‹ Nos originesChapitre 51 sur 188 · M. Legu.-iy eu eouiiile 'M · texte numérisé non relu

M. Legu.-iy eu eouiiile 'M

'i. liii'U jusipi'iri u'esl Vfriii iiinililiiT res eoui'Iusions. — Di'uxiriue rililinM.

150 F.ES MOMMICNTS DITS CELTIOt'ES

tcment el liors do France, fonl voir suffisammcnl pourquoi nous nous sommes cru autorisé à déclarer non seulomonl que les d(dnu'ns étaient des monuments particuliers à l'ouest de la France, mais encore qu'ils se Irouvaient presque uniquement sur les côtes et le Ions- des crands cours d'eau ou de leurs affluents, à commencer par l'Orne et à finir par la Gironde.

Nous n'avons jamais dit, rraillcurs, que ces monuments se Irouvaient sur le bord de ces rivières. Nous avons même fait remarquer qu'ils existaient en grand nombre sur les hauts plateaux voisins des sources de quelques-uns des cours d'eau à proximité desquels nous les avions d'abord rencontrés, et nous ajoulions : Les populations qui ont élevé les dolmens doivent avoir remonté les fleuves sur des radeaux ou des barques, on suivi leurs rives et pénétré dans l'intérieur parles vallées que les cours d'eau liaversent. Les dolmens sont au moins distribués sur la surface du sol comme si les choses s'étaient passées ainsi.

Que certains monuments se trouvent à quelques lieues de toul cours d'eau, cela n'a donc nulle importance. Un ensemble do faits analogues, mais contraire à celui que nous exposons, peut seul infirmer la loi générale. Aucune des observations faites jusqu'ici n'a celle portée.

Restent les objections touchant la quatrième proposition, auxquelles il faut joindre ce qui, dans la deuxième, est relatif au cours de la Loire.

On nous dil : Vous affirmez qu'il n'y a pas de dolmens dans le eenire de la France, (ju'il n'y en a pas sur la rive droile de la Loire ; mais ignorez-vous donc qu'il existe de beaux dcdmens entre Vendùme et Blois, qu'il en existe dans le pays chailrain, dans le Loiret, dans l'Aube et dans la Côto-d'Or. (P. 433 du Jliill. motium., tome X de la .S' série.)

(junnl à la rive droite de la Luire, ajoute-l-on, nous voj'ons en 'l'ouraine, sur celte rive droile (p. 432 du même Bulletin), le dolmen ou allée couverte de Sainl-Anloine-du-Rocber ; nous y Iruuvous encore les didniens de lîeaunionl-la-Honce, de Vaujours, d(^ Hesligné, de (Ibançay, de lîouriiueil. de Nouiiléle-Liorre, di' Marrillv-snr-Maulne.

T.KS .MOM jrRNTS DITS CELTIOUKS 151

Nous sommes obligé do dire à nos coiilradicteurs qu'ils ne nous apprennent là rien de neuf. Nous savions parfailemeni, ciuiiinc on fout foi et noire carie (qui est la reprdduclion de celle que nous avons envoyée à l'iiislilul ), cl uutie mémoire manuscrit, qu'il existe vingt-huit dolmens dans le département tic l'Aube ol [)lus do quarante dans l'Eure-et-Loir. Mais quel rapport ces deux départements ont-ils avec les rives do la Loire ou le centre de la Gaule? Nous connaissions également les dolmens do Maine-et-Loire, de Loir-el-Cihor et du Loiret, et vraimont, aprèslestravaux remarquables publiés par les antiquaires de ces départements, nous aurimis été impardonnables de ne pns les connaître. Mais tout cela infirmo-t-il nos conclusions?

Nous ne faisons d'ailleurs aucune difliculté d'avouer que ceux qui ont lu les diverses propositions qui résument notre travail, sans en connaître les prémisses, ont dû y trouver quelque exagération. La phrase où niuis parlons de la rive diiiilc de la Loire tout entière est, en tout cas, inexacte ; un mot a été oublié', nous auri(Uis dû dire : le cours supérieur de la Loire (rive droite) tout entier'. A cela près, nous maintenons nos conclusions ; nous en maintenons surtout l'esprit.

