FONDATION DU SÉMINAIRE
L'évêque de Babylone leur offrit le sien; il ne mettait que deux conditions : la première, que les nouveaux directeurs enverraient des prêtres aux missions de Perse ; la seconde, qu'ils lui paieraient une rente viagère de 4,000 francs.
Les amis de Mgr Fallu n'eurent garde de refuser, mais ils durent prier M. de Morangis, directeur des finances, et M. de Garibal, maître des requêtes, d*accepter en leur nom une donation que ne pouvait rece* voir une Société dont l'existence n'était pas encore légalement reconnue ; en même temps, ils présentèrent au roi une requête afin d'obtenir des lettres patentes* Louis XrV comprit vite quelle serait Tinfluence civi* liâatricci^ française et catholique de la nouvelle œuvre- Le 27 juillet 1663, il accorda les lettres patentes et dota le séminaire d'une rente annuelle de 15,000 livres l'abbé de Saint-Germain, Henri de Verneuil, Fautorisa le 10 octobre suivant ; l'archevêque de Paris, Mgr Hardouin de Péréfixe s'en déclara le protecteur, et le légat du Saint-Siège en France, Mgr Flavio Chigi, l'approuva au nom du Souverain Pontife.
Le 27 octobre, réunis dans une des salles du Séminaire transformée en chapelle, MM. Gazil, Poitevin et leurs amis, prirent possession de la maison. Bossuet vmt saluer, de son éloquence, cet acte qui consacrait l'œuvre naissante. 'Quelques jours plus tard, M. de Meur était élu supérieur du Séminaire, MM. Fermanel, Besard, Gazil, Poitevin, Lambert et Desportes nommés directeurs.
La Société des Missions-Ëtrangères était fondée ; elle
avait un but général et exclusif: l'apostolat dans les Missions ; un but particulier nettement défini : la formation du clergé indigène; des membres: évéques, missionnaires et directeurs, enfin; un Séminaire pour assurer son recrutement, perpétuer son œuvre et être le centre de son administration en France.
Depuis le jour où le P. de Rhodes avait expliqué aux associés de la rue Copeaux que, pour rétablissement définitif des églises d'Extrême-Orient, il y avait un double but à atteindre, la création d'évéques et la formation d'un clergé indigène, bien des hommes s'étaient unis dans une même pensée pour arriver à la fondation de la Société.
Avant toutes choses, il avait fallu la parole deRomei Mgr Fallu et Mgr de Lamothe-Lambert l'avaient obtenue; il avait fallu des prêtres pour accompagner les évêques, MM. de Bourges, Deydier, Laneau et beaucoup d'autres s'étaient présentés; il avait fallu en France des associés pour soutenir l'œuvre, MM. Gazil, de Meur, Poitevin, Fermanel avaient accepté cette charge, ils avaient fondé le Séminaire ; tous évêques, missionnaires et directeurs, s'étaient promis un concours généreux et une union constante; ils avaient reçu d'hommes étrangers à leur association des secours considérables : Louis XIV, Mgr de Babylone, MM. de Garibal, de Morangis, Madame d'Aiguillon, Madame de Miramion, avaient été les premiers bienfaiteurs de l'œuvre naissante.
En face de cet étonnant concours de dévouement, de cette absence de direction unique, de cette suite de con-
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tradictioDs et de ce plein succès, il avait donc singulièrement et profondément raison, le chroniqueur du dixseptième siècle, d'en appeler à une intervention divine manifeste et de déclarer « le Christ Rédempteur et la Vierge, sa mère », les véritables fondateurs delà Société des Missions-Étrangères.
Hais étudier l'origine d'une institution, ce n'est pas seulement conndtre l'ensemble des événements qui ont
amené sa formation, c'est aussi un moyen de découvrir son caractère spécial, ses qualités diverses, et parfois les destinées que la Providence lui réserve. L'arbre est tout entier dans le germe, avec ses racines et ses branches, ses fleurs et leurs parfums, ses fruits et leur saveur.
Serait-il donc téméraire de penser et de dire que la Société des Missions-Étrangères, composée de prêtres séculiers, a une origine en rapport avec sa prédestina* lion et que ses premiers éléments ont une raison d'être particulière et portent avec eux un enseignement spécial?
Et d'abord elle vient à son heure, c'est-à-dire dans un de ces moments assez fréquents dans la vie de l'ËgUse, où ce qui sufSsait hier ne suffit plus aijjourd'hui. Est-ce à dire que ceux qui étaient chargés de travailler pour l'Église, ne remplissaient plus leur mandat? A Dieu ne plaise; parce que saint Ignace
fonda la Compagnie de Jésus, faut-il conclure, que les
d6 LA SOGIëTë des MISSIONS-ÉTRANGÈRES.
enfants de saint Dominique et de saint François avai^it oublié leurs devoirs et failli à leur mission? Évidemment non. Mais pour répondre à des besoins nouveaux^ il faut créer des œuvres nouvelles. C'était à un de ces besoins que répondait la Société.
Les Ordres religieux, avaient les premiers fait retentir le nom du Christ sur les plages lointaines et groupé autour de la Croix des milliers de chrétiens ; quand il fallut former de véritables Églises et leur donner la hiérarchie catholique^ on ne trouva point d'institution dont le but fui directement en rapport avec cette oeayre« C'est alors que parut la Société des Missions-Étrangères; son but dit la raison de sa création et légitime don existence.
Le choix que Dieu fait des premiers membres dô là Société n'est pas moins frappant. Par leul* situation^ leur caractère et leurs vertus, ces premiers membres semblent spécialement et longtemps à l'avance formés pour l'œuvre qu'ils auront l'inappréciable honneur dé fonder.
Ils font partie d'une association de jeunes gens pieux^ savants et libi^es de tout engagement religieux; La jeunesse^ en effet, n'est-elle pas l'âgé m cœur vaillant, qui sait tout donner, sa famille, sa patrie, sa vie» et toutes ces choses. Dieu les demande au missionnaire; la piété n'est-elle pas le palladium de l'apôtre et le nerf de son action ; la science une des conditions des fonctions sacerdotales; la liberté dans le sacrifice et l'union gardée par la charité, les caractères spéciaux d'une Société qui ne demande à ses membres que d'ob*