‹ Nos légitimes aspirations [microforme]Chapitre 13 sur 14 · L'OPINION SAINE · texte numérisé non relu

L'OPINION SAINE

Au reste, de toute part se font entendre, à ce sujet, des propos encourageants. Certaines formules absolues, lancées au cours de la guerre, ont été élargies par des explications sensées. Ces explications sont venues d'abord, comme il fallait S'v attendre, de ceux qui parlent le mieux au nom du catholicisme. La grande revue catholique America, à plusieurs reprises, à insisté diserètement sur l'utilité pratique des langues modernes, en méme temps qu'elle plaidait pour la culture gréco-latine: elle à de même représenté avec douceur et force Cqu'il Ya beaucoup de justesse dans l'opinion de ceux qui pensent que la conservation de la langue peut aider à la sauvegarde de la for. » Elle à enfin fait remarquer le caractère essentiellement composite de la nation américaine, et elle a prié le publie de vouloir bien retenir que la majorité des soldats de Ta république américaine, q'. sont allés en Europe soutenir ses intérêts et ceux d'une portion considérable de lhumanité, descendaient de races très variées, qu'ils portaient des noms de toutes les nuances ethniques, et qu'un très grand nombre parlaient, outre l'anglais, la langue de leur famille, sans que pour cela leur patriotisme fût moins ardent. La chose publique s'est bien trouvée, en temps de guerre, de la variété qu'elle avait sagement laissé subsister sous l'unité du drapeau étoilé. On ne perdra rien à continuer d'être aussi sage en temps de paix. !

Des milieux protestants les plus cultivés, sont ventes des remarques semblables. Tel grand journal, fervent admirateur de Roosevelt, le Boston Ervening Transeripl, s'est donné la peine d'exposer que les projets d'américanisation ne doivent pas donner l'impression que lon veut violenter les groupes ethniques à la façon du tsar de Rus-

1 A ces judicieuses remarques de l'America, il convient d'ajouter la courageuse et intelligente défense des Canadiens francais des États-Unis, formulée par S. G. Mgr Rice, év. de Burlington (Ut) : Lettre au sénateur Lafleur, avril 1919.

sie. Ia ajouté que l'on aurait tort de faire entrer les gens dans la condition de citoyens américains par une porte humiliante. la insisté pour qu'on n'eût pas l'air de leur enseigner qu'il n'y à jamais eu de erands hommes au monde avant Washington et Lincoln. Il a même prié les pédawogues américains de vouloir bien se renseigner sur l'histoire des races auxquelles appartiennent leurs élèves, afin de maintenir en eux vivant le sens du respect de leur sang et de leurs origines, sans lequel on n'aurait que des âmes éteintes, parce qu'elles manqueraient du plus légitime stimulant humain, le sens de l'honneur. Enfin, il a conelu en priant ceux qui se donnent comme les Américains par antonomase, de ne pas compromettre la réputation de l'âme américaine, en prenant un air de condescendance mortigante à l'égard des races qui sont en train de s°7:climater chez eux.

[lv a longtemps que les Franco-\mérieains font des sacrifices pour entretenir leurs écoles. S'ils se sont imposé ces lourdes charges, c'est parce qu'ils ont toujours eu assez de foi à la générosité et au bon sens de Fâme américaine, pour croire qu'on ne viendrait pas un jour saboter leurs écoles et restreindre le droit qu'ils ont d'élever leurs enfants conformément à leurs devoirs envers Dieu et envers leur patrie. Plus d'un signe permet d'espérer qu'ils ne se seront pas trompés.

Enfin, des données plus précises encore, et de personnes particulièrement bien placées pour les donner avee autorité, sont venues s'ajouter, au moins dans certains états.