De quoi s'agit-il^ en effet? Il s'a|;it do savoir à quelles populali(Uis appartiennent vraisemblablement les dolmens. Appartiennent-ils aux Gauluisqui ont fait les grandes invasions, aux Gaulois de Polybe, de Tite-Live et de César, c'est-à-dire aux l'^duens, aux Sénons, aux Lingons, aux Bituriges, aux

1. Le passage suivant de. notre mi'nioire nianusciil, p. ^fiî, o\i)li(|Mr'ra siiflisaiiimenl notre ijcnste : " Si l'on remonte» Ip poursde la Loire, on trouve des dolmens à son etulioucliure dans l'an-ondissement de. Savenay d'un côté, dans celui de l'ainiliiruf de l'nutre, sur les côtes d'abord, dans la pres(|u'ile de Guérande et aux environs di^ l'ornic; puis le long de deux petits cours d'eau, dont l'un au nord est très tu.iréeageijx. Taulre au sud, le Te/iii, sort du lac (iraiidlieu. Nous trouvons ensuite, sur la h\r droile, l'Erdre, l'Oudou. la Mayenne, la Sartlie, le Loir, l'Iluisni', ((ue les dolmens aecompagneni ,JMS(|u'à leur source, chez li'S Cénonians d'un eùlé, chez les Carnutesde l'aulre. Mais, sui' celle rive, ii'S dolmens ne dépassent pas la l'renne. De Itlois au\ sources de la Loin', ils disparaissent complètement. Ils se retrouvent très accidenli'lleinenl, il est vrai, sur la rive gauche. .Mais en revanche le Layon, la Dive, la Vienne, le Gartemiie. la Creuse, l'Indre, le Cher, le Clain. tous les ariluenis et ai'lluenls des aniuetds île la Loire, en ]>ossèdent de li'ur rmliMucInire à leui' sourci'.

152 l.ES MONUMENTS DITS CELTIQUES

Arvernes, aux Cénomans, aux Boïens, aux Ambarrcs? Avonsnous ou loi't do tliro que ces populations guerrières qui représenlenl l'élémonl actif do l'ancienne Gaule » sont en dehors des lignes occupées par les dolmens, qui ne pénèti'ont au milieu de ces peuplades que sur quelques points où semble les porter naturellement le cours de la Sarthe, celui de l'Eure et celui de rOrno? » Nous ne le croyons pas. Combien y a-l-il de dolmens, en effet, constatés chez les Eduens? combien chez les Lingons? combien chez les Biturigos? combien chez les Sénons? combien chez les Ambarrcs et chez les Boïens? Le nombre on est insignifiant. Il s'en trouve sans doute chez les Cénomans et les Arvornes, mais là encore ils sont relativement peu nombreux. N'avons-nous donc pas lo droit de dire, on présence do ces faits, que les dolmens, fréquents sur les côtes occidentales de la Gaule, sont une exception si l'on ne s'occupe que du cœur même de la Celtique. Nous n'aviuis jamais prétendu qu'on ne trouvât aucun dolmen dans lo centre de la France : nos cartes et notre mémoire nous eussent donné un llagranl démenti. Nous avons dit qu'il était fort singulier que les monuments dits celtiques par excellence fussent en si polit nombre dans les contrées que César et Strabon nous indiquent comme le domaine particulier des populations celtiques ; c'est celte assertion qu'ilfaudraitronvorsor. Lofait qu'ils diminuoni, pour ainsi dire, graduellement quand on s'avance de l'ouest à l'est, corrobore cette remarque. Lo fait qu'aucun dolmen n'a été signalé jusqu'ici ni dans la haute Italie, ni on Bavière, ni en Bohème, ni eu Galatie (Asie-Mineure), où les Gaulois ont séjoui'né de longues années et où ils ont porté leur civilisation ol louis mœurs, achève de diinner à la pruposilinu uiie singulière vraisemblance.

Nous ajoutions : » Les deux grandes voies do commerce de l'antiquité par lo Rhône, la Saône et la Soino, ou p;u- la vallée du Rhône ol la Loire au-dessous de Roanne, ne traversent point le pays pruprenient dit des dolmens, qui soiil ainsi, à un diiiilile point do vue, en dehors delà Colti(|ue, comme ils sont él rangers aux Gaulois par les objets qu'ils ronforracul, puisque

