LES VASES DE RODENBACU ET DE SOMME-BIONNE
Des vases de bronze analogues à celui du tumulus de Graeckwyl no sont pas les seuls vasos étrusques découverts en Gaule. En avril i874, M. Léon Morel, percepteur ù Châlonssur-Marne, signalait, à la réunion des Sociétés savantes, une coupe on terre peinte' associée, dans une sépulture ducimetière antique de Somme-Bionne (Marne), à une série d'objets rappelant le mobilier funéraire des tumulus de Grœckwyl, de Magny-Lambert, de Grauholz, d'Anet et de Dœrth. Le guerrier
l. Voir la reproduction de cetto coupe dans VA/bum des cimetières de la Marne de M. Morel, 2'^ livraison, pi. 9 (1876).
VASES ETUUS'ILES
(une épée de fer gisait près du squelette) avait été déposé dans la tombe, comme le Gaulois do Grœckwyl, couché sur un char dont on a recueilli de nombreux débris. A côté du mort se trouvaient, outre l'épée de fer et les débris de char dont nous venons de parler, un long poignard de fer, trois pointes de javelots, un anneau d'or, une œnochoé de bronze, une bande ou feuille d'or estampée et enfin, ainsi que nous l'avons dit, une coupe de terre peinte d'un caractère étrusque incontes-
Fig.ill. — Coupe ilc Soiiirar-Fiioimi'. ^
table. K La petite coupe de M. Morel, dit M. le baron de Wilte, si compétent en pareille matière ', est tout à fait semblable aux vases de terre peinli' (jue lou découvri' en si grande quantité dans les nécropoles de la Toscane el di' riliilic méridionale. Elle est à couverte noire et à dessins rouges, el montre à l'intérieur un discobole qui court de droite à gauche, tenant ù la main un palet ou disque qu'il se prépare à lancer. .F'ai décrit daus mon catalogue Durand, n°" 71(1. 71 1,
1. Séance de la Société des antiquaires de Kraiici' du 1'; axiil 1871. — Ine coupe ayant de grands rapports avec la coupe de Suininf-Biorme a été découverte au l'elU-A>t/jeif//e, près Luii\vif.'slnirj; (Wurteiubcrg). (;f. Lindeuscliiuit. A/lerllu/iiier, I. III, lasc. Ml. pi. VI ; \(>ir plus loin, p. 'l'û. — Deuxième ik/ilioii.
lUV VASES ÉTRLSOUES
712 (c'est toujours M. de Witle qui parle), plusieurs vases qui montrent ces discoboles. La coupe de Somme-Bionne offre un dessin négligé, mais elle est d'une fabrique très reconnaissable et dont on rencontre les produits non seulement en Elrurio, mais dans la Grande-Grèce, en Sicile, dans les Cyclades et jusqu'en Crimée. Quant à l'âge de la coupe, il est évident, pour tout homme familiarisé avec les monuments de la céramique, que cette coupe ne peut pas remonter au delà du m" siècle avant J.-C, 480 à 530 de la fondation de Rome. » Le caractère do la coupe de Somme-Bionne n'est donc point douteux : cette coupe est étrusque ou grecque. Les analogues se rencontrent surtout en Italie. La préscnn' d'une coupe
l'ig. 92. — Coupe de. Somnii'-liionnc. ^
étrusque dans une tombe gauloise, bien qu'il n'y eût dans ce fait, ce semble, rien d'invraisemblable, avait d'abord étonné M. de Wilte ' ; il craignait quelque surprise. Une nouvelle découverte du même ordre annoncée par le D' Lindenschmit. il V a quelques mois [Die Altrrlhihnpr unserer heidnischen Vorzeit, 1873, t. III, fasc. V, pi I, II, III), semble devoir faire cesser toute incertitude.
Près de Rodenbach (Bavière rhénane), nous apprend le D' Lindenschmit, un tumulus de grande dimension était ouvert presque au même moment que la tombe de Somme- Bionne (mai 1874). Or, par une singulière coïncidence, ce tumulus, qui était aussi une tombe gauloise (les objets recueillis
1. M. de Witle esl rcvoiiu, ilopiiis. sur cM(- improssioii prcniiiTO, ot a môme rapproclir ilr la couiJO ilo Soninio-Tîiuniip pliisiours aulros diM-ouvcitcs analogues. Voir le liullelin de la SnciiHé des aiillij. de l''ra!ice, i''' trimestre de 1876.
