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de la jouissance matérielle au labeur pénible et austère du perfectionnement moral?
Non, — mille fois non ! Malgré les tristesses du grand âge, malgré son apparente inutilité, ce don de vie avancée est un bien, la terre étant un sol essentiellement purifiant et expiatoire. Elle peut être comparée à quelqu'’une de ces stations thermales dont les émanations sont si désagréables. Pour obéir aux prescriptions d'un médecin, nous n’hésitons pas à subir toute l’ennuyeuse série d’un traitement souvent très pénible, dont nous ne ressentons dans le moment que la fatigue et la peine. Pendant la cure, il nous arrive continuellement de murmurer, de déclarer que nous sommes encore plus malades qu’au jour de l’arrivée, mais, la saison terminée, une fois rentrés dans le paisible repos de la maison, nous ressentons immédiatement les heureux effets d'un séjour que nous avons maudit, d’un traitement que nous avons subi avec la plus évidente mauvaise volonté.
[est bien réel que, pour l’incarné, il n’existe véritablement qu’une période dans sa vie où 1l soit capable d'effectuer un progrès réel. Cette période est celle qui s écoule entre vingt-huit et soixante-dix ans. Auparavant c’est l’hésitation, ou, ce qui ne vaut pas mieux, la période des résolutions trop promptes, trop énergiques pour être maintenues. [l suffit qu’un souffle de plaisir les effleure pour les détruire ; puis vient l’époque de la lassitude où le courage manque à l'homme, où 1l traine sa vie comme on traîne un fardeau.
Dieu pourtant lui octroya cette vie composée d'enfance, d’adolescence, d'âge mür et de vieillesse, pour en user saintement. Il ne la donne pas pour le plaisir, mais bien pour la souffrance qui crée le mérite, pour le travail qui fait naïître les vertus et développe l'intelligence.
Les hommes ne l'ont pas tous compris ainsi hélas! et c’est pour avoir méconnu cette vérité que les souffrances dernières de la vieillesse leur sont souvent infligées, et que les jeunes s’étonnent de cette vieillesse qui leur paraît être une inutilité et un non-sens.
L'étude de l'humanité nous amène chaque jour plus près de cette constatation qu'il existe des personnes qui sont, pour ainsi dire, incapables du moindre effort. Elles ont les résolutions faciles, les élans généreux, mais ces résolutions, ces élans, ne leur font rien produire d’utile. Mises en demeure d'accomplir l'effort, elles restent sans courage, sans volonté, seffrayent, se refusent à surmonter ieur invincible répugnance pour la réforme de leurs défauts, pour l’'accomplisse-
ment des actions saintes.
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1f Ce qu'elles ne savent pas assez, ces âmes nonchalantes, c'est que l'énergie et la volonté marchent de pair avec la charité, et, suivant en cela l'exemple du
Maître-Christ qui nous révéla toutes les sublimités de la morale, nous devons réserver la première place à celle-c1. Le courage doit venir immédiatement après. Il n’est, en somme, qu'une des variantes de la foi sublime, de la foi qui donne la force d'accomplir les plus rudes pèlerinages, parce que l’on compte sur le secours spirituel toujours accordé aux confiants et aux énergiques.
Mais quand le courage manque, quand l'âme, sans être mauvaise, ne possède
qu'une teinte insignifiante de douceur et de tendresse, quand elle est, en un mot,
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sans force, elle est désignée forcément à l'épreuve qui lui créera d'abord les mérites qu'elle est incapable d'acquérir elle-même, et qui développera, malgré
tout, chez elle l'instinct de conservation contre la souffrance, première imparfaite
manifestation du courage et de l'énergie.
On devine par là le rôle de la souffrance. Elle remplace, en certains cas, l'effort, et c'est pour cette raison que la vieillesse décrépite, presque sans pensées parfois, ne peut et ne doit pas être considérée comme un injustifiable procédé de l'organisateur des mondes, mais bien comme une utilité au parachèvement d'une âme venue tout exprès sur terre pour y trouver la purification sainte qui l’amèenera au plus tôt vers les sphères du bonheur et du repos.
Il ne faudrait pas, cependant, croire que cette passivité de la vieillesse alliée à l’activité de la souffrance soit une loi sans exception.
Il y a des âmes dont le progrès ne s'arrête pas, des êtres qui ne se laissent pas abattre par la lourdeur des ans, qui savent encore tenir très haut dans leurs mains tremblantes la hampe du drapeau de leurs croyances et de leurs principes. |
Ces exceptions sont même encore plus fréquentes qu'on ne le croit, et je
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ne sache rien qui soit plus respectable et plus enviable qu'une belle vieillesse. Dans ce cas, celle-ci semble être bien plutôt une récompense qu'une épreuve.
Cette récompense n'est pas l’œuvre d’un hasard implacable ; elle est le résultat
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d’une vie de bonté, de courage et de sobriété, qui a permis à l’incarné de mainte-
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nir aussi solidement que possible les qualités acquises, la patience trouvée, les
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idées généreuses, l’indulgence plénière.
Oh ! croyez-moi, jeunes qui souriez dédaigneusement en passant devant le
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vieillard, qu’elle est belle cependant cette vieillesse, qu'elle est digne d'envie!
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Qu'il est doux de venir, comme un autre Saint Jean, appuyer sa tête sur la poiont souffert et lutté, d'écouter leurs sages
trine vénérable de ces anciens qui conseils dictés par une expérience durement acquise ! Qu'il est vivifiant ce souffle de mort qui passe au-dessus de leurs têtes augustes comme un présage de l’éternité apaisante |!
C'est lorsque la fatigue intense de vivre arrive à enlever du cœur des vieux tout désir, que le triomphe est proche. Ils sont si las, si courbés. qu'il ne leur est pas possible d’apercevoir au-dessus d’eux le sommet de gloire qui couronne les
sentiers escarpés parsemés d’écueils, d’abruptes rochers, où ils ont usé leur force.
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Allons, heureuse vieillesse que les hommes doivent ambitionner au lieu de
craindre, encore un dernier effort! Laisse ton vieil habit de cendre s’écrouler
derrière toi, laisse tes souvenirs douloureux même, car le triomphe va succéder
Fa