‹ Nos originesChapitre 42 sur 188 · I.KS MOMMRNTS DITS CIÎI.TIorES · texte numérisé non relu

I.KS MOMMRNTS DITS CIÎI.TIorES

alignements, on pourrait on compter aujourd'luii plus de deux cents dans toute la France.

D'ailleurs, nous le répétons, comme ces pierres levées ne sauraient guère être déterminées autrement que par le voisinage d'autres monuments d'un ordre analogue, il est très difficile de les étudier à part, et le mieux nous paraît être de rattacher, jusqu'à nouvel ordre, leur sort à celui des dolmens. D'assez fortes raisons nous portent même à croire qu'elles ne dépassent pas de beaucoup la zone assignée par nos recherches à ces derniers monuments.

Les enceintes et cercles de pierres sont en si petit nombre et, en général, si mutilés et si imparfaitement décrits, que toute conclusion à leur égard doit être suspendue. On peut établir cependant ime distinction assez sensible entre les cromlechs et enceintes de l'Ouest et les cercles de pierres et enceintes du Bas-Rhin, des Vosges et du Jura; mais comment chercher à formuler une loi sur huit ou dix faits à peine, et encore mal connus? L'étude des monuments étrangers comparés aux nôtres pourra seule éclairer cette question. La plupart de ces monuments doivent toutefois être antérieurs à la conquête romaine.

Parmi les enceintes en terre, il en est qui sont aussi de l'époque de l'indépendance. On ne peut guère avoir de doute à cet égard, el nous en avons compté une trentaine de cette espèce. Combien y en a-l-il réellement? C'est ce que les ren- . seignements que nous avons recueillis ne nous permettent pas de dire, car sur la plupart des enceintes en terre nous manquons do renseignements précis. Mais ces enceintes primitives pourraient bien être plus nombreuses qu'on ne le suppose, si, comme cela nous semble à peu près démontré, on doit restreindre considérablement le nombre des camps romains, c'est-à-dire des enceintes que l'on attribue uniformément à l'ère romaine. Nous avons fait voir en effet que, sur plus de quatre cents enceintes, le nombre de celles que dL'S indices certains permettent de classer parmi les enceintes romaines, est très restreint. Toutefois aucun travail

d'ensemble n'ayant été fait sur les camps, il y a lieu de suspendre provisoirement tout jugement '.

L'étude des deux derniers groupes est beaucoup plus avancée. Nous n'avons eu qu'à recueillir les faits signalés jusqu'ici et à les classer, pour arriver à des résultats qui nous semblent mériter une sérieuse attention et être d'autant moins suspects qu'ils s'accordent en grande partie avec les o])servations et les prévisions des archéologues du Nord, les plus compétents assurément, quand il s'agit de monuments de cet ordre, puisque ce sont les seuls qui les aient sérieusement et depuis longtemps étudiés.

Quant aux dolmens (sous ce nom, nous comprenons les ailées couvertes), il nous paraît prouvé : 1° que ce sont généralement des tombeaux; 2° que ces tombeaux appartiennent à une civilisation très primitive et durant laquelle on inhumait généralement les corps ; on les brûlait rarement.

Les obji'ts déposés sous les dolmens avec les squelettes sont, en grande majorité, des armes et ustensiles en silex; l'or y paraît à peine, le bronze et le fer y sont rares. C'est l'indice d'un état social tout à fait primitif, et bien inférieur à celui que nous dépeignent les récits des (irecs et des Romains nous parlant des Celtes ou des Gaulois.

Le rel(>vé aussi complet que possible de ces monuments nous a mnnlié qu'ils se distribuaient sur la surface de la Gaule suivant une loi facile à saisir, que son uniformité et sa constance ne permettent pas d'attribuer au hasard. Cette loi est celle-ci : Les dolmens se trtmvent dans les îles, sur les eûtes septentrionales et occidentales de la Gaule, à partir de l'embouchure de l'Orne jusqu'il l'embouchure de la Gironde. Ils se grt>upont surtout sur les pointes et caps s'avançant dans la mer. Dans l'intérieur on les rencontre en majurité à proximité des cours d'eau navigables, et l'on remarque qu'ils sont

1. Nous lie d'ovims [i.'is oonimi'llri' uni' iiulisrn'lion eu iiiiiioiiiMiil 1;[ ijublicalion piochaiiic d'un imi)orlanf mrnioiri' tle M. le colonel du j;énie île La Noë, membre du Comité des lia\au\ liisloi'iques. qui est parvenu à taire une elassitication niétli(iili(|ue des enceintes en terre depuis les ti'niiis les |ilus reculés jusqu'au mojen àj;e. — lieii.rihiie l'ditinn.

LES MO.NLMKNTS DITS CELTIQUES 1 2o

plus noLiibreiix généralement, à mesure que 1 on s'approche du cours supérieur de nos principales rivières et de leurs aftluents. Les populations qui ont élevé les dolniens doivent avoir remonté les Ueuves sur des radeaux et des barques, ou suivi It'Virs rives, (^-elle loi est générali', ou du moins les exceptions sont si rares quelles peuvent être négligées. Les deux dolmens du Yar et ceux des Pyrénées-Orientales, placés toutefois à proximité du Tevli et du Tet, sont ceux qui sécartenl le plus du système que nous foruiulons.