3ir.
en fonlfoi), contenait, comme la sépulture de Somme-Bionne, une œnochoé en bronze lï bec relevé, et une coupe à deux anses en terre peinte aussi incontestablement étrusque que la coupe de M. Morel.
Cette coupe, dont nous reproduisons le dessin à un demi de la grandeur réelle, est, nous dit le D' Lindensclimit, dune argile très fine. Le travail en est bon. Les anses et le pied sont d'un noir brillant. Divers ornements rouges et blancs se dé-
Fi)?. 9:i. — r,o\ipe de Rûdeubach i;B.-ivi('^rpl. i '
tachent sur le fond du vase également noir, k A voir le style, la main-d'œuvre, ainsi que la matière de ce vase, on ne peut douter qu'on ne soit en présence d'une œuvre grecque ou italique. » Nous sommes tout il fait de l'avis de l'habile directeur du musée de Mayence. Nous ajouterons que, comme lui, nous attribuerions volontiers la coupe de Rodenbach au m' siècle avant notre ère. Mais il faut remarquer, et le D' Lindenschmit ne manque point de faire cette remarque, que plu-
1. Fac-simili'' au iiiusim' de Sainl-Gerniriiii, salir VI (vitrine Doi. — l'n vasL» presque idi'iitique au vase de Itodenhach a éti'dreouverl en ISSU par iM. Mllon, juge à Laiigres, dans le tumulus de ('.otirne//es-en-Monlagne{H<iuU'-)ild\'iu'.] avec lu irrande épûe en ter. — (Deuxième i<dilion).
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sieurs des objets contenus dans le tumulus semblent indiquer une date un peu plus ancienne ; l'an 200 ou 250 avant notre ère doit donc être une date minimum, à moins que, de même que le vase de Graeckwyl, ces objets ne soient considérés comme le fruit du pillage de quelque temple ou ne passent pour avoir conservé hiératiquement une forme ancienne. Si, en elTet, la gourde de bronze n° 94 avait été trouvée seule, il serait difficile de ne pas lui assigner une date de iOO ou 200 ans au moins antérieure à celle que nous venons de proposer ;
Fig. 94. — (iouide rn broiizi^ do Rodcnbach. l,
ou la croirait volontiers contemporaine de la Diane ailée. Le travail du bronze au repoussé, les figures d'animaux tracées à la pointe suivant un procédé très ancien, nous font remonter bien au delà de l'ère où dominait en Italie, dans les arts, l'influence romaine.
Ce vase, dit le D"^ Lindoiiscliniit, u porte tous les caractères d'une haute antiquité. » Un des seuls vases connus qui puissent en être rapprochés, est, en effet, la gourde de bronze de la planche LX du Musée grégorien, dans laquelle tous les archéologues voient un monument très ancien et conservant encore
quelque chose du slyle oriental, source première de l'art étrusque. La gourde de Rodenbach était-elle donc d'une autre provenance que le canthare en terre peinte? Nous ne saurions résoudre ce problème. Nous tenons seulement à constater le caractère étrusque etantique des deuxmonuments, dont l'âge se limite, en tout cas, entre des dates rentrant parfaitement dans la période que caractérisent les grandes expéditions gauloises en Italie, sans remonter à l'ère celtique, dont larl est tout à fait distinct de celui de notre canthare et de notre coupe. Les découvertes do ce genre prennent, en se multipliant, une très grande importance, et les archéologues ne sauraient les signaler avec trop do soin.
Saint-Cicrmaiii. 15 janvier 187fi.
Kig. a5. — Coiiiii- (lu l'clit-Asporglc jins ilf Liidwit;sl)iiig (Wurtemberg; '.
1. Fiu'-siinilé :iu musée de Saiiil-liermaia, salle de euraparuison, vitrme 41. Voir plus haut, p. ;i4)i en note.