Nos pionniers de l'ouest
Qui mentionne aujourd’hui son nom? Qui se souvient de lui? Nos manuels d’histoire littéraire semblent eux-mêmes l’ignorer. Il fut pourtant une promesse et plus qu’une promesse, au temps des Chauveau, des Napoléon Bourassa, des Faucher de Saint-Maurice et des autres ouvriers de la plume qui dominèrent la période 1860-1900.
I] mourut jeune, à quarante-sept ans, sans donner toute la mesure de son talent. Pourtant Joseph Tassé, journaliste, conférencier, député et sénateur, a laissé une œuvre écrite qui commande le respect; car elle reste seule à nous fournir, dans certain domaine de l’histoire, des renseignements de première main. Il fut le méritant historien des Canadiens de l'Ouest. C'est le titre même de l’ouvrage en deux volumes qu’il publia à trente ans, en 1878, avec le concours de la « Compagnie d’Imprimerie Canadienne » sise au numéro 222 de la rue Notre-Dame, à Montréal.
Où Joseph Tassé avait-il puisé ce goût de l’histoire exacte? Où s’était-il taillé une plume d’assez bonne qualité pour l’époque ?
Né à Montréal en 1848, il avait fait ses humanités chez les Clercs de Saint-Viateur, au collège Bourget de Rigaud qu’il fréquenta de 1855 à 1865 (ce collège, fondé en 1850, conserve pieusement un dossier considérable fait de ses travaux d’écolier et de sa correspondance). Parmi les personnes envers qui Joseph Tassé se reconnaît une dette de reconnaissance, au début de ses huit cents pages sur les « Canadiens de l’Ouest », on trouve le nom d’un Clerc de Saint- Viateur, le Père Moïse Marsile, qui fut à Rigaud son profes-” seur de lettres et d'histoire. Passé à Bourbonnais (Illinois)
en 1871, le P. Marsile, qui cultiva les lettres toute sa longue vie, continua de s'intéresser aux travaux de son ancien élève. Il lui fournit d’abondants matériaux en vue de l’ouvragehistorique qui vit le jour en 1878.
Tout jeune homme, Joseph Tassé possédait le sens historique et une plume capable de le traduire. On le constate dès les premières lignes de son Introduction à l'étude de la « geste » canadienne dans l'Ouest:
«Les Canadiens-Français ont été les pionniers de ce continent. Les premiers ils l’ont parcouru en tous sens alors qu'il n’était qu’une immense solitude, encore dans sa primitive et sauvage beauté. Les premiers ils ont pénétré dans les régions glacées du Pôle; les premiers ils ont traversé les montagnes Rocheuses; les premiers ils ont foulé les sables du désert américain et les plaines fertiles qui bordent le golfe du Mexique. Leur esprit d’aventure les a portés si loin qu'il n’est peut-être pas un ravin de l'Ouest qui n'ait été visité par ces explorateurs intrépides. Les premiers parmi les hommes civilisés, ils ont donné des noms aux lacs, aux fleuves, aux montagnes et aux différents lieux qu’ils ont visités, baptisant ainsi une vaste portion du continent. Ces noms... rappelleront toujours que cette terre d’Amérique fut tout d’abord une terre française.»
Mais un problème d’ordre technique se posait à l'esprit de Joseph Tassé. (Comment réduire à une œuvre écrite, de format commode, les courses, les travaux, les aventures de milliers de Canadiens répandus sur toute l’étendue d’un continent ? Où trouver le motif central, le lien d’unité? Le jeune auteur résout le problème en recourant à la méthode biographique et individuelle. Ses deux volumes, divisés en trente-cinq chapitres, nous présentent la biographie plus ou moins approfondie d’autant de personnages principaux, autour desquels gravitent des compagnons de seconde grandeur.
Voici la liste de ces héros de l’Exploration, dans l’ordre dressé par l’auteur. Pour la transformer en une synthèse