LES MONTAFIiNTS DITS CELTIOTES 133

les fiaiilnis, bien avant la conquèle romaino. coniiaissaiciil non seulcmcal le liionze et l'or, mais l'argent ot le fer; tandis que sous les dolmens on ne trouve presque exclusivement (jue de la pierre et de l'os. » El nous nous résumions en disant : (' L'impression que laisse cette distribution des dolmens sur la surface de la Gaule, est que les populations qui y sont ensevelies n'ont point été, comme on l'a cru, repoussées de l'est k l'ouest par des envahisseurs, mais sont venues du Nord, le long des côtes ou par mer, et ont directement pénétré dans l'intérieur, par les rivières ou les vallées de l'Orne, dn Blavet, de la Loire et de tous ses aftluents, de la Sèvre, do la Charente, de la Dordogne et de ses afflnenls, pour ne s'arrêter que sur les plateaux supérieurs où ces rivières prennentleur source. »

Nous ne voyons pas que rien ait été dit qui infiime ces conjectures. Nous ajouterons que, quant à l'âge relatif des dolmens, les dernières fouilles faites dans le Morbihan, où huit chambri'S sépulcrales, parfaitement invifdées, ont été tout récemment ouvertes et n'ont donné que de la pierre et du silex exclusivement, prouvent de plus en plus que cette civilisation est bien antérieure à la civilisation gauloise, telb^ que les Homains l'ont connue.

Quelle raison y aurait-il donc d'attribuer aux Gaubùs des moninnenis qui ne leur appartiennent ni par la nature des objets qu'il renferment, ni par la loi de distiibuliou à la(juelle ils sont soumis, si ce n'est parce que ces monuments sont en Gaule .' ce qui n'est pas un motif suflisant. Ou a vu plus haut' (|U(! la distribution de ces monuments, hors de France, confirme de tout jioint nos conclusions et prouve; que ces monuments sont tout à fait indépendants de la race gauloise.

l'oui' en Unir avec les critiques du liitllctin inoniimciilnl, nous devons dire un uml d'un ai'ticie de M. A. D(dacroix', qui. ne voulant voir sur toute la surface de la Gaule qu'une civilisation uniforme à toutes les époques, conteste les distiuc-

I. Voir 1,1, ilcrniiTc iKirlii' de nos l'iiniiiisliins. i. .\l'rliil('cli' ù lii'srini'oii.

154 LES 1I0.\1':\[ENTS DTTS r.EETInl'ES

lions que oous avons faites, sous le rapport des monumcnls, entre l'ouest, le centre cl l'est de la Gaule.

Nous demanderons seulement à M. A. Delacroix, el à ceux qui partagent son opinion, de vouloir Lien visiter les musées de Vannes, de Saumur, de Poitiers el de Térigueux. Où trouvet-on, dans l'est de la France, un pareil ensemble d'armes et d'ustensiles des divers Ages de la pierre? Comme, d'ailleurs, on ne nous signale dans l'Est qu'un ou deux dolmens, el encore des moins importants soit par leur dimension, soit par la nature des objets qu'il renfermaient, nous avons le droit de ne pas nous rendre ii des affirmations sans preuves. II est clair, sans doute, et nous n'avons jamais en l'itlée de nous élever contre cette vérité, que, longtemps avant (lésar. une sorte d'unité artistique et politique même existait en Gaule. Les objets de l'âge du bronze y sontpresque partout identiques. Mais en esl-il de même des monuments que nous appelons monuments de l'âge de la pierre ? Rien ne nous autorise à le croire aujourd'hui. Il est donc faux d'affirmer qu'il n'y a eu en Gaule, avant la conquête, qu'une couche unique de civilisation, si je puis m'exprimer ainsi; il y en a eu au moins deux : la civilisation de l'âge de la pierre et la civilisation de l'âge des métaux; j'ajoute que, si la civisation de l'âge où le bronze dominait paraît uniforme, celle de l'âge de la pierre ne paraît pas jusqu'ici présenter le même caractère. La civilisation de l'âge de la pierre présente divers degrés dont l'âge (les dolmens est le degré supérieur. Il présente aussi des différences très tranchées suivant les contrées. La civilisation de la pierre n'est pas la même dans l'Est que dans l'Ouest. Il y aurait aussi des distinctions à faire, à cet égard, ù l'époque où le fer devint d'usage général. Quel intérêt et quel profit pcul-il y avoir à jeter un voile uniforme sur toute celle primitive époque? Un des bienfaits de la lumii-re n'est-il pas que ](lus la lumière luit, plus les nuances des objets appai'aissciil nriteinciil ? Nous comprendrions (]ue l'on cherchât à caractériser ces luiances mieux (]ne nous ne l'avons pu faire; nous ne comprenons pas qu'on les nie.

i.ES :\[oxrMf;NTS htts CELTinrES !•)•)

Nous serons heureux si ces explications peuvent ramener la question sur un terrain précis et suggérer aux (liv<'rs membres des sociétés savantes de provinces, qui veulent bien s'occuper des dolmens, des critiques fondées. Que Ion rectifie le cbifTre des monuments qui nous ont été signalés dans chaque département, nous en serons enchanté, même (juand ces rectifications seraient de nature à infirmer quelque peu les résultats provisoires auxquels nous sommes arrivé.

