‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 125 sur 168 · Strabon, p. 189, trarl. Tardieu, t. I, p · texte numérisé non relu

Strabon, p. 189, trarl. Tardieu, t. I, p

3. Des considérations linguistiques viennent à l'appui de cette manière de voir. Bien que la langue des Ligures nous soit presque totalement inconnue, nous ne sommes pas cependant sans être en possession d'un certain nombre de noms de lieux WguYQ?,. (La science des noms de lieu a fait entre les mains de M. Longnou, depuis quelques années, de très notables progrès.) D'un autre côté, il ne paraît pas douteux que le basque doive être considéré comme un dialecte ibérique. Or, M. Longnon a relevé avec soin tous les noms à désinences, ou liguriennes ou ibériques, contenus dans les dictionnuires topographiqiics déjà parus, ou dans le Diclionnaire des Postes, moins rares que l'on ne pense, bien que répandus fort inégalement à l'est et à l'ouest du Rhône. Ces noms ont été pointés sur une carte de l'État-major, et reportés sur une carte à petite échelle en couleurs distinctes. Cette carte est déposée à la Bibliothèque du Musée de Saint-Germain en attendant que M. Longnon l'ait complétée et veuille bien la publier ; sur la même carte sont notées

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Le pins sage est donc, dans l'élat actiiol de nos connaissances, do limiter sur une carte de la Gaule, pour les temps préhistoriques, la présence des Ibères, aux côtes de la Nar-

avec teinte particulière également, les localités où la présence de monuments mégalithiques a été signalée. Le résultat non ctierché ui voulu, purement mécanique de ce tableau coloré, est des plus saisissants. Les noms ibériques et ligures s'étendent sur les seules contrées où les textes nous indiquent la présence non contestée historiquement de ces deux peuples, et, résultat plus singulier, les monuments mégalithiques contournent, presque sans les pénétrer, les deux zones ibériques et liguriennes. Il paraît donc certain, quelle qu'en soit la cause, que les Ibères et les Ligures ont occupé le pays antérieurement ou postérieurement à l'érection des mégalithes, (|ue ces Ligures et ces Ibères ne se sont point mêlés aux populations doiméniques. Ce résultat n'est assurément pas sans importance.

Ajoutons que les anthropologistes sont, de leur côté, sans aucun parti préconçu et prenant pour base unique des observations cràniométriques indiscutables, arrivés, pour cette même région ibéro-ligurienne, à des résultats analogues. La très intéressante carte, publiée par le D^ R. Collignou à l'appui de ses études sur l'Indice céphalique des populations françaises (1890), est une démonstration saisissante de la justesse des hypothèses que nous développons. Les faits recueillis par le D^ CoUignon ont une éloquence convaincante. Nous y reviendrons avec insistance dans notre second volume. Nous nous contentons aujourd'hui de mettre sous les yeux de nos lecteurs un bref résumé de la partie qui nous intéresse en ce moment. (Voir la carte, p. 252 bis.)

Le D"" Collignon déclare reconnaître en France trois zones ethnographiques bien nettement différenciées qui s'échelonnent en allant du sud au nord-ouest et qui grosso modo correspondent à trois races principales qui ont dû se partager notre pays. La première de ces trois races, mélange de trois groupes distincts, peuple tout l'extrême midi de la France {\es Ihéro-Ligures). Elle est dolichocéphale, petite et brune. La seconde, brachycéphale, domine au centre et pousse deux prolongements, l'un à l'est, dans le Jura, l'autre vers la Bretagne. La dernière, dolichocéphale blonde, à taille élevée, venue du nord, s'est enfoncée comme un coin dans la masse du pays celte (nous dirions celtisé), l'a coupé en deux et s'étend obliquement des rives de l'Escaut jusqu'à l'embouchure de la Garonne.

Nous n'avons à parler ici que de la zone méridionale, la mieux caractérisée assurément, qualifiée par l'auteur de : région dolichocépliale méridionale. Ce groupe, dit le D"" Collignon, occupe la région pyrénéo-méditerranéenne. Il part du pays basque et de là, longeant la base de la chaîne pyrénéenne, borde tout le littoral français et la côte italienne jusqu'à la hauteur de Piombino en face de l'île d'Elbe. Sur toute l'étendue de ce long trajet, la population dolichocéphale brune affecte dans sa répartition la forme d'un mince ruban pressé de toutes parts par les brachycéphales.Ellese confine surtout dans la montagne à l'ouest et sur tout le littoral dans la partie maritime, aussi bien en France qu'en Italie. Cette zone, malgré son unité, peut se diviser en trois régions secondaires, conformes non seulement à l'ordre géographique, mais aussi à la linguistique. Ce seraient, en allant de l'ouest à l'est : d" la région basque ou pyrénéenne occidentale, c'ôst-à-dire l'Aquitaine de César; 2° la région cata-

2o2 LA GAULE AVANT LES GAUOIS

bonnaise, avec extension dans quelques-uns de nos départements sous-pyrénéens, tandis que les Ligures devraient occupcrparallèlementles régions correspondantes à l'est du Rhône. Sur une carte du vn^ siècle avant notre ère, à plus forte raison du x" ou du xii% ne doit figurer dans l'intérieur du pays, sinon à litre de conjecture très hasardée, ni le nom des Ibères, ni celui des Ligures. Le centre, le nord, l'est et même les côtes occidentales de la Gaule doivent scientifiquement rester en blanc, je veux dire sans inscription d'aucun nom ethnique, les noms ethniques devant être remplacés par le nom des localités où ont été signalés des monuments mégalithiques ou des antiquités de la même période, indices d'un centre de population néolithique.

C'est en présence de cartes semblables, auxquelles il serait utile de donner la plus grande publicité, que devraient être, désormais, commentés les textes dont a été fait, jusqu'ici, un usage exclusif et abusif. De ce travail reposant sur des bases précises sortirait une interprétation nouvelle des données historiques plus en rapport avec la réalité des faits. On se ferait une plus juste idée des conditions qui ont présidé au peuplement de la Gaule et au développement de la civilisation gauloise avant l'arrivée des Celtes.

Mais si la Gaule ne doit à aucun des peuples historiques susnommés dont l'antiquité fait mention sa civilisation et l'esprit national qui l'a toujours distinguée et la distingue encore des autres nations européennes; si l'apport des Phéniciens, des Grecs, des Ibères, des Ligures, même des Phocéens, a été à cet égard si peu considérable, d'où cette civilisation, qui n'est pas

lane ou pyrénéenne orientale, comprenant la partie du littoral qui va de FEspagne au Rhône ; 3° la région ligurienne qui s'étend eu France du Rhône à la frontière italienne. Est-il besoia de rappeler que dans une certaine partie au inoius de ces trois régions, il se parle trois langues différentes : le basque (Basses-Pyrénées), le catalan (Pyrénées Orientales), et enfin, bien qu'il empiète fortement sur la seconde région, le provençale

Ces concordances entre l'archéologie, la linguistique et l'anthropologie ne sont-elles pas des plus remarquables? Voir le mémoire du D' Collignou dans la Revue d'Anthropoloyie (1890), n" 2 et notre note annexe F.

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