Si l'ou jette les yeux sur une carte de Ciauje antique, on voit de plus que le cœur de la Celti(|ue de César, le pays des Éduens, des Biluriges, des Arvernes, des Liiigons, des Senons et des Cénomans, est en dehors des lignes occupées par les dolmens, qui ne pénètrent au milieu de ces populations que sur quel(jues points où semblent les porter naturellement le cours de la Sartlie, celui de l'Eure et celui de l'Urne.

Les deux grandes voies de commerce de l'antiquité par le Uiiône, la Saône et la Seine, ou par la vallée du Rhône et la Loire, au-dessus de Roanne, ne traversent point le pays des duimens, qui sont ainsi, à ce double point de vue, en dehors (le la Celtique de César, comme ils sont étrangers aux Celles par les objets qu'ils renferment, puisque les Celtes, bien des siècles avant la conquête romaine, connaissaient non seulement le bronze et l'or, mais l'argent et le fer.

L impression (jue laisse celte distribution des dolmens sur la surface de la (laule, esj que les populations qui y sont ensevelies n'ont puinl T'Ié, comme on l'a cru, repoussées de l'est à l'duesl par des envahisseuis, mais sont venues directement du Nord, le long des côtes ou par mer, et ont directement pénéln'- dans l'intérieur par les rivières ou les vallées de l'Orne, du Blavel, de la Loire et (le tous ses affluents; de la Sèvre, de la Charente, de la Dordognc et de ses affluents pour ne s'arrêter que sur h s |dateaux supérieuis où ces r-ivières preimcnt leui- souice.

L'étude des dolmens en dehors de la Gaule confirme ces conjectures.

On lie poiil donc plus hésiter à déclarer que les dolmens ne sont pas celtiques et qu'ils recouvrent les restes mortels d'une population et d'une race dont l'histoire ne nous parle pas et qui, ou n'existait plus au temps de César, ou s'était fondue complètement dans la population gauloise.

Quant aux tuniulus, ils n'appartiennent pas tous ii la même époque, ni à la même civilisation, quoique, comme les dolmens, la plus grande partie de ces monuments soient des tombeaux.

Les tuiiiulus-tonibeaux se divisent en deux groupes très distincts.

A l'ouest et à peu près dans la zone des dolmens, ils sont isolés et recouvrent généralement des chambres funéraires et des galeries couvertes, où les corps sont ensevelis plus souvent (ju'incinérés. La pierre et le silex s'y rencontrent encore. mais le bronze y domine et déjà le fer y apparaît. Toutefois il ne semble pas y avoir eu un brusque changement entre l'âge des dolmens et celui des tumulus, et comme nous l'avons déjà dit, l'on n'a point, en examinant ceux des monuments qui ont été fouillés, le sentiment qu'une nouvelle race a remplacé une plus ancienne ; on serait plutôt tenté de croire au progrès successif et lent d'une même population, que le contact de tribus plus avancées a élevée peu à peu à la connaissance des métaux et à l'usage d'armes et d'instruments plus perfectionnés.

Les tumulus de l'Est ont un tout autre caractère; ils sont agglomérés en nombre immense sur dill'érents points le long d'une ligne qui du llhin, près llaguenau, s'étend jusqu'à l'Ain en côtojant les pentes occidentales du Jura, et en faisant seulement deux petites pointes, l'une dans les Yosges et l'autre dans la Cùte-d'Or.

Ces tumulus ne sont plus a cliambres intérieures et à galeries; ils sont cependant presque toujours composés de pierre cl de terre, mais les pierres ne forment plus qu'uni' voûte grossière au-dessus des cadavres. Les armes de pierre et de silex ne s'y rencimtrent plus; le bronze y domine encore.

LES MONUMENTS DUS CLLTlnUES 127

mais le fer y esl déjà abondant, cl la perfection des objets de bronze, et surtout des bijoux, dont quelques-uns paraissent étrusques, indique un art très-avancé chez des populalitms (jui semblent cependant encore barbares.

]jQ soin avec lequel les corps sont ensevelis et l'abondance des bijoux excluent toute idée d'un ensevelissement après une défaite. Ce sont de grands cimetières où sont probablement ensevelies des populations ayant pendant de longues années séjourné dans ces contrées.

En deux mois, les monuments dits celtiques ne sont pas celtiques; les dolmens, en particulier, appartiennent à une population de mœurs beaucoup plus primitives et qui paraît avoir occupé de préférence le cours supérieur de nos rivières de l'ouest et les bords de l'Océan, de l'embouchure de la Seine jusqu'à la Gironde '.

11 est probable que co sont ces mêmes populations qui, a une époque plus rapprochée di' nous, ont élevé les grands alignements et une partie des lumulus de l'Ouest.

Les tumulus de l'Est appartiennent à des populations différentes, mais également distinctes des Celtes % qui restent isolés au centre de la Gaule.