Prenant à leur compte les déclarations d'un journal de Manchester, N. H. sur le projet d'américanisation, \M. Frank Streeter, président du comité d'américanisation pour le New-Hlampshire, M. Ernest W. Butterfield, surintendant de l'instruetion publique, et M. l'abbé P.-J. Scott, surintendant des écoles catholiques du diocèse de \ancehester, ont eux-mêmes signé ce qui suit :

«Le programme d'américanisation n'a pas pour but de décourager ceux qui veulent se servir d’une autre langue que l'anglais. On ne désire pas réduire les Américains à une seule langue, en ne désire que les familiariser avec la

langue qui sert aux lois du pays. Nous désirons que toutes les autres durent, avee toute la richesse qu'elles peuvent ajouter à notre société comme à notre littérature. N'allons pas laisser s'égarer notre pensée à ce sujet. n'est ni dans nos visées ni dans nos désirs de priver notre vie publique de l'apport des langues étrangères... Tout le plan d'américanisation tend à enrichir, à unitier la vie américaine, non à l'appauvrir. »

Ces paroles sont d'or. ITn'y a qu'à les retenir, pour les rappeler à temps. à qui de droit. Aussi bien il est temps de le dire pour conelure l'obstacle principal à la survivance des qualités ethniques et de la langue francaise, chez les Franco-Américains, ne viendra pas surtout de ceux qui ne parlent que Fanglais, ou des pouvoirs publics, au moins, d'une facon générale. I sera plutôt dressé par l'apathie de eeux qui volontiers s'en tiendraient à la loi du moindre effort. Certainement, il faut de l'effort pour se donner la supériorité qui consiste à connaitre plus d'une langue. C'est la difficulté que rencontrent tous ceux qui veulent reculer le plus possible les bornes de leur cerveau.

L'obstacle viendra encore de ceux qui considèrent comme une régression la fidélité du souvenir, et qui pensent que le progrès consisté uniquement à préparer les succes immédiats. sans s'occuper du passé, de ses traditions et des lumières qu'il projette sur l'avenir. Ce serait un danger à redouter, eroyons-nous, si les soueis d'ordre industriel et commercial étaient seuls à guider l'âme franco-américaine. Dieu merci, il y à mieux.

Tous apprécient le sens pratique de ceux des nôtres qui ont fait fortune, sans s'oceuper surtout d'idées et de sentiments. Nul ne les blâme d'avoir été taut entiers à leurs affaires. Leur prospérité matérielle, S'ils en usent intelliwemment, est un avantage conquis pour les leurs, pour leur cité et pour leur patrie Mais, cela dit, ilreste que Îles idées justes et les sentiments respectables gardent toute leur valeur. Et ceux qui, par l'école, le journal, la revue, la tribune, les associations, maintiennent en vie ces idées et ces sentiments, ajoutent non seulement à la valeur religieuse, morale et intellectuelle de leurs frères, mais même à leur valeur économique, et sur ce terrain, au Moins,

tous doivent pouvoir s'entendre. L'important est que

l'on ne divise pas les forces sociales des groupes franco-

américains, et que, commereant, industriel, ouvrier, prêtre. ou professionnel, Fon ait assez de largeur de vues pour “dmettre que, sile bien de la patrie est un devoir commun. il va pourtant plusieurs manières de promouvoir le bien commun, L'une n'exelut pas Pautre.

Pourvu que l'on stche diriger toutes ces manifestations de vie vers la fin surnaturelle, en encourageant la mise en œuvre des movens que propose la religion, lon aura recherché le règne de Dieu et de sa justice, avec l'assurance divine que le reste viendra par sureroît. [ne saurait v avoir de patriotisme amérienim plus intellisent et plus utile. Et c'est parce que tous ces modes d'action sont ci honneur chez les Franrco-Amérieains, c'est parce que tous, lieues et prétres. <'nppliquent à S'entr'aider selon leurs movens et leur voestions que nous peuvons envisager l'avenir avec confiance. Quelques défectious individuelles, chez certains professionnels surtout, por ne pas parler des politiciens, ne permettent pas de penser que l'ensemble des vôtres se dérobers jamais à ses multiples devoirs de Franco- Américains envers Ja patrie américaine.

C'est un péché dont ils se garderont. Leurs jeunes cens aetifs et intelligents, habiles à manier les deux langues, entreprenants et tenaces au travail, généreux et fidèles à l'orwanisaton paroissiale qui les oriente vers l'idéal patriotique et chrétien, tout cela est d'un bien encourageant auvure. Lei comme ailleurs, le monde à des maximes dissolvantes pour leurs convictions. Mais ils ont dans le cœur et dans le regard quelque chose de la flamme sacrée qui fait qu'une race ne meurt pus quand elle ne veut pas mourir.» Voilà la victoire qui triomphe du monde : notre foi.» La patrie américaine ne pourra que s'en féliciter.

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