Nous trouvons, par exemple, parfaitement fondée l'observation de la Société archéologique du Morbihan, qui fait remarquer que sous les dolmens du Morbihan l'incinération est moins rare que nous ne l'avons prétendu dans notre exposé général. Nous avions raisonné sur un petit nombre do faits, il est possible que, ces faits se multipliant, il se trouve que nous ayons eu tort : c'est là le sort réservé à tous les travaux de statistique incomplets'.

Mais nous nous étonnons de l'observation suivante, communiquée par la même Société :

« Dans aucun de nos dolmens tumulaires, vierges de fouilles antérieures, on n'a trouvé trace d'ornements ou d'instruments en bronze ou en fer. Cette proposition, vérifiée par toutes nos fouilles de tumuli à dolmens, est en contradiction formelle avec les assertions de M. Worsaae et de M. Bertrand ; le premier, qui range les tumulus dans l'âge du bronze, et le second qui avance que, sous les tumulus à dolmens de l'ouest, on rencontre en grande nKijniilé des oiijets en bronze. »

Ni M. Worsaae ni moi, nous n'avons dit cela : il suffisait de nous lire avec attention pour s'en convaincre. On a pris dans nos écrits une phrase isolée au lieu de considérer l'ensemble. Nous avons pu nous mal exprimer, nous n'avons pas pu avancer des faits contradicloires. Or, j'ai toujours recoimu (parfailement d'accord en cela avec M. Worsaae) que la majorité des dolmens avait été primitivement erd'ouie. J'ai dit et répélé que sous les dolmens on ne rencontrait ordinairement

1. Les cxoiniilcs il'iiii'iiirr.ilinii iir se soiil p.'is iniil(i[]liis ri rcsli'iil liiijjoiii-s util' rari' l'M-i'iilinji muis 1rs iliilnicii>i Ininriiis. Krvrii'r 1S7(;.

156 LKS MONUMENTS DITS CELTIorES

que (le la piorro, très rarement du l)ronzo : ce n'ost donc pas énoncer un fait contraire à nos affirmations que de déclarer que dans les tumuli à dolmens du Morbihan on n'a rencontré jusqu'ici aucune trace ni de bronze, ni de fer. Ni M. Worsaae, ni moi, nous ne pouvons être étonnés de ce résultat. Nous avons dit, au contraire, qu'il en devait: être ainsi, en général, sous les tumuli-dolmens.

Mais M. 'W'^orsaae a dit, et tous les archéologues du Nord le répètent comme lui, qu'à côté de ces tumuli-dolmens existe une autre classe de tumuli à chambres moins vastes, où l'on n'ensevelil plus, où l'on brûle, et dans lesquels la pierre est rare, le bronze, au contraire, très commun. Vous ne retrouvez pas ces tumuli dans le Morbihan, soit; cela veut-il dire que M. Worsaae ait eu tort de les signaler dans le Nord, où ils existent? M. Worsaae a-t-il dit que vous deviez nécessairement les trouver dans le Morbihan? a-t-il nié qu'il y eût dans le Morbihan des tumuli-dolmens ? Non, assurément. Il a supposé seulement qu'à côté de ces sépultures de l'âge de la pierre vous en trouveriez d'autres, mais quelque peu différentes, de l'âge du bronze. Est-il sur que vous n'en trouverez pas ' ?

