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EN COMPAGNIE DE DÉBARQUEMENT

13 décembre 1894.

EN

COxMPAGNIE DE DÉBARQUEMENT

{Près de Toulon^ fendant une halte.)

KERVEUR, quartier-maître de canonnage.

LE GAC, jeune fusilier breveté.

KERYEUR.

J' crois, mon p'tit, qu' dans c' pays moco, On su' dur par cett' march' forcée.

LE GAG.

Oui, je m' mettrais bien dans 1' coco Un verr' de limonad' glacée.

C'est vrai, la vinass' du bidon, Quand sous 1' soleil on la trimbale, A comme un sal' goût d' fer ou d' plomb, Qui dégoût' de s' rincer la dalle.

KERVEUR.

Quèqu' tu veux, mon p'tit, c'est F métier !

Faut thabituer à la misère,

Afin d'êt' prêt pour attaquer

Ceux qu' tu devras combattre à terre.

J' sais bien qu' dans nos bidons, Y vin pur

N'a pas r goût qu'on lui trouve au large.

Mais on n' se plaint pas qu'il est sur,

Quand on 1' soifFe après une bonn' charge.

LE GAG.

On voit qu' vous avez fait 1' coup d' feu, D'puis votre arrivée au service !

KERVEUR.

J' te crois, mon bonhomme, et pas peu !

J' v'nais d' finir mes deux ans d' novice,

Quand j' fus dirigé su' Paris,

Avec d'aut's marins pour le siège,

Et c'est dans les banlieu's qu' j'appris

A m' battr', par des temps d' glace et d' neige.

LE GAC.

Alors, v'ià donc pourquoi qu' là-bas, A Paris, on aim' la Marine,

Quèqu* tu veux, mon p'tit, c'est 1' métier !

Faut t'habituer à la misère,

Afin d'êt' prêt pour attaquer

Ceux qu' tu devras combattre à terre.

Et qu' c'est à qui pai'ra aux gas, Quand i's y sont, pus d'un' chopine.

KERVEUR.

Oui, v'ià pourquoi qu' tout dernièrement, T'as lu, dans 1' Moniteur cT la Flotte, Qu' cent vingt d' nos fusiliers d' Lorient Ont vu comment 1' grand mond' nous cote, Après les funéraill's du Czar, Chez r Président d' la République, Puis chez 1' Ministre, où — blague à part, Chacun a dû rentrer sa chique, A caus' des tapis qu'ya partout, Des joli's fiir en rich' toilette, Qu'aim' à vous r'iuquer, et surtout Pour déguster leur bonn' piquette.

LE GAG.

L' fait est qu'on leur en a payé,

D' tous les bords, là-bas, du Champagne,

Avec des cigar' à la clé.

Avant qul's r'prenn'nt le train d' Bretagne.

KERVEUR.

Ben! on a raison d'nous aimer, Car, vois-tu, lorsqu'on est en guerre,

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