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que nous proposons, de payer plus cher pour l’entretien des idiots, mais qu’au contraire, il réaliserait une économie assez considérable. |
Ecoutons maintenant le Dr Vallée sur ce sujet. Car nous tenons à le suivre pas à pas, certain que nous sommes de ne pas nous égarer en nous appuyant sur une autorité aussi éminemment compétente. Du reste, nous sommes heureux de pouvoir, par les extraits les plus longs possibles, faire connaître au public ces admirables rapports, si sobres, si mesurés et si profondément pensés, qui dénotent non-seulement des aptitudes hors ligne, mais encore un travail conscientieux, honnête et éclairé, fait dans le seul désir de mettre la science au service de l’humanité souffrante.
“Jusqu'ici, dans notre pays, l'assistance de l’idiot a été confondue avec celle de l’aliéné—(rapport de 1887)—et c’est une des causes de l’encombrement des asiles. Il y a cependant entre l’idiot et l’aliéné une différence essentielle qu'Esquirol caractérisait sous une forme saisissante en disant que l’idiot est un pauvre de naissance et le dément un homme ruiné. ‘ L'idiotie, dit le professeur Ball, n’est point une perversion ou une abolition de l’intelligence. C’est une privation plus ou moins absolue des facultés intellectuelles, par suite d’un vice de conformation, d’une atrophie des organes correspondants.” Cette distinction est des plus importantes au point de vue de l’assistance publi-
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que dans l’un et l’autre cas. J’ajouterai même qu'il y a un sérieux intérêt social à ne pas perdre de vue que l'état d’appauvrissement intellectuel qui constitue l’imbécilité, présente, surtout dans le jeune Âge et aussi longtemps que l’évolution organique n’est pas terminée, des degrés auquels il convient d'appliquer des règles différentes. Aïnsi, le Dr Ball les divise en idiots automatiques et en idiots spontanés. Les premiers sont simplement réduits aux actes de la vie végétative et ne sont susceptibles d'aucune transformation; mais les idiots spontanés ou partiels sont éducables dans une certaine mesure. Il en est qui sont plus ou moins doués, soit de quelque dextérité de la maïn, soit de la mémoire, soit du sentiment musical, etc. Ces dons rudimentaires peuvent être développés par l'exercice; ceux qui les possèdent sont susceptibles de devenir, par une éducation appropriée, sinon des créatures humaines complètement aptes à la vie sociale, au moins des êtres capables d’un travail utile, suffisant pour qu'ils ne soient plus une charge pour la société, et pour qu'ils la récompensent des frais de leur éducation.
‘ Ne serait-il pas à propos de créer des établissements spéciaux pour cés pauvres malheureux ?
‘ Comme le fait remarquer le Dr Roussel—(rapport de 1890)—l’éducation des idiots et des crétins ne peut, pas plus que celle des jeunes aveugles et sourds-muets, ressembler à l’éducation ordinaire;
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elle doit être appropriée à l’état de ces organisations incomplètes dont on ne saurait faire sortir des hommes complets, mais dont on peut tirer, économiquement et moralement parlant, un parti plus ou moins avantageux suivant les rudiments de facultés et les aptitudes professionnelles qu’on découvre en elles.”
‘* Tl existe des établissements de ce genre dans plusieurs pays, entre autres en Angleterre, en Ecosse, aux Etats-Unis, en France, etc. Aïnsi, en Angleterre, l'asile d’Æarslwood, fondé en 1847, donne l'éducation à près de 600 idiots des deux sexes. Celui de Darentti, qui est beaucoup plus récent, renferme des écoles pour environ 300 garçons et 300 filles; et enfin le Royal Albert Asylum for Idiots peut recevoir une population à peu près égale. L’Ecosse possède plusieurs asiles du même genre, entre autres celui de Baldovan et celui de Larbert. Dans toutes ces institutions, les résultats obtenus ont été des plus avantageux. ‘* Non seulement, dit le Dr Roussel, on parvient à utiliser le travail des moïns éducables à des métiers tels que la fabrication des nattes, mais’ on en amène un assez grand nombre à exercer profitablement les métiers de vannier, menuisier, serrurier, cordonnier, tailleur, couturier, imprimeur, sans parler des travaux agricoles pour lesquels existe À Earslwood une ferme de 90 acres, avec bergerie et vacherie, et des écoles qui permettent de compléter l'éducation des moins maltraités de
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la nature, en sorte qu’un certain nombre d’entre eux parviennent comme Fmusiciens, dessinateurs, calculateurs, etc., à prendre rang, dans la famille humaine, à se placer au dehors etjà gagner honorablement leur vie.”
