‹ Nos parlementairesChapitre 53 sur 136 · M. DAN1ÉL0U · texte numérisé non relu

M. DAN1ÉL0U

M. Daniélou est un jeune homme charmant, un peu timide, très lettré, d’un abord facile, sympathique.

Il est député du Finistère depuis 1910 avec une interruption de 1914 à 1919. Il est maire de Locronain. Chargé de la direction des services de presse, il s’acquitta de ses délicates fonctions avec un grand tact.

Plus tard, M. Briand l’appela au Quai d’Orsay pour diriger les services de Propagande. C’est une assez lourde tâche qui incombait au jeune député ; il s’y employa avec tout son dévouement et son zèle bien connus et obtint les résultats qu’il pouvait réaliser avec des moyens limités. Cette nomination donna lieu à une bataille budgétaire assez mesquine ; le ministre des Affaires

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étrangères finit par obtenir les crédits pour son protégé.

L’activité de M. Daniélou au Palais-Bourbon est connue et il a traité à la tribune, avec talent, les questions les plus diverses : programme naval, poudres, enseignement, beaux-arts, économies. Son rapport sur le traité de Trianon, avec la Hongrie, est un modèle du genre.

Le député du Finistère avait été préparé à ces travaux parlementaires par une collaboration journalistique féconde à YEcho de Paris, au Petit Journal, à l'Eclair, etc... 11 a écrit aussi des volumes de vers appréciés :

Les Armoricains, la Chanson des Casques, des nouvelles nombreuses et quelques études politiques : Buts de guerre, Le quart d'heure de Nogi, etc... M. Daniélou a été réélu en 1924 sur une liste de concentration. C’est un républicain modéré, mais aux convictions fermes et je suis sûr de n’être pas démenti en affirmant qu’il collaborera utilement, même dans une Chambre où il a beaucoup d’adversaires, car il n’y compte aucun ennemi.

M. LÉON DAUDET

Nos lecteurs ne seront pas trop surpris de voir figurer ici le portrait de Léon Daudet.

MM. Mandel et Tardieu profiteront d’un tour de faveur.... d’anticipation, on nous excusera d’en faire bénéficier aussi M. Léon Daudet.

Faire un portrait du directeur de l'Action Française, est chose difficile, car Daudet est assez insaisissable et, comme son mortel ennemi, M. Briand, assez protéiforme, et il attribue souvent à ses adversaires ses qualités propres.

Il y a un peu plus de vingt ans, jeune écrivain, déjà talentueux autant que violent, il eut une rencontre au Parc des Princes avec Gérault-Richard. Le poignet d’acier de Gé-

M. LÉON DAUDET

rault le tint en respect, mais ce qu’il fallait admirer surtout, c’est sa façon élégante et discrète de rompre pour éviter les coups et ressaisir assez vite le terrain perdu...

Journalistiquement et politiquement, M. Léon Daudet a adopté le principe de son adversaire ; il attaque et s’il rompt, nul ne s’en aperçoit.

C’est le meilleur de nos polémistes et les ennemis du régime font de sa prose leur déjeuner quotidien. Il vous déshabille les républicains avec un flegme et un « culot »

qui plaisent à sa clientèle. Son journal marche, et quand il a l’air de flancher, vite il prend son luth : « Encore un million. Veux-tu bien? » Et ça tombe dans l’escarcelle tendue.

On se demande souvent avec une certaine anxiété où M. Léon Daudet a pu puiser cette haine de la République et son amour intense du trône et de l’autel.

On affirme dans certains milieux renseignés que M. Léon Daudet est un esprit...

fort indépendant et qu’il ne faut pas prendre à la lettre ses... exagérations.

Un roi ? Un Dieu ? M. Léon Daudet aurait sur ces deux sujets des opinions intimes qu’il ne traduit pas dans ses articles mais qui ne semblent pas être précisément les inspiratrices de ses déclarations quotidiennes d’amour à ces deux entités.

Le passage de M. Léon Daudet à la Chambre des Députés a laissé le souvenir d’un tribun, oui, mais d’un tribun à la respiration courte et M. Briand lui-même n’a jamais cané devant ses violentes attaques.

Cet homme, si violent dans ses paroles et dans ses écrits, est dans les couloirs un charmant causeur, qui rallie et vite autour de lui de fortes sympathies.

Pour ce qui est de l’écrivain, il est au-dessus de tout éloge et sa forme littéraire remarquable lui vaut des admirations dans tous les partis.

M. Léon Daudet, doué d’une fécondité extraordinaire, écrit presque mensuellement des livres qu’on lit avec intérêt et qui sont vraiment passionnants.

On lui reproche quelquefois des tableaux

M.LÉON DAUDET

trop vivants ; un de ses derniers ouvrages a fortement ému l’archevêque de Paris ; cela d’ailleurs, s’est terminé par un nouvel acte de foi du délinquant.

N’a-t-on pas reproché à Maurice Barrés Le Jardin de Bérénice ?

M. Léon Daudet est de l’Académie Concourt. Il sera bientôt de l’Académie française, et, si nous avions un vœu sincère à émettre au sujet de cet écrivain très français, c’est qu’il s’abandonne intégralement à son Démon littéraire — même à son Démon de midi, mais qu’il impose silence au Démon politique qui le travaille et frelate, chez cette nature exceptionnelle, le meilleur de lui-même.

M. YVON DELBOS

Un Universitaire doublé d’un brillant journaliste : l’un des plus sympathiques et des plus en vue de T équipe des jeunes du Cartel des Gauches.

Depuis dix ans, il répand sa prose vive et acérée dans la presse d’avant-garde : Le Pays, l’Ëre nouvelle. Il était rédacteur en chef de la Dépêche de Toulouse, quand ses compatriotes, désireux sans doute de récompenser son passé de militant, l’ont envoyé au Palais- Bourbon.

Pas un congrès radical-socialiste ne s’est tenu sans que sa parole chaude et convaincante ne soit venue appuyer les résolutions du Parti, discuter les questions sociales surtout que le jeune député connaît bien.

M. YVON DELBOS

Nous ne citerons pas les nombreuses réunions de propagande où M. Delbos a porté le meilleur de son talent et de son cœur.

Cet intellectuel raffiné est lui aussi un enfant de la Démocratie et il a consacré à son éducation toutes les ressources de son intelligence ardente : dans son Parti, il ne compte que des sympathies et ses électeurs sont déjà tous ses amis.

Membre de plusieurs commissions, sa présence y sera remarquée, car ses interventions ont toujours une grande portée et inspirent la réflexion.

Les questions de politique extérieure sont loin de lui être étrangères et sa nomination comme membre de la Commission pour la reprise des relations avec la Russie, où M. Herrioi a eu le flair de le faire siéger, lui a permis de faire connaître à ses collègues des vues profondes, tant au point de vue politique qu’économique, qui n’ont pu manquer de les étonner chez ce jeune homme politique.

Excellent confrère, bon camarade, accueillant, actif, M. Yvon Delbos réalisera cer-

tainement les pronostics de ceux qui l’ayant connu l’apprécient et lui verront gravir rapidement les échelons de la politique dans laquelle il s’est jeté corps et âme dans le seul but de réaliser ses aspirations démocratiques.

Au congrès de Boulogne, chargé dè rédiger la déclaration du Parti radical et radicalsocialiste, il a résumé éloquemment l’œuvre accomplie, les réalisations immédiates et l’œuvre de paix qui tend à effacer les germes de la guerre.

C’est un acte politique à l’actif du jeune député de la Dordogne : il fallait le souligner.

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