ACTE QUATRIÈME
ISIDORE
Eh bien ! est-ce que tous les écrivains ne le sont pis!... publics? personne n’écrit pour soi , pas vrai ? (Agitent sa canne.) Hé ! hé !...
AUGUSTE
Comment lié! hé! .. je connais ce cri-là!... mais c’est Isidore? un ancien confrère... le fils du père Pavard, le concierge !
ISIDORE, entre le» dents.
Concierge !... on n'a que ça à vous jeter à la tôle !
AUGUSTE
Il va bien le bonhomme ?
ISIDORE, se carrant.
Tu vois !
AUGUSTE
Non, ton père!... Il ne lire plus le cordon w moins !
ISIDORE, étourdiment.
Au contraire !
AUGUSTE
Comment au contraire ?
ISIDORE, un peu gêné.
Tu comprends... c’est un maniaque... on tient à ses habitudes... il croirait prendre une fluxion de poitriqc, s’il quittait sa boite.
AUGUSTE, l’examinant.
Bigre, lu te mets bien en attendant, loi !
ISIDORE
C'est assez cAtc, hein?...
II chancelle*
AUGUSTE, le soutenant .
Eh bien !... nous avons donc notre plumet?
ISIDORE
J’ai bien déjeuné, mon cher ! j’ai pris une pointe de champagne qui mousse encore là-dedans.
AUGUSTE
Prétc-moi cent sous?
ISIDORE
Pour quoi faire?
AUGUSTE
Pour déjeuner !
ISIDORE, avec satisfaction.
Ah ! quel déjeuner!... du gibier, des truffes et une femme charmante... rose comme le vin que nous buvions et pétillante comme lui!
AUGUSTE
Les cent sous ?
ISIDORE
Cent àous?...
•Auguste.
Oui, pour déjeuner.
ISIDORE, complaisamment.
Ah ! oui... un dessert... c’était à se lécher les lèvres... et toujours du champagne et ma petite brune qui pciillait dans
mon VCrre !... (Allant A la porta du pavillon qu'il veut ouvrir.) Le
père Giraud n’est donc pa* là?... Il en prend à son aise, le* bonhomme!.. (Regardants sa montre.) Il est tard cependant. AUGUSTE, le suivant.
Montre enorl... tu yas bien 1
' ISIDORE
Je reviendrai.
AUGUSTE
Eh bien ! ^es cent sous ?
ISIDORE, lui donnant une pièce d'or.
Allons 1 voiü dix francs !... mais tu le diras ?...
AUGUSTE
Je le ferai imprimer dans le Figaro ! Je livre ma vie privée, moi.
ISIDORE
On saura que j’ai mes pauvres... Tiens, en môme t-mps voici ma carte; tu la remettras au père Giraud.
• AUGUSTE, lisant.
Mâtin ! « Monsieur Isidore de Pomaidi !... »
MICHEL
Comment?...
ISIDORE, à pari.
Oh! sapristi ! Je me suis trompé ! C’est ma carte pour les capitalistes !...
AUGUSTE
Tu coupes donc dans là particule, à présent ?...
ISIDORE, balbutiant.
Eh bien 1 oui, vois ne savez pas, j'ai retrouvé mes pères...
AUGUSTE
Tu les avais donc égaies?...
** ISIDORE
Parfaitement, c’est-à-dire... ce sont des secrets de famille ! M IC II EL.
Oh! le père Pavard, a'ors?...
ISIDORE, étourdiment.
N’était que ma nourrice.
AUGUSTE
Très-bien ; tu lui prends son fils cl tu lui changes son sexe ! ne te gène pas !