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DEVANT LES FEUX

(Sur une frégate amirale quittant les mers du Sud après trente mois de campagne.)

PÈRE JEAN, vieux matelot chauffeur (40 ans). — PETIT PIERRE, jeune matelot chauffeur (18 ans), provenant des pupilles de la marine.

PÈI\E JEAN, très gai.

Allons, les soutiers, mes matlots, Fait's-nous passer 1' charbon tout d' suite. V'ià r moment d' charger les fourneaux Pour rallier 1' pays au pus vite.

Hardi, mes vieux chauffeurs, chauffons!

Bien ça. p'tit Pierre! allume! allume!

N' groumons pas, si nous étouffons.

C'est pour la Franc' qu'i' faut qu' ça fume.

(Il chante.)

C'est nous les mat'lots chauffeurs,

Qui chauffons!

Qni chauffons!

C'est nous les mat'lots chauffeurs,

Qui chauffons Tant que j' pouvons 1

Enfin, v'ià 1' bateau sous pression...

J' te pari' qu'avant cinq minutes, On met la machine en action Pour nous tirer viv'ment des flûtes?

PETIT PIERRE

Oui, mais j' crois qu'on gagn' son argent : Cinquant' degrés au thermomètre!...

Nos fourneaux ronfl'nt; dis donc, pèr' Jean, Viens- tu sous la manche à vent, t' mettre?

PÈRE JEAN

Es-tu fou ! Ya d' quoi attraper, Là-d'ssous, un' bonn' fluxion d' poitrine. Si j' somm' ici, c'est pour y suer.

Mais ça n' fait rien : « Viv' la Marine ! »

Nom de nom, j' peux pus respirer!

J'étouff, moi qu'ai pas l'habitude.

Yaura des mass's de picaillons, A palper en rentrant en France, Pour la femme et les moussaillons Ou pour les belFs fill's de R'couvrance

PETIT PIERRE

Nom de nom, j' peux pus respirer!

J'étouff', moi qu'ai pas l'habitude.

PÈRE JEAN

Alors tir' toi d' là! j' vas t' bourrer

Ton fourneau ; sois sans inquiétude.

Va prend' Pair un p'tit peu su' V pont,

Ou faire un tour à la poulaine.

Mais reviens vit', pa'c' que not' second

Veut qu' pendant!' quart tout son mond' peine.

PETIT PIERRE

Tu m' prends donc pour un failli chien ! J' veux trimer ici comm' vous autres.

Batt' ma flemm' ça n'est pas 1' moyen D' prouver que j' tiens à et' des vôtres. Non, j' veux rester. Largu' mon fourneau Et occup'-toi du tien, vieux frère.

J' peux bien m' rôtir un peu la peau; J' suis pas v'nu ici pour rien faire.

Dr':VANÏ LKS bELX li3

•ÈRK JEAN.

Pau' p'tit bougre! Hardi! T'en peux pus! C'est trop lourd pour toi, nos grand's pelles. Surtout quand faut cuir' dans son jus D'vant les flamm' et les étincelles.

AUex, à c't' heur', prends ton ringard, Et fais dégringoler la cendre, Pour que ton fourneau soit flambard.

Bon! j' vois qu' tu commenc's à t'yentendre.

]\rais pourquoi n' veux-tu pas rester Mat'lot d' pont? Ya bien moins d' misère! Putôt que d' venir t'esquinter A chauffer 1' cul d' ta grand' chaudière. Tu n' bois pas! C'est pas pour le vin Et l'eau-d'-vie en pus qu'on peut boire, Que tu viens fair' not' métier d' chien, Ta pauv' frimouss' sans poil tout' noire.

PETIT PIERRE

C'est qu' mon frère aîné vient d' mourir A Brest, des fièv's de Cochinchine, Larguant quat' garçaill' à nourrir A sa veuv' qui pour eux s'échine.

V'ià pourquoi j' suis mat'lot chauffeur, A caus' du supplément que j' gagne, Pour donner à ma pauv' bell'-sœur, Un pus fort décompt' de campagne.

PÈRE JEAN

Bougre ! alors je n' te dis pus rien, Car j' m'aperçois qu' t'es un bon frère. Ai' soin d' tes p'tits-n'veux, tu fais bien. Ça vaut cor mieux qu' bringuer à terre. Un décompte est si vit' parti, Quant on s' fout à prend' cuit' sur cuite, Qu' t'as pris, p'tit Pierre, un bon parti, Qui t' port'ra bonheur par la suite.

Au Commandant Gourdon.

A TABLE D'HOTE

29 juillet 1893.

— « Messieurs les marins, par ici,

« V'iiez vous mettre à la table ronde.

— « Non, mon vieux, j' bouffons à cell'-ci,.. J' voulons et' du bord comm' tout T monde.

A TABLE D'HOTE

[Dan^ une ville de Bretagne.)

YANN, second-maître fouurier. — YVES, quartier-maître de manœuvre. — Puis un GARÇON et MADAME.

YANN

Puisque j' somm' au pays, mon vieux, Si j'allions à rilôtel de France?

On dit qu' c'est cor là qu'on est V mieux, Pour s'emplir, comme i' faut, la panse.

YVES

Allons-y ; Y cid' doit y et' bon,

Et moi j'ador' le cid' quand j' mange.

Je r préfère au gros bleu d' Toulon.

YANN

T'as raison, vieux, et puis, ça change... Ya longtemps qu'on en a liché, Hein, frèr', de not cid' de Bretagne, Qui pétiir, quand il est bouché, Autant qu' leur piquett' de Champagne.

Rentrons !

YVES

Rent', toi, pass' le premier.

J'ai hont', moi, d'vant tout's les bell's femmes Qui sont là, en train d' tortiller.

YANN

Suis-moi!... Salut, messieurs et dames!

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