‹ Nos légitimes aspirations [microforme]Chapitre 8 sur 14 · PERS · texte numérisé non relu

PERS

ments de 1760, inquiet des imprudentes déclarations du Congrès de 1775 contre la religion catholique, ce peuple d'origine française ne voulut pas courir de risques : il protégea son territoire contre une agression qu'il n'avait pas provoquée. Et l'on peut se demander, à tout prendre, si les États-Unis n'ont pas gagné à rester dans les limites tracées par le traité de Paris, élargies plus tard par des concessions de la diplomatie anglaise, Assez de problèmes leur ont été imposés par leur immensité géographique. Du reste, le peuple américain a dû savoir. en 1914, que le peuple canadien d'origine française a chanté le Te Deum dans toutes ses églises. pour célébrer le centième anniversaire de la paix entre le Canada et les États-Unis. Ce fait en dit long. Un jour viendra où l'effet sera dissipé, d'une certaine propagande intéressée à décrier ces paysans français du Canada.

Quand la guerre mondiale éelata, les Canadiens francais ne refusèrent pas d'y participer dans la mesure de leurs ressources. Mais ils se réservèrent sur le principe de leur intervention. Ils tinrent à ce que le Canada y entrât comme nation et non comme partie d'un empire européen. C'était s'en tenir à la lettre et à l'esprit de leur constitution. C'était de plus signifier qu'ils refusaient d'engager l'avenir de leur pays dans tous les conflits où cet empire pourrait entrer. En attendant que s'efface l'im pression produite par une campagne de presse habilement conduite, les États-Unis peuvent toujours admettre qu ‘ils n'ont pas à se plaindre du clergé, des hommes d’ État, des juristes, des médecins, des hommes d'affaires, des ouvriers et des cultivateurs que l'élément français du Canada leur a fournis depuis soixante ans. Ils n'ont certainement pas à rougir des milliers de soldats de cette race qui se levè. rent, au premier appel de 1917, pour soutenir la cause du pays, quand le gouvernement de ce pays, leur patrie, décida que les Etats-Unis comme nation, entraient dans le conâit sans s'engager du reste dans des alliances européennes qui hypothèqueraient le sang des générations futures. En résumé, dans le cours de son histoire — sauf au moment où la France en révolution envoyait ici des agents turbulents, comme Genest et Fauchet — l'Union

TU en

américaine n'a pas eonnu d'heure où il y eût danger à ce que l'élément francais survécüt en elle, et à ce que la pensée française authentique, faite d'esprit chrétien, de générosité, de fraternité, mais aussi de logique et de sens pratioue, fût maintenue ‘ivante au sein de cette race, avec la langue qui lui permet de conserver toutes les qualités de son âme, Non seulement il n'y a pas de danger, mais il v a intérêt. Pour lé ablir, il n'est pas nécessaire d'invoquer l'entente que la guerre a raffermie entre ce pays et la France, avec l'échange moral et intellectuel qui va en résulter, Il est des raisons plus larges, plus permanentes et d'un ordre moins accidentel.

Page 1