‹ Nos parlementairesChapitre 50 sur 136 · M. A. DALADIER · texte numérisé non relu

M. A. DALADIER

M. Daladier est agrégé de l’Université et ami intime de M. Herriot.

Il était tout naturel que le Président du Conseil donnât un portefeuille au député de Vaucluse, maire de Carpentras.

On dit que le maître de Maillane, Frédéric Mistral, dit un jour au jeune homme :

« Ton nom se rattache au latin « alaternus », sorte d’arbrisseau. L’alaterne, le « dalader » qui abonde en Camargue, est de la famille de l’olivier. C’est un beau nom que celui qui se rattache à l’huile, car « comme sé dis, l'oli vèn dessus » (car, comme on dit, l’huile vient toujours dessus).

Les noms que nous portons ont, paraît-il, quelque chose de fatal et de prédestiné. Quoi

d étonnant donc que M. Daladier soit ministre !

II avait accompagné en Russie M. Édouard Herriot et en avait rapporté des impressions qui nous ont aidés singulièrement à faciliter le rapprochement économique que nous sommes en train de faire avec la République soviétique. M. Daladier a été naturellement interviewé à son retour de Russie et ce voyage d’études l’a mis en évidence.

Il occupe en outre dans le parti radicalsocialiste une situation assez en vue qu’il doit surtout à son talent d’assimilation et à la fermeté de ses convictions radicales-socialistes.

En le désignant pour le Pavillon de Flore, M. Herriot a fait un excellent choix. Le nouveau ministre s’est mis au travail, et les premières difficultés qu’il a rencontrées ne l’ont pas rebuté.

M. Albert Sarraut a un successeur qui, sans le faire oublier, sera son digne continuateur et défendra avec compétence et énergie à l’étranger le prestige français. Le Parlement lui fera la même confiance que ses électeurs.

M. VICTOR DALBIEZ

M. Victor Dalbiez avait été élu député des Pyrénées-Orientales lors d’une élection partielle à la mort du député Jean Bourrât, de « rachatiste » mémoire.

Après un stage dans l’administration, il dirigea à Perpignan le journal La Montagne, qui s’attachait à combattre tous les abus et préconisait ardemment une politique d’avantgarde.

Le bloc des républicains de gauche encourageait le jeune journaliste ; quand il fonda le Cri Catalan, avec son collègue Jean Payra, ces amitiés se resserrèrent et c’est au chevet de Jean Bourrât qu’a éclos sa candidature.

En deux mois, de par les suffrages sponta-

nés des radicaux-socialistes, Victor Dalbiez était élu conseiller général et député.

Au Palais-Bourbon, le jeune représentant du peuple travailla, fit partie de nombreuses commissions, notamment de la Commission de l’Armée, où il élabora et fit voter la loi Dalbiez, source de tant de haines et de tant de sympathies, ce qui est politiquement un signe de popularité.

Membre des plus actifs du Comité radical et radical-socialiste, il en devint le Vice- Président et les militants n’ont pas oublié ses propositions véhémentes.

Il y défendit notamment M. J. Caillaux et tint à cœur de rester, à travers les péripéties les plus tragiques, son lieutenant et son fidèle ami. Cette attitude intransigeante lui coûta son siège en 1919. Il aurait pu, avec quelques concessions de conscience, ramener quelques timorés ; il ne jugea pas digne de le faire et rentra sans amertume dans le ng.

Réélu conseiller général, il se tint en contact avec ses électeurs dont les regrets se

M. VICTOR DALBIEZ

traduisirent effectivement le 11 mai en l’envoyant tête de liste à la Chambre avec une majorité écrasante sur ses adversaires du Bloc national.

M. Herriot offrit alors un portefeuille au vaillant député. Connaissant sa puissance de travail et sa probité, il le plaça à la tête du moins convoité des départements ministériels : les Régions libérées.

Ce Méridional, assagi par l’expérience, s’est attelé à la tâche ; il a passé ses vacances à étudier des dossiers, consacrant ses rares loisirs à des visites inopinées aux pays renaissants.

Se prodiguant fort peu au point de vue oratoire, il convient de retenir son discours de Niort, où il a développé son plan de relèvement avec l’aide financière nationale.

Il a résolu de donner en 1925 une plus grande activité aux travaux de reconstruction par l’émission d’un emprunt du Crédit National procurant à ce coin de France les 200 millions d’espèces mensuels qui lui sont indispensables.

L’appel que le ministre a fait à la solidarité nationale sera entendu.

La tâche de M. Victor Dalbiez est lourde, mais son énergie pourrait bien réussir là où d’autres ont échoué.

Page 1