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VIS-3-VIS LES CHAMBRES POPULAIRES, QU'ON NE L’A FAIT EN CANADA

Pour justifier cet aancé, il suffit de constater : 10. le degré. de considération dont jouissent les membres des Chambres hautes, en Canada et ailleurs ; 20. de comparer les attributions respectives de nos Chambres hautes et de celles des autres pays.

A ce sujet, il y aurait à faire une étude de comparaison très-intéressante, entre nos gouvernements et ceux des peuples de l'antiquité. Le temps et le manque d'espace nous obligent d'y renonce+. Cependant, nous en avons dit assez, dans les

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Ainsi, l’on se rappelle que le Sénat de Sparte, celui d’Athènes, celui de Rome, surtout celui du peuple de Dieu, étaient les pouvoirs par excellence dans l’état, jouissaient d’un prestige et d’une autorité qui, la plupart du temps, ne le cédaient guère à la royauté, et qui toujours l’'emportait de beaucoup, sous tout rapport, sur la branche populaire. Nous verrons plus loin, dans ‘tous les siècles de l’ère chrétienne, les plus illustres personnages, les princes du sang, les grands patriotes, ceux qui se sont le plus distingués au service de la patrie, recevoir, comme hommage suprême rendu à leur mérite, leur élévation à la Chambre haute. Pendant plus de huit cents ans, en France comme en Angleterre, en Allemagne et dans tous les pays de la chrétienté, une promotion à la pairie était la plus haute faveu:;, la récumpense la plus ambitionnée.

En est-il de même en Canada? Non! L'idée qui prévaut, c'est que la Chambre haute est une espèce de lieu d’ostracisme où l’on relègue les déclassés politiques, ceux qui, ayant mérité d’un parti, sont trop faibles pour jouer un rôle de conséquence, ou sont un obstacle à certaines ambitions.

Il n’y a pas de doute qu’il n’y ait, dans les Chambres hautes, bon nombre d'hommes de capacités supérieures ; mais ia presque totalité de ces hommes supérieurs se compte parmi ceux qui y ont acquis des siéges dès les commencements de la Confédération. Depuis quelques années, l’on ne voit guère d'hommes d'avenir, se sentant de force à faire sa marr -2 dans la politique, ou faisant déjà partie du conseil privé, svucieux de se procurer un siége au Sénat. L'on dirait même que, pour ces hommes, c’est un parti pris de s’en éloigner. Pour ceux dont toute l'ambition est d’avoir un siége à vie, dans la représentation du pays, sans vouloir se faire une carrière de la politique, à la bonne heure ! un siége au Sénat leur parait acceptable. Mais c’est bien souvent au point de vue de la modeste indemnité attachée à la position de Sénateur ou de Conseiller, que l’on apprécie la promotion.

Pour les autres, ce serait se sacrifier que de l’accepter. Plu-

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sieurs faits récents sont là pour confirmer ce que nous venons d'avancer.

Un jour,— il n’y a pas un siècle de cela — un siége se trouve vacant au Sénat. Or, un grand nombre de circonstances paraissaient se réunir pour désigner, à cette place, l’un des membres les plus distingués du barreau de Montréal. Ses amis, en grand nombre, tous hommes bien posés dans le monde potitique et des affaires, se réunirent pour délibérer sur l’opportunité de solliciter pour lui cette promotion. Tous, ou àpeu-près, furent unanimes à déclarer que, pour lui, aller s’ensevelir au Sénat, c'était perdre son avenir ; c'était priver le pays des services importants que ses talents et ses connaissances lui permettaient de rendre à son pays, s’il entrait dans ce que l’on appelle la politique active. Bref, on décida que, pour lui, c'était un suicide.

Au lendemain de la formation du cabinet fédéral actuel, quelques hommes politiques, appartenant aux deux Chambres, agissant sous l'empire d’une forte conviction qu’il était nécessaire d’avoir au Sénat un ministre de langue française, pour y représente: la Province de Québec et la population parlant l’une des deux langues officielles du Canada, suggérèrent, même dans la presse, que l’un des honorables membres du cabinet daignât accepter un siége au Sénat. Si nous sommes bien informé, une résignation fut même offerte et un siége mis à leur disposition à cet effet. Aucun de ces Messieurs ne

crut devoir sacrifier sa position et la perspective d’un siége à la Chambre des Communes (ils n'étaient pas encore élus), et ne | sé voulut condescendre à aller au Sénat. P

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Lors de la formation du gouvernement conservateur de | Québec, en novembre dernier, l’un des hommes d'état les 1 plus distingués de notre province était naturellemeni désigné, par la voix publique, comme devant représenter le district de Québec dans le nouveau gouvernement. Or, ur portefeuille ] des plus importants lui fut offert, avec un siége dans le Conseil. Et nous croyons être bien informé en disant qu'il ne crut pas devoir, également, sacrifier son avenir politique, en allant s'ensevelir dans le Conseil. De fait, plusieurs de ses amis considéraient comme une espèce d'injure l'offre qui lui

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avait été faite d’un portefeuille, à la condition d'accepter en même temps un siége dans la Chambre haute de la Province.

Ces trois faits se sont-ils produits strictement comme nous les rapportons ? Nous ne serions pas en mesure d’en donner des preuves officielles ; mais nous les croyons d’une stricte exactitude. Et d’ailleurs, seraient-ils inexacts que cela ne changerait guère la question. Tous ceux qui sont familliers avec notre monde politique savent que les sentiments prêtés à ces Messieurs, vis-à-vis les Chambres hautes, sont ceux qui dominent dans notre monde politique.

Eh bien ! nous disons qu’il y a là une anomalie !

Il n’y a probablement pas un pays au monde où il existe un sentiment analogue. Nous comprenons qu’un chef de parti, lui, puisse se sentir obligé de rester au fort de la bataille, et que des raisons supérieures d'intérêt de parti puissent le retenir à la Chambre basse. Mais les mêmes raisons ne peuvent exister pour tous, même pour tous les hommes supérieurs.

Dans tous les autres pays, la promotion de la Chambre basse à la Chambre haute est toujours un avancement considérabie, une faveur signalée, un grand honneur ! Voyez plutôt en Angleterre, malgré la défaveur que l’envahissement des idées démocratiques jette sur la Chambre haute, Notre Très- Gracieuse Souveraine n'a pas cru pouvoir mieux récompenser son premier ministre actuel qu'en le faisant monter à la Chambre des Lords. Et Lord Beaconsfield, tout'en restant premier ministre, tout en gardant le commandement suprême, dans un moment critique et dans un temps où il était nécessaire d'exercer un grand empire sur l'opinion publique, n’a pas hésité à accepter la promotion. Et cela se passe en Angleterre, où sont actuellement si forts les courants d'idées démo-

cratiques qui traversent en tous sens la population du Royaume Uni.

Dernièrement, en France, l’on a vu des républicains farouches, des démocrates de la plus belle eau, tels que Hugo, Jules Favre, DeFreycinet, etc., se montrer fiers d'entrer au Sénat.

De fait, il n’y a qu’en Canada, où l’on ait une telle répulsion pour les Chambres hautes, au point que, pour plusieurs, ce soit déroger à leur position, compromettre leur avenir, que d’y entrer.

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