‹ Nos intimes. comédie en quatre actesChapitre 10 sur 120 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ah I ouï, papa.

CADSSADE, avec complaisance»

C'est le fumier I Tu t'y feras, c'est sainl... c'est sain!... Ce sera bien autre chose quand je vais engraisser mes bêtes et concourir avec elles.

BENJAMINE

Tu viens donc de planter quelque chose?

CAUSSADE

Oui, d'abord des pièges pour attraper une misérable bôte que je soupçonne d'être un renard, et qui depuis hier ravage le poulailler... et puis trois cents pieds-d'alouette (à cécue) que tu désirais pour bordure au parterre... et Je te prie de croire qu'en plein soleil...

CÉCILE

Des pieds-d'alouette l J'aurais mieux aimé du réséda.

CAUSSADE, déconcerté,

Ahl

BENJAMINE, à Cau?sade.

Voilà comme nous sommes, ce matin.

CAUSSADE

Sapristi! Moi qui croyais... Enfin, j'arracherai les trois cents pieds-d'alouette et je planterai trois cents pieds de réséda, mais tâchons de nous entendre I... (Aperceyani le cacius.) Tiens l mon cactus est là!

(Il remonte et prend la fleur.)

Qu'est-ce que tu appelles ton cactus?

CAUSSADE

Celui-ci. (rivement.) Nc touche pas !

BENJAMINE

Ça pique?

CAUSSADE

Ça pique... et puis c'est précieux. (ll descend en le tenant I la mail

avec solennité. ) Ceci, chère enfant, te représente le cactus Cécilia. une espèce nouvelle, unique, créée par ton père, et à laquelle j'ai donné par galanterie le nom de ta maman.

(Il pose la fleur sur la ^able, devant Cécile.) * Canssade, Benjamine, Cécile.

fO NOS INTIMES!

CÉCILE

Mon nom à celai... Mais je vous le défends; c'est trôs-laîd!..,

CAUSSADE*

Ohl c'est trôs-laid ! mais c'est ce qui en fait la beaiito! Figurez-vous bien qu'il n'y a pas encore dans le commerce un cactus dont la laideur approche de celle-là ! Regardez-moi ça de profil!...

DKNJAMINE.

Ohl c'est horrible !

CAUSSADE, avec satisraclion.

C'est monstrueux!... Et la fleuri Tu verras la fleur, domain, quand elle s'ouvrira... une heureuse combinaison de l'entonnoir et de l'artichaut. Mon voisin, M. Courtenot, va crever de dépit!

(n remet la fleur à Benjamine.) BENJAMINE.

Ah ! il produit aussi des...

(Elle va reporter la fleur au fond,) CAUSSADE.

Ah! oui, mais... moins réussi que cela; ce qui a provoqué entre nous quelques discussions, puis de l'aigreur, et enfin une véritable discorde. Nous ne nous parlons plus, et il n'est pas de pierre ou de détritus végétal qu'il ne jette dans mon jardin, par-dessus la haie qui nous sépare. Tout à l'heure encore, cette souche de dahlia, que je lui ai renvoyée^ qu'il m'a renvoyée et que je lui renverrai.... Mais avant, je voulais consulter l'ami Maurice pour savoir si j'étais dans mon droit.,.. Où donc est-il?

CECILE, qui s*est levée aux derniers mots.

Mais je n'en sais rien ; je le croyais avec vous!

CAUSSADE

Mais non!... Ah! mon Dieu! vous le laissez sortir par ce grand soleil?...

CÉCILE

Mais c'est vous qui le laissez sortir!

CAUSSADE, agile.

Un convalescent!... Un garçon qui n'a pas plus d^ raison !. r, Un véritable enfant!... (Appelant.) Maurice!... ^

• Benjamine, Caussade, Cécile.

Page 1