Quant à nous, nous avons été, en effet, plus loin que M. Worsaae. Nous avons dit que dans l'Ouest (nous n'avons pas dit dans le Morbihan), à côlé des tumuli-dolmens de l'âge de la pierre, étaient signalés des tumuli également à chambres intérieures, mais moins vastes, où l'on trouvait le bronze et même quelquefois le fer. Or, des tumuli de ce genre ont été constatés, à notre connaissance, dans l'Aveyron, le Calvados, la Manche, l'Orne, la Vendée, la Charente, les Côtes-du-Nord, le Finistère et la Lozère. Pouvions-nous ne pas en parler? et cela infirme-t-il ce que nous avons dit des luniuli-dolmens proprement dits?

i. Ces invvisions s(i sont n'iiliséos : phisii'urs tumuli-clûliiicns des Cùlos-ilii- Nord et ilii Finislriv ont ùtô l'onilli's lians ces iloniii'ics anm'i^s (|Mi oonicn.iii'nt <|ps arrnos lie hi'onzo ([loisnanls ot liuclics). Ces (nnuili-ilolinons ("■tak'nt à incinération, commi\ Woi'saae lo pivvojail. Ilicn tle somlWablc, il osl vrai, ne s'est encore rencontré dans le Morbihan. — IJeiuiimc cdilioii.

LES .MOMIMENTS lllïS CEL'llnUES 1 S7

Oiicls sont U'S caraclères ilislinctifs tk' ces liimuli où se trouve le brouze? Nous u'avons pu le dirc^ nos conclusions ne poplantque sur cinquante fouilles, en général mal décrites; nous n'avons pas pu aller plus loin que le fait matériel de 1 existence, dans l'Ouest, de tumuli à noyaux en pierre, l'ontenant des objets de bronze en nombre supérieur aux objets de pierre, et distincts par là ties tumuli-dolnicns qui ne contiennent presque que de la pierre, et où les cbambres sont formées de blocs beaucoup plus considérables. Nous ne nions pas d'ailleurs qu'il y ait là uiw question obscure cl incomplètement étudiée; l'existence, dans la contrée (|ue nous assignons aux dolmens, de tumulus pré-romains contenant du métal est un fait qui, d'ailleurs, ne saurait être mis en d(mte. La st'ule question est dr savoir jusqu'à quel point le fait est général.

En terminant, et pour couper court à tout malentendu, nous formulons de nouveau, en termes qui muis paraissent, celte fois, moins sujets à être mal compris, les résultats auxquels nous sommes arrivé relativement à la (luestion paiticulière des dolmens.

Voici nos propositions modifiées dans leur rédaction :

1° Les dolmens ou tumuli-dolmens (car presque tous les riolmens ont été primitivement enfouis ou recouverts de terre) sont des tombeaux. Les corps y sont plus souvent ensevelis qu'incinérés. Ils ne renferment ordinairement que des objets de pierre el d'os. L'(jr, le bronze et le fer y sont très rares '.

2" Les tloiniens ne sont point égaicnn.'ul répartis sur la surface de l'ancienne (îaule. Ils appartiennent prrsqur exclusivement aux conlrées de l'Ouesl. On n'en rencontre iine très exceptionnelbimentàl'est d'une ligne qui, parlant de l{rux(dles <'t passant par Dijon, descendrait à peu près perpendiculairement jusqu'à Marseilb;.

1. On a siirlDiil rriicontiV: dis olijots an fer dans les ilulmens do, l'Avcyron et de la Lozère. Il soinhlc que les iioimlatioiis priruilivcis se, soient retirées sur ces plateaux ('t y aient conservé h^uis antiques usages, niùuie loiigtemiJS a|]rès l'inlroduclloii des métaux en (iaulc. (2;i mars 1876.)

'138 LKS .MONU.ME.MS DITS CliLTloCES

.■]" Eu siiivaoL li's dillérenls groupes dv (Idlmuiis coiiims, un arrive à la conviction que les populations qui ont élevé ces monuments n'ont point été refoulées de l'est à l'ouest, mais ont plutôt pénétré en Gaule par les rivières ou vallées (le l'Ouest, il partir do l'Orne jusqu'à la Gironde. Ces uionunients sont du moins distribués sur le sol comme si les faits s'étaient passés ainsi.

4° Les dolmens sont rares dans la partie de la Gaule occupée autrefois par les Sénons, les Ambarres, les Eduens, les Bituriges, les Boïens, les Arvernes et les Cénomans, c'est-à-dire dans la partie de la Gaule que l'on peut appeler, à juste litre, plus particulièrement la Celtique. Les rives des lleuves fré- •juentés par le commerce antérieurement à César, c'est-à-dire les rives du Rhône, de la Saône, de la Seine et le cours de la Loire, spécialement le cours de la Loire supérieure, sont, cou- Irairement à la loi générale, d'après laquelle les dolmens se trouvent surtout à proximité des grands cours d'eau, presque complètement privés de dolmens.

