‹ Nos asiles d'aliénésChapitre 2 sur 21 · NE EURE · texte numérisé non relu

NE EURE

Voilà quelle infortune il s’agit de secourir, voilà quel mal il importe de soigner et de guérir, s’il est possible, par tous les moyens que le dévouement et la science peuvent mettre en œuvre. Rendre à un être humain la raison qu’un accident ou un concours de circonstances lui a enlevée, rallumer le flambeau, maintenant éteint, qui le guidait dans sa marche et qui, souvent, éclairait la voie de ses semblables: tel est le but éminemment humain vers lequel tendent ceux qui ont fait de cette spécialité l’objet de leur étude, telle est la pensée généreuse qui a donné naissance à nos hôpitaux d’aliénés. Or, pour que ce but soit atteint, pour que cette féconde idée se réalise dans la plus grande mesure possible, ilimporte que les circonstances extérieures, que les accessoires nécessaires ou utiles viennent au secours de la science qui a entrepris une tâche si admirable et si difficile en même temps. Il faut donc que nos hôpitaux d’aliénés, nos maisons de santé réunissent toutes les conditions qui peuvent aider l’homme de l’art à remplir sa mission.

Avons-nous, dans notre province, des établissements qui offrent toutes ces conditions? Il serait difficile de l’affirmer sans faire de sérieuses restrictions. Sans doute, il y à eu progrès, sous certains rapports, mais il y a encore bien davantage à faire pour mettre nos établissements de santé sur le même pied que ceux de l’Europe, des Etats-Unis, et même de la province d’Ontario.

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En attendant, nous allons, —en nous appuyant sur les travaux du Dr Vallée, —étudier la question et offrir, avec la plus grande sincérité et la plus entière franchise, notre sentiment sur le’sujet.

Une des premières considérations qui s'imposent à l'esprit en parlant des hôpitaux d’aliénés, c’est la question de l’admission. Il y a, en effet, ici, àtenir compte de la liberté du sujet, et à rechercher s’il ne serait pas possible que des personnes saïnes d'esprit fussent internées par erreur ou par ‘suite de menées de gens intéressés à leur séquestration. Nous ne croyons pas, cependant, que ce cas puisse se présenter dans notre province, tant les formalités exigées pour l'entrée d’un malade sont entourées des plus minutieuses précautions. À part la cause qui a été instruite dernièrement à Montréal—et qui offre toutefois certains doutes sérieux, — nous ne croyons pas qu'il soit arrivé, une seule fois, qu'une personne ait été internée et retenue à l'asile sans d'excellentes raisons. Ce n’est donc pas sur ce point particulier que porteront nos remarques. Il ya toutefois une autre question assez grave qui se présente ici. Il arrive fréquemment qu’un sujet que l’on désire interner dans un asile y est envoyé d’une manière irrégulière, et il y a là un abus regrettable. “La plupart, dit le Dr Vallée, sont envoyés en prison tout simplement pour cause de folie et sans qu'ils aient commis aucune offense. Dans certain cas, afin de s’éviter la peine de remplir

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les formalités exigées par la loï, pour les admissions volontaires, les intéressés trouvent plus facile de les faire envoyer en prison. Ou bien encore, il arrive que le maire de la municipalité refusant de signer son certificat, les parents ou les amis du patient, dans le but d’éluder ce point de la loi, font arrêter ce pauvre malheureux sous un prétexte quelconque. Il est envoyé en prison pour un temps plus ou moins long; puis, on le fait examiner par un médecin, et si la folie est constatée, le shérif le fait transférer à l'asile. Dans d’autres Cas, c’est un pauvre maniaque que l’on fait arrêter sur la rue, et qui doit passer par la prison avant d'arriver à l’asile où il aurait dû être interné de prime abord. Trop souvent des aliénés qui n’ont commis aucun délit et qui appartiennent à des familles très respectables sont ainsi détenus pendant plusieurs jours dans les prisons comme de vulgaires délinquants. Qui ne comprend toute la cruauté de ce mode de séquestration, le désespoir qu’il répand dans des âmes disposées à l’égarement, les impressions funestes dont il est la source et les dangers qu’il crée ?”

Il y a là une réforme urgente à laquelle une loi nouvelle devra pourvoir.

L’asile d’aliénés n’est pas, du reste, une maison derefuge, un hospice ordinaire. ‘Il est, avant tout, un énstrument de guérison, c’est-à-dire une maison de traitement spécial où, par l'isolement et par un ensemble de conditions d'hygiène et de moyens de

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médication, les internés puissent obtenir la guérison, ou au moins une amélioration à leur sort. On doit donc y admettre le plus tôt possible: 10 tous les aliénés réellement dangereux ; 20 tous ceux qui offrent des chances de guérison ou même d’amélioration.

‘Quant aux autres, c’est-à-dire la plupart des imbéciles, faibles d'esprit, déments séniles, déments hémiplégiques, etc. les asiles n’ont pas été créés pour eux, et leur place est dans la famille ou dans ‘les hospices.” |

Les asiles ont été fondés et sont maïntenant pour trois raisons principales :

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