C'est à un médecin français, le Dr Félix Voisin, qu'est due l'initiative de la réforme du {régime pédagogique approprié aux enfants'idiots. Cette œuvre à été reprise ensuite par Belhomme, Séguin et Delasiauve; et cependant, après avoir ainsi donné l'impulsion, la France a été devancée dans cette voie par l'Angleterre et les Etats-Unis, qui n’ont fait que s'approprier ses idées. Néanmoins, le service des jeunes idiots établi à la Salpétrière depuis déjà bien des années, et la colonie créée près de l’asile de Vaucluse en 1876 ont déjà donné des résultats suffisants pour engager le conseil*général de la Seine et le conseil municipal de Paris à consacrer trois millions de francs à la création d’un établissement spécial, sous la direction du Dr Bourneville, pour les jeunes idiots de Bicêtre.
‘ Jai eu l’occasion de visiter ces différentes institutions et j’ai été frappé favorablement de leur excellente organisation et des merveilleux résultats qu'on y obtint. Dans le service du Dr Jules Voisin, à l’hospice de la Salpétrière il y a une section réservée aux petites filles idiotes, qui sont au nombre d'environ 150. On apprend à ces enfants, à lire, à écrire, à coudre, à faire différents ouvrages. Un
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bon nombre apprennent ainsi à gagner leur vie, et quelques-unes-unes ont pu être développées suffisamment pour devenir sous-surveillantes dans le service. J’école, qui se compose de cinq classes, est encore sous la direction de Mile Nicole qui la fonda il y a quarante ans. La méthode d’enseignement que l’on y suit est à peu près celle que l’on emploie pour les sourds-muets. On y donne surtout des leçons de choses et on fait voir aux enfants les objets dont on leur apprend les noms: légumes, fruits, grains, outils, meubles, couleurs. Naturellement, il est difficile de fixer bien longtemps l’attention d’une pareïlle classe d’écoliers, aussi, les occupations sont-elles très variées et entrecoupées de nombreuses récréations. Cependant, l’émulation est stimulée par des examens, concours, etc.
et les succès que l’on obtient sont très encoura-:
geants. Aïnsi, j'ai vu parmi cette population d’arriérés, des idiots hydrocéphales, microcéphales, pouvant à peine articuler quelques mots lors de leur admission, et à qui on était parvenu à apprendre non-seulement à parler, mais encore à lire, à écrire, à travailler, à faire des fleurs artificielles.
VIT LES INCURABLES : IDIOTS, ETC.,—Suite.
‘Le Dr Voisin me fit remarquer une idiote d’environ dix ans qui, au moment de son entrée, deux mois auparavant, était absolument comme un chat
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sauvage. On ne pouvait en approcher sans qu’elle égratignât, frappât, crachât à la figure. Aujourd’hui, elle est toute autre, elle est gentille, apprivoisée, et elle commence à parler. | J'ai peut-être déjà trop insisté sur ce sujet de l’assistance spéciale des idiots, cependant j'aurais pu m'étendre bien davantage en exposant par le menu les nombreux détails de l’organisation des classes, des exercises corporels, de l’hydrothérapie, des distractions offertes aux enfants... Jusqu’aujourd’hui nous sommes restés tout à fait en dehors de cette voie de progrès, et si, un jour ou l’autre, le gouvernement se décidait à spécialiser l'assistance des enfants idiots, imbéciles ou arriérés, en créant pour eux des établissements dans le genre de ceux que nous venons d'étudier, il aurait fait disparaître les abus qui peuvent résulter de la confusion qui existe dans nos asiles d’aliénés où ces malheureux sont réunis aux adultes.
‘ Une pareille organisation du service des idiots et des imbéciles aurait pour conséquence immédiate de dégrever sensiblement le budget des aliénés ; ou plutôt cette séparation des infirmes et des malades permettrait de répartir plus équitablement les sommes affectées à cette partie très importante de l’assistance publique. En effet, le soin des idiots et des imbéciles coûte meilleur marché que celui des véritables aliénés, en sorte que l’on pourrait reporter les économies opérées sur les premiers, sur l’organisation plus parfaite de nos asiles de traitement.”
