ACTE DEUXIÈME
THOLOSAN.
Avec maddm^3 Caussade?
MAURICE
Oui... et Benjamine.
THOLOSAN, respirant.
Ab! Benjamine aussi!... (a part.) Allons! tant mieux! cela me rassure!... Faisons d'abord une sommation respectueuse!....
As-tu quelque chose à me dire?
THOLOSAN, lui prenant les «eux mains.
Oui. Sais-tu ce que tu devrais faire, toi?
MAURICE
Qu'est-ce que je devrais faire?
THOLOSAN.
Tu devrais faire ta malle et partir par le convoi de neuf heures qui va passer...
MAURICE
Pour Paris?
THOLOSAN.
Oui... et puis de là pour Bordeaux... et puis de là pour Pau... et puis de là pour les Pyrénées!... et puis de làl...
MAURICE
Ah \ ça, tu es donc bien pressé de me voir loin d'ici, toi ?
THOLOSAN.
Moi... oh!... (Énergiquement.) Eh! bien, ouiî... jc voudrais 'b voir à tous les diables !...
MAURICE
Parce que?
THOLOSAN.
Ah! Parce que j'aimerais mieux te savoir au fond de l'eau que de te voir ici, occupé à séduire la femme d'un ami, et à devenir un mallionnête homme I
Tholosan !
THOLOSAN.
Ahl parbleu!... je suis médecin! je dis les choses comme elles sont! (Atcccœur.) Voyons!... un bon mouvement... mon petit Maurice... je t'en supplie... va-t-en ! Il y a dans ton cœur, qui n'est d'ailleurs ni meilleur, ni plus mauvais que celui des autres, un petit coin noir et gangrené... mets-y le feu! mon fils!... que diable!... on n'en meurt pas, et la preuve, c'est que je suis là, moi... qui me suis fî»it la même oDératon 1...
MAURICE
Toi?
THOLOSAN.
Parbleu! Croîs-tu que je n'aie jamais eu vîngî-cînq ans comme toi... que je ne me sois pas permis, moi aussi, cet absurde roman de l'amour avec une femme mariée!... el que je n'aie pas su faire avant toi le raisonnement de la poire.
MAURICE
De la poire?
THOLOSAN.
J'appelle raisonnement de la poiro, la série d'arguments en vertu desquels un monsieur quelconque persuade à une dame qui ne demande pas mieux que d'être persuadée, que son mari n'est pas du tout l'homme qu'il lui faut et que cet homme là...
c'est lui (Frappant sur Tépaule de Maurice.) Ic mOUSiCUr ! Et jC l'appelle le
raisonnement de la poire, parce que toute sa logique est résumée dans la légend-^ suivante que je te prie de méditer.
MAURICE
Voyons la légende!
THOLOSAN.
Au commencement l'homme et la femme poussaient sur des
arbres, et ne formaient, à eux deux, (il indique avec ses deux mains rapprochées) qu'un seul fruit, comme la poire ; l'union la plus parfaite régnait dans leurs pépins!... Brahma s'avisa un jour de couper tous ces fruits en deux — l'homme d'un côté, la femme de l'autre; et mêlant toutes ces moitiés dans un panier : «Mes enfants, leur dit-il, tâchez maintenant de voua reconnaître; mon paradis est à ceux qui sauront se retrouver dans le tas!...» Depuis lors, chacun de nous n'étant plus que la moitié de son tout, sent un certain vide à son côté, il se frotte, il se tâte... il lui faut sa moitié!... il la cherche dans la foule!... Jcst elle!... non! Et celle-ci? peut-être! Il fait un pas... la moitié féminine en fait un autre... ils se rapprochent!... On les unit... c'est le mariage, et l'on s'aperçoit ici qu'ils ne s'accordent pas du tout... mais il est trop tard!
MAURICE
Et alors?
THOLOSAN.
Et alors... il se trouve toujours par là un fragment de poire célibataire qui profite du déplaisir causé à la dame par cette découverte, pour se jeter à ses pieds en lui criant : « Mais vous êtes une poire bien malheureuse!... Mais votre mari a'esl