organique n’est pas terminée, des degrés auquels il convient d'appliquer des règles différentes. Aïnsi, le Dr Ball les divise en idiots automatiques et en idiots spontanés. Les premiers sont simplement réduits aux actes de la vie végétative et ne sont susceptibles d'aucune transformation; mais les idiots spontanés ou partiels sont éducables dans une certaine mesure. Il en est qui sont plus ou moins doués, soit de quelque dextérité de la main, soit de la mémoire, soit du sentiment musical, etc. Ces dons rudimentaires peuvent être développés par l'exercice; ceux qui les possèdent sont susceptibles de devenir, par une éducation appropriée, sinon des créatures humaines complètement aptes à la vie sociale, au moins des êtres capables d’un travail utile, suffisant pour qu’ils ne soient plus une charge pour la suciété, et pour qu'ils la récompensent des frais de leur éducation.
‘* Ne serait-il pas à propos de créer des établissements spéciaux pour ces pauvres malheureux ?
‘ Comme le fait remarquer le Dr Roussel—(rapport de 1890)—l’éducation des idiots et des crétins ne peut, pas plus que celle des jeunes aveugles et sourds-muets, ressembler à l’éducation ordinaire;
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elle doit être appropriée à l’état de ces organisations incomplètes dont on ne saurait faire sortir des Hommes complets, maïs dont on peut tirer, "nomiquement et moralement parlant, un parti plus ou moins avantageux suivant les rudiments de facultés et les aptitudes professionnelles qu’on découvre en elles.”
“ FUexiste des établissements de ce genre dans plisieurs pays, entre autres ‘en Angleterre, en Euose ux Etats-Unis, en France, etc. Aïnsi, er: Anglete::, l’asile d’Eurshvood, fondé en 1847, donne J'''nration : &s de 600 idiots des deux sexes., Celui ae L'avm. ‘ui est beaucoup plus récent, renferme &èes écoles pour environ 300 garçons et 300 filles; et enfin le Royal Albert Asylum for Idiots peut recevoir une population à peu près égale. L’Ecosse possède plusieurs asiles du même genre, entre autres celui de Baldovan et celui de Larbert. Dans toutes ces institutions, les résultats obtenus ont été des plus avantageux. “ Non seulement, dit le Dr Roussel, on parvient à utiliser le travail des moins éducables à des métiers tels que la fabrication des nattes, mais on en amène un assez grand nombre à exercer profitablement les métiers de vannier, menuisier, serrurier, cordonnier, tailleur, couturier, imprimeur, sans parler des travaux agricoles pour lesquels existe à Earslwood une ferme de 90 acres, avec bergerie et vacherie, et des éceles qui permettent de compléter l'éducation des moins maltraités de
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la nature, en sorte qu’un certain nombre d’entre eux parviehnent comme musiciens, dessinateurs, calculateurs, etc., à prendre rang dans la famille hümaine, à se placer au dehors etjà gagner honorablement leur vie.”
€ C'est À un médecin français, le Dr Félix Voisin, qu'est due l'initiative Ue la réforme du régime pédagogique approprié aux énfants idiots. Cette œuvre a été reprise ensuite par Belhomme, Séguin et Delasiauve; et cdbendant, après avoir ainsi donné l’impulsion, la France a été devancée dans cette voie par l'Angleterre et les Etats-Unis, qui n’ont fait que s’approprier ses idées. Néanmoins, le service des jeunes idiots établi à la Salpétrière depuis déjà bien des années, et la colonie créée près de l'asile de Vaucluse en 1876 ont déjà donné,des résultats suffisants pour engager le conseil général de la Seine et le conseil municipal de Paris à consacrer trois millions de francs à la création d’un établissement spécial, sous la direction du Dr Bourneville, pour les jeunes idiots de Bicêtre.
ff J'ai eu l’occasion de visiter ces différentes"institutions et j'ai été frappé favorablement de leur excellente organisation et des merveilleux résultats qu'on y obtint. Dans le service du Dr Jules Voisin, à l’hospice de la Salpétrière il y a une section réservée aux petites filles idiotes, qui sont au nombre d'environ 150. On apprend à ces enfants, à lire, à écrire, à coudre, à faire différents ouvrages. Un
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bon nombre apprennent ainsi à gagner leur vie, et quelques-unes-unes ont pu être développées suffsamment pour devenir sous-surveillantes dans le: servive. L'école, qui se compose de cinq classes, est encore sous la direction de Mlle Nicole qui la fonda il y a quarante ans. La méthode d’enseignement que l’on y suit est à peu près celle que l’on emploie pour les sourds-muets. On y donne sur- L tout des leçons dé choses et ou fait voir aux enfants les objets dont on leur apprend les noms: légumes, fruits, grains, outils, meubles, couleurs. Naturellement, il est difficile de fixer bien longtemps l’attention d’une pareille classe d’écoliers, aussi, les Yoccupations sont-elles très variées et entrecoupées de nombreuses récréations. Cependant, l’émulation est stimulée par des examens, concours, etc., et les succès que l’on obtient sont très encourageants. Ainsi, j'ai vu parmi cette population d’arriérés, des idiots hydrocéphales, microcéphales, pouvant à peine articuler quelques mots lors de - leur admission, et à qui on était parvenu à apprendre non-seulement à parler, mais encore à lire, à
écrire, à travailler, à faire des fleurs artificielles.
LES INCURABLES: IDIOTS, ETC.,—Suite.
‘Le Dr Voisin me fit remarquer une idiote d’environ dix ans qui, au moment de son entrée, deux mois auparavant, était absolument comme un chat
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sauvage. On ne pouvait en approcher sans qu’elle égratignât, frappât, crachât à la figure. Aujourd’'hui, elle est toute autre, elle est gentille, apprivoisée, et elle commence à parler.
‘J'ai peut-être déjà trop insisté sur ce sujet de l’assistance spéciale des idiots, cependant j'aurais pu m'’étendre bien davantage en exposant par le menu les nombreux détails de l’organisation des classes, des exercises corporels, de l'hydrothérapie, des distractions offertes aux enfants. Jusqu’aujourd’hui nous sommes restés tout à fait en dehors de cette voie de progrès, et si, un jour ou l’autre, le
gouvernement se décidait À spécçialiser l'assistance.
des enfants idiots, imbéciles ou arriérés, en créant pour eux des établissements dans le genre de ceux que nous venons d'étudier, il aurait fait disparaître les abus qui peuvent résulter de la confusion qui existe dans nos asiles d’aliénés où ces malheureux sont réunis aux adultes. ÿ
“Une pareille organisation du service des idiots et des imbéciles auraït pour conséquence immédiate de dégrever sensiblement le budget des aliénés ; ou plutôt cette séparation des infirmes et des malades permettrait de répartir plus équitablement les sommes affectées à cette partie très importante de l’assistance publique. En effet, le soin des idiots et des imbéciles coûte meilleur marché que celui des véritables aliénés, en sorte que l’on pourrait reporter les économies opérées sur les premiers, sur l’organisation plus parfaite de nos asiles de traitement.”
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