FRATERNITÉ DES ESPRITS
n’ont le droit de s’enorgueillir de rien : 1ls savent que tout a une fin. Les événements pénibles, humiliants même, rentrent dans le plan égalitaire, où la fraternité et la concorde règnent en maîtresses souveraines et absolues. Dans le monde astral perfectionné, l'orgueil n’est plus qu'un mot du vocable passé. Parti du même point pour arriver au même but, l'Esprit se souvient qu'il a connu les heures de défaillance et les minutes d'enthousiasme, qu'il a souvent côtoyé la vertu et embrassé le crime ; 1l sait, en un mot, qu'il ne peut se glorifier de rien ; aussi sa condescendance pour ceux qui sont au-dessous de lui n'est-elle pas le résultat d’une pitié dédaigneuse, mais bien la conséquence de son élévation morale qui lui permet enfin de comprendre ce qu'il y a de sagesse, de beauté et de grandeur, dans ces mots : progrès par la souffrance, bonheur par la fraternité.
Fraternité ! que voilà bien l'idéal parfait, trop élevé, trop au-dessus des compréhensions humaines pour pouvoir être jamais mis en pratique sur terre! Et cest en raison même de cette impossibilité que l'infime planète agonise, en demandant, au milieu même de ses affres, où réside le bonheur. Comment, en effet, être heureux sous ce toit somptueux, si la misère et la douleur s’abritent dans l’humble maisonnette qui lui fait face ? Comment oser prétendre un seul instant à la possession d'une paix inaltérable, tant que l’odieux système des dupes et des dupés, du loup se repaissant de l’agneau, subsistera? Comment oser se réjouir, s1 l'éclat de notre joie est Le signal des pleurs chez notre prochain ?
Et c'est pour cette raison que la recherche du bonheur ici-bas n'est autre qu'une vaste utopie. Car le bonheur c'est la réalisation parfaite de ce cénacle où tous ne doivent former qu'un cœur et qu’une âme, où les mots discorde, envie, jalousie, n ont plus leur raison d’être, mais sont remplacés par ceux d'amour, de sainte émulation, où la joie de l’un devient la joie de tous, où la faiblesse de certains éveille les sollicitudes des forts, où Dieu semble être le but suprême de l'existence, et les vies successives les étapes qui permettent de reprendre haleine avant de parvenir à cette suprême omnipotence.