‹ Nos couleurs nationales [microforme]Chapitre 2 sur 2 · CURE · texte numérisé non relu

CURE

de la patrie comme les couleurs de Carillon, en un seul et même emblème. c'est les affaiblir l'un et l'autre. ou plutôt l'un par l'autre, de même que fondre deux couleurs différentes en une seule et même couleur, c'est les altérer toutes deux. Nous n'avons alors ni un pur emblème de la patrie, ni un pur emblème de la religion. Voilà pourquoi, la vue d'un Carillon- Sacré-Cœur, au jour de notre fête nationale, ne pourra pas évoquer l'image de la patrie et faire battre le cœur comme le fera un d rapeau Carillon, et pareillement, dans une fête religieuse, ce même Carillon-Sacré-Cœur ne vaudra pas un drapeau du Sacré-Cœur.

Et qu'on ne dise pas que, dans le cœur de tout vrai Canadien, l'amour de la patrie et l'amour de la religion sont inséparables. Nous répondrons : Inséparables, oui, mais distincts :

distincts comme la patrie ei la religion sont

choses distinctes. N'est-il pas vrai que. dans

le cœur de tout vrai catholique, l'amour de ta Très Sainte Vierge et l'amour de son divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ, sont rigouret1sement inséparables ? Jit cependant la Très Sainte Vierge à ses emblèmes propres comme Notre-Seigneur a les siens propres. Pourquoi alors cette chose si belle qu'est la patrie n'aurait-elle pas, elle aussi. son emblème propre ? j'entends un emblème qui ne dise que ce seul mot: Patrie ! äfin que notre äme en vibre jusqu'en ses protondeurs..

Mais. objectera-t-on peut-être. la croix emblème du christianisme. qui apparait sur un Si grand nombre de drapeaux ?— Ja croix nest pas un signe essentiellement religieux comme l'est l'image du Sacré-Cœur de Jésus.

La figure d'une croix n'est par elle-même qu'une simple figure géométrique qu'on peut employer et qu'on emploie souvent sans in-

tention religieuse. Primitivement, elle a été

mise sur les étendards comme signe religieux, c'est incontestable: mais aujourd’hui, pratiquement, elle n'est qu'un signe national destiné à compléter les couleurs du drapeau.

Je me hâte d'ajouter que si le Sacré-Cœur ne peut pas être un emblème national, ni pour nous ni pour une autre nation, il n'en reste pas moins vrai de dire que ce sera toujours uu acte fort louable que de le mettre sur notre drapeau chaque fois que ce drapeau sera destiné à des usages convenables. Mais alors — voici le point important — il ÿ aura la distinction voulue entre le drapeau, emblème adéquat de la patrie, et l'image du Sacré-Cœur qu'on y aura apposée. Par cette distinction, les deux emblèmes conserveront chacun leur valeur propre, et même se rehausseront l'un l'autre comme deux couleurs juxtaposées se rehaussent mutuellement.

Les propagateurs du Carillon-Sacré-Cœur

ne l'entendent pas ainsi, évidemment. Pour cux, l'image du Sacré-Cœur doit être partie intégrante de notre emblème national. Pas de Sacré-Cœur, pas de drapeau national: si bien que l'annonce du drapeau en question se fait maintenant sous la rubrique: Drapeaux du Sacré-Cœur. Aussi Je peuple, bien qu'il comprenne l'importance qu'il y a pour nous d'avoir dès maintenant un signe national, s'abstient, du moins quant à l'immense majorité. Il ne peut admettre que, pour emblème de la patrie, on veuille lui faire prendre une image, bien vénérable à la vérité, mais symbolisant autre chose que la patrie. Il en serait autrement, si on lui présentait les couleurs de Carillon, tout en l'invitant à y apposer le Sacré-Cœur. Alors tout serait dans l’ordre et l'adoption serait générale.

Il n’est pas en notre pouvoir d'empêcher que la patrie n'ait son emblème propre et distinct.

Si nous marchandons au peup'e les couleurs ile

Carillon, il en acceptera d'autres un jour, avec d'autant plus d'empressement qu'il aura attendu davantage.

Mieux vaut tout de suite faire la distinction Gui s'impose entre l'emblème de la patrie et l'emblème de la religion, lesquels peuvent fort

bien s'unir, mai: ne doivent pas se confondre.

Abbé ÉLPHÈGE FILIATRAULT.

Saint-Jude, février 1905.

Page 1