‹ Nos invisiblesChapitre 201 sur 203 · PS ER · texte numérisé non relu

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« Ils ne savent ce qu'ils font ». Et pourtant, savent-ils véritablement ce qu’ils font, ceux qui se rendent coupables de véritables monstruosités à notre égard ? Savent-ils jusqu'à quel degré ils repoussent, ajournent leur bonheur futur, jJusqu'à quel degré ils se préparent pour les lendemains immortels des jours de lassitude et de remords ?

Non, sans doute, et c'est cette ignorance de l'avenir qui peut aider les imparfaits, ceux qui n ont pas encore assez de vertu et d'énergie pour savoir pardonner sans raisonner ce pardon, dans la pratique de cette loi d'oubli.

Mis, de leur côté, les pardonnés doivent se souvenir que ce pardon octroyé ne les dégage pas de l'obligation de l'effort réparateur, qu'en aucun cas leur conscience ne peut ressembler à une toile cirée sur laquelle 1l suffit de passer

une éponge pour que toute tache soit effacée. Les taches morales sont beaucoup

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plus longues à faire disparaître que les taches physiques, et si le pardon apporte

un soulagement au pardonné, il ne doit jamais l'envisager que comme un stimulant pour une vie nouvelle de réparation. Regretter ses fautes est certainement un bon sentiment, mais les réparer est infiniment mieux. Aucune parole, aucune protestation, aucune prière, n'auront jamais la valeur des actes sérieux, faits en vue du relèvement de l'âme.

Cette réparation ne doit pas s'exercer seulement sur terre. Les Esprits sont tenus à la même loi. Mille et mille tâches s'offrent à leur activité et à leurs aptitudes spéciales, pour réparer les fautes commises etle préjudice qu'ils ont pu causer sur terre à leurs frères en humanité ; et je dis qu'en généralils se soumettent beaucoup plus facilement à cette loi que les incarnés, parce que les conditions d'êtres dégagés de la matière les rend plus aptes à en comprendre l'utilité, à pénétrer le maniement moral de toute la Création basée sur un seul et unique point : la bonté.

Mais le pardon n'est pas seulement la base fondamentale de l'évolution morale ; 1l l’est encore de l’évolution intellectuelle.

Il est impossible aux êtres de l'Univers, de l'humanité en particulier, d’effectuer un progrès intellectuel sérieux et pouvant avoir une longue portée, s'1l n'existe pas chez eux ce que j'appellerai « la bonne entente », et s ils n'ont absolument banni de leurs rapports quotidiens l'envie et la jalousie stupides, qui sont les sentiments avant-coureurs de la rancune.

Malheureusement ces défauts semblent primer, et de beaucoup, la loi de cOr-

dialité et de pardon. Même entre savants qui concourent à la recherche d'idées

plus ou moins semblables, on se suspecte d'abord, on se déteste ensuite, et l’on

ne se pardonne rien.

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Il résulte forcément de cet état de choses que chacun travail solitairement pour soi, et garde avec un soin jaloux ses découvertes. Mais, comme les ressources d'un cerveau terrestre sont très limitées et que seule la collectivité de plusieurs cerveaux réunis peut amener une découverte efficace et utile à l'humanité, il s ensuit que le progrès est lent, stationnaire, qu'il rétrograde même quelquefois momentanément, simplement parce que les hommes ne s'aiment pas et se supportent difficilement.

S aimer, se le prouver, en s’aidant et en se pardonnant, ne se voit que très rarement sur terre. Îl faut être déjà une âme évoluée pour comprendre la beauté etla sublimité de ces principes ; il faut avoir déjà pas mal vécu sur cette misé-

rable terre pour comprendre lPutilité de la bonne entente et du pardon.

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Et ces âmes vivent peu en général. Trop parfaites pour ce séjour d'imperfecton, elles passent rapides et brillantes comme des météores sur la terre. Elles laissent au cœur de ceux qui les ont connues des regrets ineffaçables, mais elles

laissent aussi derrière elles comme un parfum de bonté, comme une trace indé-

lébile de leurs vertus qui donnent envie aux plus Tâches de s'engager dans leur sillon.

Hélas ! les émanations morales terrestres ont cette puissance ; elles mettent

en fuite les belles âmes, elles ne leur permettent pas de fouler longtemps un sol

où le mot pardon ne s'emploie malheureusement que si rarement,

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Pourtant, suivant en cela l'exemple du Christ qui, sachant pertinemment

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qu'il s’adressait à une humanité oublieuse et mauvaise, ne se lassait pas de proclamer la loi de pardon et d’en donner l'exemple jusqu’à son dernier soupir, nous vous adjurons de le pratiquer dans toute son étendue, dans toute sa beauté, sans restriction aucune. Qui sait s’il ne viendra pas un Jour où la terre comprendra enfin toute la beauté de sa pratique, où elle se décidera à lui donner une place prépondérante dans le lot des vertus qu’elle doit ambitionner ?

Ce jour-là, nous pourrons dire qu'elle est véritablement en pleine évolution :

mais cette apogée sera peut-être le signe précurseur de son anéantissement, car

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il est des signes de perfection auxquels elle ne peut aspirer parce qu’ils sont

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incompatibles avec la constitution de son sol. Lorsqu'elle sera arrivée à un certain degré de perfectibilité, elle ne pourra

franchir ce degré, et peut-être faudra-il qu'elle s'anéantisse dans la fusion universelle et perpétuellement en ébullition des atomes et des molécules épars. Mais les âmes 1immortelles, libres et dégagées, s’enfuiront très loin du lieu du cataclysme, et elles enverront à ces débris qui constituèrent le globe de l'épreuve le pardon des souffrances qu'il leur fit endurer, et qui planera très au-dessus de ses révolutions géologiques et morales.

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