‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 101 sur 168 · lie de Fernando-Po · texte numérisé non relu

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part étaient des femmes au corps velu, que nos interprètes appelaient Gorgones. Nous ne pûmes pas attraper les hommes. Ils s'enfuirent dans les montagnes et se défendirent avec des pierres; quant aux femmes,, nous en prîmes trois qui mordirent et ég-ratignèrent leurs conducteurs et ne voulurent pas les suivre. Nous les tuâmes et leur ôtâmes la peau que nous apportâmes à Garthage, car nous ne pûmes aller plus loin faute de provisions*. »

La grande civilisation n'a donc pénétré par mer ni en Gaule, ni en Espagne. La part de la colonie de Marseille sur le développement des populations de l'intérieur a été très faible ^ Le grand mouvement qui a transformé le pays est venu par voie de terre, continuation du mouvement auquel nous avions dû l'introduction dans le pays des monuments mégalithiques et des animaux domestiques. Mais cette révolution a été tardive, bien plus tardive qu'on ne le croit généralement. Elle était à peine commencée au vu* siècle.

Pourquoi la Gaule demeura-t-elle si longtemps en arrière des autres contrées de l'Europe? Pourquoi la population des dolmens, qui était après tout de bonne race, dont l'intelligence nous est attestée par des faits nombreux, s'était-e.le laissée devancer non seulement par ses frères d'Orient, mais par ses frères Scandinaves. Pourquoi pendant si longtemps avait-elle été sans communication efficace avec eux? Nous entrevoyons les causes de cette anomalie sans pouvoir les préciser. L'état d'isolement de ces populations touche à l'histoire primitive de l'Orient, au premier démembrement des races dites caucasiques ou aryennes, sur l'origine desquelles les conjectures seules sont permises. L'état social dans lequel l'avant-garde

1. Au temps de Pline aucun souvenir, aucun vestige des villes fondées par Haunon n'existait plus; cependant on est d'accord aujourd'hui pour ne pas faire remonter le voyage d'Hannon plus haut que le vi» siècle. Qu'avaient pu être antérieurement les voyages d'exploration et quelle avait pu être leur action sur les indigènes? Pline, V, u. 7, édit. Littré, t. I, p. 208.

2. On ne peut guère mettre à l'actif de cette colonie que l'introduction en Gaule de la monnaie d'argent.

INTKODUCTIU.N DES iMÉTAUX EN GAULE 205

de ces races est arrivée en Occident autorise à supposer que cet isolement existait déjà en Asie. Pourquoi ceux qui quittaient ainsi leurs demeures premières, poussés assurément par de pressantes nécessités, auraient-ils fait dans leur nouvelle patrie des eiïorls de rapprochement qu'ils avaient évités quand ils étaient à proximité des grands centres civilisés '?De nouveaux groupes orientaux, imbus d'un autre esprit, pouvaient seuls, par voie de commerce ou de conquête, apporter à leurs congénères de l'Occident les éléments de progrès qui leur manquaient. N'oublions pas (Hérodote et Polybe l'attestent hautement), quelle était la difficulté de pénétrer par terre plus encore que par mer dans les pays barbares. La Scythie, ce grand et vaste pays, si riche à bien des égards, était, nous l'avons déjà dit, pays inconnu avant les expéditions de Darius et d'Alexandre. Les Milésiens, qui avaient fondé Olbia à l'embouchure du Borysthènes, au fond de la mer Noire; ceux qui, plus hardis, s'étaient avancés jusqu'au Rha, sur la mer Caspienne, communiquaient avec les nations du nord, avec les pays de l'or, des fourrures et de l'ambre^ à l'aide d'intermédiaires indigènes,, et les intermédiaires, pour pénétrer jusque chez leslssédons et les Arimaspes, avaient besoin de connaître sept langues différentes ^ Polybe, si rapproché de nous, n'avoue-t-il pas que si l'on tire une ligne partant de l'embouchure du Narbo (l'Aude) et gagnant le Tanaïs par la vallée du Danube, tout ce qui est audessus de celte ligne est pays inconnu, » Ne croyez pas, ajoutet-il, que l'on puisse, même au prix de très grands sacrifices, pénétrer dans ces contrées. Les Grecs, dans les temps anciens, n'ont pas été plus favorisés que nos contemporains. Ils n'ont même pas tenté ces 'explorations, certains de ne pas réussir; car si les dangers sur mQr sont grands, sur terre ils l'ont toujours été bien davantage *. »

i. Faut-il rappeler que quatre mille ans avant notre ère la Chaldée était déjà en pleine civilisation des métaux.

2. Hérodote, IV, 24. « Ces peuples parlent sept langues différentes. Les Scythes qui voyagent dans leur pays ont besoin de sept interprètes pour y commercer ».

3. Polybe, 111, iJ8 ; cf. Ilecreu, Politirjue et commerce des anciens, I, p. 80.

La force de résistance du barbare arrivé à un certain degré de développement social est extraordinaire. Toute innovation apportée par l'étranger, même la plus utile, lui est suspecte. A plus forte raison quand il possède les richesses les plus indispensables à l'existence, les animaux domestiques et les céréales. « Le barbare, écrit Tylor \ est obstinément conservateur; il a plus de foi dans la sagesse de ses ancêtres que dans les faits les plus évidents. »

Même après la conquête de la Narbonnaise, l'intérieur du pays était resté à peu près fermé aux Romains*.

A l'âge de la pierre polie deux courants puissants avaient concouru au peuplement de la Gaule, un courant hyperboréen et un courant danubien ^ De ces deux courants, le second ne s'est jamais ralenti. Derrière les néolithiques et de très bonne heure, auxxmeet xiv* siècles* sinon plus tôt,de nouvelles tribus s'étaient avancées peu à peu, se poussant les unes les autres. Elles avaient pris possession de la Thrace, de l'Illyrie, de la Germanie méridionale, pénétrant jusqu'en Italie par la voie d'Aquilée et du Brenner^, laissant des essaims, chemin faisant, au sein des montagnes (Carpathes, Balkans, Alpes noriques), sur les hauts plateaux de la Bohème et dans les vallées adjacentes.

Ces tribus, la linguistique le démontre, parlaient en majorité des langues sœurs. L'archéologie, de^son côté, démontre qu'elles étaient parvermes, dès le x^ siècle au moins, à un état de civilisation uniforme. Elles étaient pastorales et agricoles : l'usage du métal, bronze et fer, leur était familier. Il ne s'agit plus ici d'action par influence, de populations se développant au contact d'une civilisation .plus avancée. Ces tribus, dès qu'elles sont fixées au sol, ont leur personnalité. D'où qu'elles

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