ACTE QUATRIÈME. 141 CAUSSADE, à Maurice
Eh bien!... rue?...
MAURICE, achevant résoliiment.
Ri>e de Grammont!... numéro!... quel numéro donc?.., A Thoiosan) Je ne puis plus!
THOLOSAN, lui faisant respirer des sels, sans qîi'on le voie.
Hardi! c'est fini!
CAUSSADE
Eh bien! Numéro neuf!... (a Cécile) Neuf, n'est-ce pas?
CÉCILE
Mais je ne sais pas!...
CAUSSADE, très-naturellement.
Abî tu n'es jamais allée chez lui?
CÉCILE
Chez lui!... Mais vous le -^avez bien!..,"^
<JlUSSADE.
Il a oublié le numéro de sa maison depuis qu'il est ici!
MAURICE
Numéro neuf!...
(La plume s'échappe de sa main.) CAUSSADE, reprenant la plume et la lui tendant.
A Paris!
MAURICE, reprenant la plume après avoir réprimé un mouvement de douleur.
A Paris!...
(Il se lève et va tomber épuisé dans le fauteuil à droite.) THOLOSAN, l'arrêtant et prenant l'enveloppe *,
Je crois inutile de mettre le département.
(Il la donne à Gausi5ade.> CAUSSADE, se levant.
Merci! (regardant récriture.) C'est un peu tremblé!...
(Il la montre à Cécile.) CÉCII E, prête à s'évanouir.
Oui, c'est un peu tremblé!
CAUSSADE
Mais enfin, c'est tout ce que je voulais!
(Il garde l'enveloppe à la main en remontant., CÉCILE, à part.
Ah ! je suis morte!
• Cécile, Caussade, TholosaDj Maurice
MAURICE, à Tholosaa.
S'il faut recommencer cela!
THOLOSAN.
Tais-toi et détournons la conversation! (ii prend un jonmAi.) Ah! Ah! vous avez le même journal que moi... Voilà un feuilleton ridicule!...
CAUSSADE, soufflant sur l'enveloppe pour la faire sécher et l'agitant.
Vous le lisez?
THOLOSAN.
Jamais! C'est mon domestique qui me Ta dit!
CAUSSADE
Je ne suis pas de l'avis de voire domestique. Le feuilleton de ce matin, surtout, est très-dramatique 1 II y a là un mari !..•
(Mouvement.)
THOLOSAN, toussant.
Iluml
CAUSSADE
Un mari trompé par sa femme !..«
THOLOSAN; à p ut, frappant sur le journal.
Sapristi I pas de chance I
CAUSSADE
Et qui se tue de désespoir! C'est très-bien fait et très-vrai !.*•
(Silence.)
THOLOSAN.
Très-vrai!... Permettez-moi de vous faire remarquer, mon cher monsieur Caussade, que voilà un homme qui prend les choses bien tragiquement!
CAUSSADE
Et comment voulez-vous qu'il les prenne ? En gaieté? Ah! si vous étiez marié, monsieur, et si vous étiez seulement jaloux!... vous comprendriez à quel point de folie le plus petit soupçon... et quand, au lieu de soupçon, c'est une certitude... quand il n'y a plus à douter... que faire?... Tuer le séducteur... Et après?... Chasser la femme... Et après?... Rester seul avec sa douleur et sa honte... et son amour peut-être... tourment plus atroce... ou bien pardonner?... Quel pardon!... On fait grâce, oui, mais on n'oublie pas i... Et le souvenir est toujours là! Il ne \/^us pardonne pas, lui! Ah! décidément, ce mari raisonne bien; mourir en une seconde d'un coup de pistolet... ou d'une n^oniefpui dure toute la vie! Il n'y a pas à hésiter!... Je suis de ivo(i\., je me tueî...
(Mouvement.)