AVANT -PROPOS
Les études que nous réunissons aujourd hui en volume ont paru dans le Bulletin du Parler français au Canada.
C’est à la demande des membres du comité chargé de la direction du Bulletin que nous avons entrepris, en 1904, de rédiger une série d'articles sur l'histoire de la littérature canadienne. On avait pensé que ceux-là qui veulent bien se soucier de conserver intact le patrimoine sacré de notre langue française, s’intéresseraient également sans doute au récit et à la critique des manifestations littéraires de notre esprit français. L'histoire de la langue d’un peuple et l'histoire de sa littérature ont plus d’un rapport nécessaire, et cette double histoire pouvait donc être simultanément racontée dans les pages du Pullelin.
Notre intention est de continuer dans le Bulletin ces travaux que nous avons commencés. Si nous faisons dès maintenant un livre des articles jusqu'ici publiés, c’est qu'on a bien voulu nous ‘dire qu'ils seraient sous cette forme plus utiles parce que plus accessibles à tous, et spécialement aux jeunes étudiants. Si, en effet, cest au public, c’est à tous les lecteurs du Bulletin que nous avons songé en écrivant ces articles, c'est. à nos jeunes
et chers étudiants des petits séminaires et des collèges que nous destinions surtout ces pages. À eux qui étudient maintenant notre littérature canadienne, qui cherchent dans notre pensée et dans nos traditions historiques l'inspiration ou la leçon de leur vie, nous avons voulu être secourable : et nous avons essayé de définir, pour eux, l'effort intellectuel des générations qui nous ont précédés. Cet effort fut modeste, assurément ; et il fut quelquefois peu énergique. Nos jeunes amis ne seront pas pour cela tentés de s’abandonner à l’inactivité de l'esprit ; ils essaieront plutôt, eux qui n’ont pas à lutter autant que nos pères contre des circonstances très dommageables à la vie littéraire et artistique, ils essaieront de faire mieux qu'eux, et ils s'empresseront de procurer à notre patrie bienaimée une gloire qu'elle n’a pas assez et qu’elle attend d'eux.
Ce premier volume de nos études sur l’histoire de la littérature canadienne, n'offre pas au lecteur tout l'intérêt qui peut s'attacher à l'examen des chefs-d'œuvre de l'esprit Nous n’y apercevons que les premiers vestiges d’un art nouveau, d’un art qui s’éveille et qui trahit sans cesse son inexpérience. Cependant, si imparfaites que soient les œuvres dont nous parlons, elles sont éminemment représentatives de la vie d’une époque déjà lointaine, ce sont des documents que nous ne pouvons pas ignorer. Au surplus, nous avons accompagné l'étude de ces œuvres de quelques aperçus historiques qui pouvaient convenir à notre sujet, et