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BATIMENTS-—DISPOSITION—TERRAINS—ORGA- NISATION, ETC
En Europe et aux États-Unis, on ne construit plus aujourd’hui pour les asiles ces immenses pâtés de bâtiments à quatre cinq et même six étages. La science a reconnu qu'ils ont de graves inconvénients sous le rapport de l'hygiène et entravent singulièrement le médecin et ses aides dans les soins qu'ils ont à donner aux malades. Du reste le terrible accident arrivé à la Longue-Pointe a montré quels dangers présente, sous d’autres rapports, ce genre de construction. On a encore présente devant les yeux cette scène épouvantable : des malheureuses désespérées essayant de leurs mains brûlées de briser le grillage en fer des fenêtres au quatrième étage, puis, après des efforts inutiles, tombant, en poussant un dernier hurlement, dans la fournaise ardente.
Parmi les établissements que M. Vallée a visités en Europe, ceux qui lui ont paru réunir les meïlleures conditions sous le rapport de la construction “et de l’organisation se trouvent en France. L’asile forme un très grand carré ou plusieurs carrés composés de pavillons isolés avec rez-de-chaussée et un | seul étage.
‘* Les dortoirs, —dit M. Vallée, dans son rapport du 7 janvier 1890, —occupent le premier étage et en D
bas sont les salles de jour et les réfectoires, en sorte que les malades descendent le matin après le lever, et ne remontent que le soir pour le coucher. La plupart des asiles récents se composent de pavillons séparés, ce qui permet d'établir parmi les malades une classification beaucoup plus complète. Aïnsi, en France, la classification rigoureuse est imposée par un règlement et elle comprend les groupes suivants : tranquilles, semi-tranquilles, agités, semiagités, gâteux ; et, dans presque tous les asiles, les épileptiques sont également séparés des autres. Cette séparation est constante, parce que chaque groupe à son préau. Une galerie couverte, de 12 à 15 pieds sur 100 à 150, court tout le long du rez-dechaussée et sert de promenoir couvert par les temps de pluie. Les portes, qui sont constamment ouvertes pendant la belle saison, donnent sur un vaste préau, planté d’arbres, orné de gazons et de fleurs et limité sur trois côtés par un saut-de-loup d’environ cinq pieds de largeur, du fond duquel s’élève un mur le dépassant de deux à trois pieds à peu près. Cet arrangement donne aux pauvres malades Pillusion d’une liberté complète, car leur vue peut s'étendre tout autour sur la campagne environnante, et le mur qui les en sépare se trouve caché au fond d’un large fossé. Les asiles de Ville-Evrard et de Vaucluse, situés aux portes de Paris, l’un près des bords de la Marne, et l’autre au sommet d’un coteau baigné par la jolie rivière de l’Orge, sont, dans ce genre, des modèles que tous les étrangers admirent.
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‘ Les odieux barreaux de fer qui grillaient naguère encore toutes les fenêtres des asiles et qui leur donnaient l’aspect lugubre des prisons, ont disparus dans la plupart des nouveaux établissements. Ils sont remplacés par. un système fort simple de fenétres, en apparence, semblables à toutes les fenêtres du monde. Elles ont pourtant ceci de particulier qu'elles ferment à clé et que les montants sur lesquelles reposent les carreaux de vitres sont en fer et non en bois. C’est ainsi que se trouvent prévenues les évasions. ?
Ajoutons que, pour les besoins de la ventilation, ces fenêtres peuvent s’ouvrir d’une certaine façon de manière à ne pas laisser un espace suffisant pour livrer passage à un patient. Elles ont du reste, dans certaines salles, de fort jolis grillages ornementés, s’élevant jusqu’à une certaine hauteur et semblables à ceux qu’on pose dans nos maisons pour prévenir les chutes des jeunes enfants.
‘Il est certain, poursuit M. Vallée, que, pour le bien-être des malades, ce système de pavillons à un seul étage offre des avantages considérables, car il rend la classification plus facile et permet aux malades de sortir régulièrement tous les jours dans les préaux qui se trouvent vis-à-vis de chaque pavillon. Au contraire, dans les asiles à plusieurs étages, les patients qui sont aux étages supérieurs peuvent passer des mois sans voir le ciel autrement qu’à travers les grillages de leurs fenêtres. D'un autre côté,
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dans ces derniers établissements, il n’y a souvent qu’un seul préau où tous les malades, agités ou paisibles, sont confondus ensemble aux heures de sortie.”
Un autre avantage qu'offre cet unique étage sur le rez-de-chaussée, de même que l'isolement des pavillons, c’est de permettre d'opérer rapidement le sauvetage des patients en cas d'incendie et de circonscrire facilement l’action des flammes. A l'asile de la Longue-Pointe, si le feu s'était déclaré pendant la nuit, il aurait été impossible de sauver le quart des patients. Avec les nouveaux plans de construction, au contraire, on n’aurait probablement pas perdu un malade.
[l'est évident que, pour les établissements qui
existent déjà dans la province et qui ont coûté des frais énormes de construction d’après les anciennes méthodes, il serait difficile de faire maintenant toutes ces modifications à la fois. T1 y a cependant lieu d'améliorer certains détails quand les circonstances s’y prêtent et que les frais ne sont pas considérables. Aïnsi, comme ce n’est pas le terrain qui manque ici, il serait relativement facile d'augmenter le nombre des préaux ou promenades, de façon à faire disparaître cette promiscuité et cette agglomération des malades, qui, entravent si singulièrement les efforts tentés Dour opérer la guérison, et qui dans bien des cas, sont susceptibles même d’aggraver le mal et de faire surgir des complications nouvelles.
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I] y a aussi l’organisation du travail dont nous parlerons plus tard.
Pour les asiles que l’on doit construire à l’aveuir, où pour les nouveaux bâtiments que l’on pourra ajouter à ceux qui existent déjà, nous espérons, dans tous les cas, que l’on tiendra compte de l’exposé que nous venons de faire, et que l’on recourra aux méthodes modernes.
On nous objectera peut-être l’augmentation dans le coût du chauffage, puisqu'il est plus difficile de répandre la chaleur sur une grande surface que dans le sens de la hauteur. Cette objection peut avoir quelque force. Cependant le surcroît de dépense ne sera pas aussi considérable qu’on serait tenté de le croire de prime abord ; et, du reste, fût-il aussi élevé qu'on le dit, il ne faudrait pas s'arrêter à cette considération lorsqu'il s’agit non-seulement de multiplier les chances de guérison, maïs encore de prévenir, en cas d'incendie, des accidents déplorables comme celui dont nous avons déjà parlé.
Un autre avantage de ce mode de construction, c’est, non-seulement d'éviter le mélange et l’encombrement, mais encore d'assurer la plus grande effñcacité possible du traitement médical et des différents services qui se rattachent à la maison de santé.
‘Il est incontestable aujourd’hui, dit M. Vallée, que la première condition à remplir dans le traitement de la folie, c’est d'isoler les malades. Mais.