COMMANDANT
Mon cher Yann Nibor,
Avant votre départ, je tiens à vous exprimer tant au nom de l'École des Mousses, qu'en mon nom personnel et celui de mes officiers, t^ut le plaisir que vous nous avez donné, en nous faisant connaître par vous-même vos poèmes et chants de mer.
Gomme le dit si bien mon ami Pierre Loti, en présentant votre premier volume : « vos chants sentent bon le sel, le goudron et le vent du large ».
J'estime que leur audition a fait un bien immense aux apprentis-marins et aux mousses, nos futurs officiersmariniers, en exaltant chez eux, tout en les précisant, les sentiments qui y sont déjà en germe : dévouement, abnégation, mépris du danger.
Je suis heureux de les entendre fredonner déjà ces chants, qui disent l'histoire de leurs pères, laquelle sera aussi la leur. Ils ont reconnu en vous, un camarade, un am^, un frère et ils comprennent cette langue si vraie et si poétique même dans ses rudesses.
Vous avez bien dii le sentir, quand ils vous acclamaient dans l'amphithéâtre du bord.
J'ai été profonduiTienl c'mu en vous entendant, et j'ai pu constater qu'il en était de même pour tous les officiers.
Cela était tout naturel de la part d'officiers de marine qui connaissent leurs hommes et aiment la mer, mais votre accent est si réel que vous touchex ceux-là même, qui ne sont pas au courant de nos mœurs, les éléphants^ les terriens, comme nous disons dans notre langue maritime.
Comme preuve .le vous envoie, ci-joint, la lettre d'un de mes amis, raffiné de la poésie, qui déjeunait avec nous dimanche dernier.
Bien qu'il ne comprit pas entièrement notre langage, il a été frappé de la manière dont vous saviez rendre les beautés, les tristesses et aussi les gaietés de la vie des marins. 11 a été surpris de l'impression saisissante que vous produisez sur un auditoire.
Je ne vous dis pas adieu, mais bien au revoir, espérant bien que vous ne viendrez jamais à Brest, sans faire une visite à cette école, où vous avez fait vos premiers débuts dans la marine, et où vous comptez aujourd'hui de nombreux admirateurs et amis.
En attendant, je vous serre bien cordialement la main, en vous donnant l'assurance de mes meilleurs sentiments.
H. Drouin,
Capitaine de vaisseau, Commandant l'École des Mousses-