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On voit donc quelles utiles réformes il y aurait à faire sur ce point, et quelles conséquences elles auraient pour l'efficacité de tout le service.
Au lieu d’entasser dans les asiles ordinaires tous ces malheureux infirmes, si on les confiait aux diverses communautés établies dans nos campagnes-qui consentiraient à s’en charger, —ils y trouveraient, à des conditions beaucoup plus avantageuses, les soins les plus intelligents et les plus dévoués, sous une direction éclairée. Il y aurait donc amélioration sous tous les rapports: avantage incontestable pour l’infirme, économie pour le trésor public, ou du moins, comme le dit le Dr Vallée, répartition plusi rationnelle des crédits affectés à ce service—et secours opportun à plusieurs de nos communautés qui pourraient y recueillir un gain
légitime.
Pour faciliter l’exécution de cette pensée humanitaire, le gouvernement Mercier a fait passer, à la dernière session, une loi spéciale de cette nature C’est un bon commencement.
Nous n’ayons, jusqu'ici dans la province, qu'un seul établissement pour le soin des idiots: c’est Uhospice Saint-Julien, à Saint-Ferdinand d'Halifax. Mais il n’a pas encore l'installation nécessaire pour répondre au service qu’on doit en attendre. Voici
ce qu’en dit la Commission dans son rapport de 1888 :
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‘Cet asile a été fondé pour recevoir les filles idiotes. Pour atteindre le but réel, il devrait aussi fournir le moyen d’améliorer la condition des patientes dont l’état est susceptible d'amélioration. Or, il n’est rien fait dans ce sens, et l’asile St-Julien n'offre pas un seul point de comparaison avec les établissements du même genre que l’on rencontre: ailleurs.”
Dans tous les cas, quand même nous ne pourrions pas pour le présent établir un service amélioré pour les idiots et les infirmes, le seul fait de les tirer de l’asile d’aliénés pour les mettre dans des maisons spéciales serait déjà un sérieux progrès. De cette façon nos asiles perdraient ce caractère désagréable de refuge des déclassés, pour conserver celui d'hôpital véritable. Cette distinction est importante au point
.de vue de la guérison du patient,
Nous désirons faire remarquer que nous n’xeposons pas ici des simples théories. Nous lisons les rapports et de la commission et du Dr Vallée, ainsi que le compte rendu des visites qu'il a faites dans les meilleurs hospices de l’Europe, nous reproduisons ses remarques avec les quelques commentaires que nous jugeons à propos d'y ajouter. Iln'y a là aucun travail d'imagination. Notre étude est basée sur des rapports officiels qui constatent qu’en Europe, aux Etats-Unis et dans Ontario on à fait des progrès considérables dans cette branche de l’assistance publique, tandis que dans notre pro-
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vince on est encore, à peu près partout, attaché aux vieilles méthodes que tous les pays éclairés ont mises de côté l’une après l’autre. Tous les raisonnements du monde ne réussiront pas à changer ces faits, de même que toutes les récriminations ne nous empêcheront pas de faire connaître la vérité.
Sur ce point spécial du traitement des idiots, il y a de grandes réformes à faire et il est urgent qu’on y songe. Ainsi, voici ce que disait la commission des asiles, dans son rapport de 1888, à propos de l’asile de la Longue-Pointe :
‘T1 y a deux médecins internes, un pour l'hôpital des hommes et l’autre pour celui des femmes. Ils n’ont d'autorité qu’en ce qui concerne le traitement médical proprement dit, et leur action est trop limitée relativement au contrôle des gardiens, à l'emploi des moyens de contrainte, au travail et à l'exercice qui doivent être procurés aux malades. Le médecin en chef, le Dr Bourque, a donné ordre de séparer complètement les idiots et les imbéciles des sujets gquérissables ou susceptibles d'amélioration ; mais, jusqu'à présent, on n'a tenw aucun compte de cet ordre, qui est resté à l’état de lettre morte. ?
Il y a là un fait qui justifie parfaitement les remarques que nous avons faites au sujet de l’autorité du médecin, et qui démontre en mêmetemps que, sur ce sujet spécial du traitement des idiots,
nos asiles n’occupent peut-être pas le sommet de l'échelle. |