LES MO.NUMENTS PHLMIÏIFS, DOLME.NS ET TL'MULLS, nous DE GAULE.

La comparaison des monuments primitifs (jui couvrent une partie de la France avec les monuments semblables ou analogues que les autres pays de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique possèdent encore, a un double but. Elle sert à montrer que certains monumi'nls, même parmi ceux qui sont peu nombreux chez nous, se retn^ivent, avec les mêmes caractères,

1. l)eii\ Kl'oiiiK'S ililpMi'l.'iiils onl v[r (lr|Hii^ >i;;li:ilrs diiiis les (•i)lill'i''i'> sou^pyrénéerincs {llaules-l'i/rt'nées, Ilcruii/t et Gard). — Oeuxiéiiie vdilimi.

2. Nous croyons que ces tumulus ont été élevés par les Calâtes ou liaulois M'ii, pour nous, sont distincts des Celtes. Voir larticle Gaulois,

à de grandes distances, ce qui poile à croire que ces monuments ont réellement une signification religieuse. On peut mieux, dès lors, mesurer la puissance et l'étendue de la laco ou de la civilisation à laquelle ils apparliennent. Enfin, quand il s'agit de monuments si mutilés, l'examen des uns complète celui des autres. En rapprocliant les ruines éparses çà et là. en les comparant les unes aux autres, on peul mieux saisir les caractères primitifs de ces bizarres constructions et par là entrevoir quelle était leur destination. Mais cette comparaison est peut-être plus utile encore à un autre point de vue. Si, en eli'el, s'attachant moins à la forme mémo des monuments — loujours bien difficile à connaître quand on est réduit à s'en faire une idée d'après des descriptions écriles. le plus souvent non accompagnées de dessins, ou accompagnées de dessins grossiers, et oii les monuments sont complétés sans que le lecteur en soit suffisamment averti — on cherche seulement à s'éclairer sur le nombre approximatif et la distribution géographique do ces monuments dans les pays où leur présence a été conslatéo; on les voit, dès qu'on a recueilli un nombre suffisant de faits, s'échelonner d'une contrée à l'autre suivant une loi facile à suivre et qui permet d'affirmer qu'une statistique complète, poursuivie à cette intention, serait le plus sûr moyen d'arriver à la connaissance de leur origine.

Nous avons pensé que ce second travail serait plus utile que le premier, qui a été déjà fait en grande partie et que nous ne pouvions d'ailleurs refaire, puisque nous n'avions à notre disposition aucun renseignement personnel ou nouveau qui nous permît de contredire ce qu'ont écrit sur la forme et les particularités des monuments de ce genre les principaux archéidogues français et étrangers.

Dans le cours de cette recherche ainsi limitée, nous laisserons de côté les monuments qui n'ont pas un caractère nettement défini, les menhirs, les pierres branlantes, les tumulus, les enceintes en pierre cl en terre, toutes les fois que CCS monuments ne sont associés ni à des dolmens ni à dos allées couvertes dont nous nous occuperons exclusivement.

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Nous négligeons les lumulus qui no sont point des tumulus-dolmens , parce qu'il nous est impossible, dans i état actuel de la science, de distinf^^ucr, quand ces tumulus n'ont point été fouillés, les tumulus anlé-romains des lumulus saxons, danois, normands, dont l'Angleterre et une partie des pays du Nord sont couverts.

Le choix d'un monument sur les caractères duquel les archéologues de tous les pays sont d'accor'd, rend seul réalisable l'entreprise (|ue nous pouisuivons. Nous ne nous occuperons donc que des dolmens et allées couvertes.

Nous savons déjà, et personne ne l'ignore aujourd'liui, que ces monuments se trouvent, en dehors de la Gaule, presque exclusivement dans le Nord. Il y a phis : c'est dans le Nord qu'ils ont été d'abord observés. Bien avant que Cambry eût attiré l'attention du monde savani sur ces monuments en 1803, <-)laus Magnus (looS), Olaus ^\'ormius (1G43) avaient signalé les monuments du Danemark et de la Suède méridionale. Depuis longtemps déjà avaient paru en iVngleterre les importants ouvrages de Borlase (1769), de Douglas (1793), de Iving (1799), et un grand nombre d'autres, auxquels nous n'avions rien à opposer que le détestable ouvrage de la Tourd'Auvergne, publié en 1790 '.

Cela devait être : tout nous prouve, en ell'et, que la civilisation que représentent ces monuments est venue chez nous des pays du Nord, où ces monuments ont été aussi plus longtemps en usage. C'est de ce côté, très probablement, que nous devons chercher leur origine'.

Indiquons d'abord les ouvrages où nous avons puisé nos renseignements, ahn que chacun puisse compléter et contrôler au besoin notre statistique.

1. Il f:iiil liourtant taire exception pour c(iiel(iiips |iiif;es très rerriiirqnalile.'; de Cajliis (|iie nous reiiroduisons à la fin du présent i:ha\>Hvi\ — Iteujiciiie dclilioii.

2. Voir plus loin l;irlirle sur VOrir/iiic (/c.v dolineiis cl iillve.s roiiccr/cs.

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