Nous livrons de nouveau ces assortions à re.\anien des hommes compétents. Nous espérons que, grâce à la carte qui accompagne cette note, nous serons mieux et plus complètement compris.

OPINION DE CAYLLS S L' H LES DOL-AIENS

.NuLis reproduisons ici un p.iss.iyu do Caylus {Recueil d'anliquiUs, l. VI, \K 387, Paris, 1764), où nous avons eu le plaisir de reconnailn;, lonylemps après avoir écrit notre mémoire et publié nos conclusions, ((uclquesunes des opinions exposées dans le précédent article. N'est-on pas en droit de s'étonner que des idéi'S aussi nettes exprimées dans nu si bon style et doni l;i justesse est aujourd'bui reconnue, n'aient pas fait plus d'impression sur la yéuération qui nous a précédés et soient restées pendant tout un siècle inaperçues?

« Je passe, écrivait Caylus il y a plus de cent ans, aux rétlexions ipie ces monuments peuvent faire naître.

« Premièrement, la quantité de ces pierres qui ne sont point l'ouvrage d'un [letit nombre d'années, prouve notre profonde ignorance sur les anciennes révolutions de la Gaule; car je suis l)ien éloigné de donner ces muinnuriils aux anciens (;aulois:jr suis ei' ce point dr l'avis de M. de

LES MO.MME.MS DITS CELTInLES loO

l.i SiUiva-.'èri' : k'S iiioiuuiU'nLs nièines crililicril i[tir les (l.'uilois lU' piHiVL'Ul y avoir aucune parL; car il est coustaul qu'ùl.iiit iiiaîlres tie l'intérieur du pays, ils auraient élevé quelques-unes de ces pierres en plusieurs endroits du continent, et l'on n'en a jamais trouvé que dans quelques provinces situées sur le bord de la mer, ou du moins qui en sont peu éloignées.

« Secondement, ces pierres donnent l'idée d'un culte bien établi; et nous savons assez quels étaient les mœurs et la relii;ion des Gaulois pour ne leur point attribuer cette espèce de superstition. 11 faut donc convenir que cet usage est étranger aux deux pays qui nous en ont conservé la mémoire ; et l'on ne peut guère douter qu'il n'ait été apporté par des hommes venus par mer, et qui se sont établis sur les côtes, sans pénétrer que médiocrement dans les terres, comme il arrive toujours, et comme toutes les nations de l'Europe ont l'ait dans les pays qu'ils ont découverts dans les derniers siècles.

«Troisièmement, l'arrangemenl de ers rochers prouve le ilésir qu'avait cette nation (quelle (lu'ellc ait été) de passer à la postérité : en efl'et, ces monuments très difficiles à déplacer, inutiles dans tous les sens, puis(ju"il sera toujours plus aisé de retirer leurs semblables de la terre, que d'abbatlre ceux (jui sont élevés, et qui d'ailleurs n'ont aucun ornemi'nl ([iii puisse engager la méchanceté des hommes à les détruire ; ces monunient>, dis-je, me mettent en droit de demander, si le peuple le plus éclairé pourrait employer de meilleurs et de plus sûrs moyens pour laisser des témoignages de son (existence. 11 ne lui manipiait ipie l'écriture ; et si celle nation ne donne point à cet égard des preuves de sa connaissance, elle en indique beaucoup sur les forces mouvantes, ou du moins sur l'accnrd et l'eiuploi d'une bien grande (puintité de bras, comme on le voil dans riiistoire des Incas, qui ont taillé, remué et placé des pierres d'un volume, et par consécjuent d'un poids éiuirme.

«Quatrièmement, la quantité de ces pierres placées sur la côte de liretagne, constate la longueur du séjour fait dans cetle partie de la (jaule par des peuples dont la façon de penser était unifuniie, au moins sur cet article ; mais il est plus simple et plus dans l'niihe de vraisemblances de convenir (juc ce geme de monunienl est l'ouvrage du même jieuple. t^es réllexions augmentent la singidarité du silence absolu que la tradilion même a gardé sur un usage si répété ; on pi'ut en inlérer une antiquité d'autant plus reculée (jue du temps des Uomains la trace en était perdue ; César aurait parlé de ces monuments singuliers, ils le méritaient jiar eux-nièmes ; ils faisaient preuve de l'ancieinie babilation du pays. On peut ap|iuyer sur cette [irububilité ; car pcrsomie ne voudra soutenir que ces monuments et ceux de l'Angleterre aient été élevés depuis la destruction de l'enqiire romain. »

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