QUATRIÈME ÉDITION
Un fort vol. in- 18, de lxiv-928 pages, relié. . . • 5 fr. FRANCO par la poste 5 50
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d'ailleurs une idée nouvelle, elle a été, dès 1864, indiquée comme nécessaire par un de nos ennemis, Gérard Rholfs, qui s'exprime ainsi dans un recueil géographique (Mittheilungen de Petermann) : « Avant tout, les » Français devraient transporter leurs frontières jusqu'à » l'oued Messaoura; c'est de là, en effet, que partent » toutes les difficultés, tous les désordres, et, t^nt qu'ils » n'occuperont pas ces frontières naturelles, il n'y aura » aucun calme durable dans le Sud-Oranais. »
Depuis, ceci a été répété dans toutes les études faites sur cette région. Dans une brochure publiée à Alger, en 1881, M. Sabatier, aujourd'hui député du département d'Oran, et bien connu par la valeur de ses travaux ethnographiques, citait ces paroles en exposant, avec une rare sagacité, le rôle politique et commercial d'Igli; nousmème nous citions ce passage, en 1882, dans un rapport inséré au volume publié par le Gouvernement général sur la Deuxième mission Flatters, et nous indiquions Igli comme étape première de notre action contre Insalah; enfin, en 1884, dans une carte indiquant la marche des influences religieuses en Algérie, nous faisions ressortir la vallée de l'oued Nsaoura comme la route la plus encombrée par les khouan de tous les ordres hostiles à la France.
C'est qu'en effet nous ne pourrons ni donner partout une sécurité absolue èLla colonisation, ni défendre notro Sud-Oranais, ni nous opposer aux conséquences néfastes de la propagande panislamique ou snoussienne, ni châtier sûrement les assasins de nos explorateurs, ni faire de nouvelles explorations pacifiques, ni songer à une extension vers le Sud, ni tenter l'affranchissement des ksouriens du Touat, ni rallier à nous les populations riveraines de notre Sahara, ni avoir un transit rétlli^iï^ôi^t rémunérateur pour notre hgne de Mecheria, ni Inaugurer dans le Sahara une politique conforme à nos aspirations et à nos principes démocratiques, ni cesser les expéditions militaires improductives et ruineuses, si
nous ne sommes pas à Igli, les maîtres absolus, par une ligne ferrée assurant nos derrières.
Cette ligne est-elle donc si difficile à établir au point de vue technique et financier ?
De difficultés techniques, les spécialistes n'en redoutent aucune : M. Fousset, l'habile ingénieur qui a fait la ligne de Mosba à Mecheria nous a montré comment, pris à l'improvlste, avec des ouvriers marocains et en pleine insurrection, on établissait 1 kilomètre de ligne en 48 ou 36 heures ; il a montré par une expérience concluante la vérité de cette affirmation faite par un autre ingénieur, M. Chabrier(l), que dans le Sahara on pouvait faire des chemins de fer sans études préalables et en posant les rails devant soi.
Nous renvoyons aux exposés techniques insérés dans le « Génie civil. »
Nous n'figouterons qu'un mot : Nous avons en Algérie un nombre considérable de détenus, disciplinaires, condamnés militaires qui se prélassent dans d'excellents casernements situés dans nos villes du littoral. Ces immeubles qu'ils occupent pourraient recevoir des affectations plus utiles aux intérêts de l'Algérie et plus en rapport avec cette situation sous un climat salubre et au milieu de nos colons. Quant aux détenus, ils ne font rien ou sont employés à des travaux que la maind'œuvre civile pourrait effectuer. Ils coûtent cher à l'État et aux contribuables qui les nourrissent sans profit pour le bien public. Ne seraient-ils pas mieux à leur place campés dans le Sahara et organisés en chantiers pour la construction économique et permanente de nos lignes stratégiques? Ils n'auraient là ni l'envie, ni les moyens de s'échapper et quelques wagons cellulaires auraient vite raison des incorrigibles. Leur garde
(1) A Alger en 1881, dans le congrès tenu par l'Association pour ravancement des sciences.
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assurée par les moyens ordinaires serait (comme euxmêmes) toujours convenablement ravitaillée; elle serait relevée facilement de sa mission pénible grâce à la voie ferrée. Les philanthropes à outrance ne seraient même pas en droit de protester contre l'emploi militaire de ces hommes à la disposition absolue du département de la guerre.
Enfin, pour que ces constructions de lignes sahariennes marchent toujours sans difficulté, on devrait avoir prévu, dans les cadres de Tarmée coloniale, une compagnie technique d'ouvriers de chemin de fer. Ce serait une véritable école d' application j travaillant en permanence ; son casernement serait dans des wagons aménagés, ad hoCj Tétat-major devrait pouvoir être réparti au besoin en trois ou quatre sections dans le Sahara de nos trois départements algériens et en Tunisie. La marine aurait la faculté d'y envoyer des officiers et sous-officiers mécaniciens se former pour la construction de lignes dans nos colonies d'outre mer.
Cette création nous paraît s'imposer comme la conséquence logique des conclusions de cette étude :
Ni progrèSy ni extension^ ni sécurité intérieure ou extérieure sans Voccupation pacifique de la totalité du Sahara algérien.
Pas d'occupation pacifique et productive du Sahara sans des chemins de fer^ nous éclairant en avant et nous gardant en arrière.