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Monseigneur, !
‘UNION Saint-Joseph célèbre aujourd'hui,
@ pour la quarante-sixième fois, sa fête patro-
nale st c'est avec un sentiment de légitime
orgueil que son chapelain la salue publiquement
comme la plus ancienne des sociétés catholiques de secours mutuel de Montréal.
Honneur et respect soient rendus à ses fondateurs, qui les premiers comprirent le besoin de s’unir pour se venir en aide mutuellement.
Honneur et respeet soient aussi rendus à ceux qui, aujourd’hui, déploient tant de zèle, d'activité et
! Mgr J. M. Emard, évêque de Valleyfield.
de dévouement pour lui assurer un rang honorable parni les sociétés sœurs. J'admire d'autant plus le courage et la bonne volonté de ses directeurs qu'ils rencontrent des obstacles plus sérieux. Non, avec les éléments qui composent l’Union Saint-Joseph, une société ne saurait vieillir ; au contraire, elle trouve dans le nombre de ses années, une expérience d'une valeur inestimable, une vie nouvelle et comme une éternelle jeunesse.
Laissez-moi maintenant, mes frères, vous dire le bien que l'Eglise retire des sociétés de secours mu-
tuel et vous signaler les qualités que les membres d'une société comme la vôtre doivent posséder, s’ils la veulent grande et prospère.
En venant sur laterre, notre divin Sauveur avait un but : restaurer le genre humain, ef'acer les suites du péché originel, rendre les hommes participants du bienfait de la rédemption et leur ouvrir les portes du ciel. C’est pour leur assurer ce droit à la Patrie Céleste qu'il s’incarna dans le sein de la Vierge, vécut pauvrement et mourut sur le gibet ignominieux de la croix.
Réparer les suites du péché d'Adam, voilà donc la mission de Jésus sur la terre et il s’en acquitta
avec tant de perfection que l'Eglise chante depuis dix-huit siècles : Felix culpa que talem et tantum nobis promeruit redemptorem : ‘‘ heureuse faute qui nous a ‘valu un tel et si grand rédempteur.” ‘Là où abonda “le néché, s'écrie saint Paul, la grâce a surabondé.” “ Le Christ a détruit la sentence de mort qui pesait “ sur nous, en l'affichant à la croix, ” nous dit ailleurs le même apôtre.
Si parfaite, si complète qu'elle soit dans l’ordre surnaturel et de la grâce, l'œuvre de la rédemption n’a pourtant pas rendu à l’homme sa domination souveraine sur tous les êtres de la nature ; elle ne l'a exempté ni de la nécessité d'un travail pénible, ni de la maladie, ni des autres infirmités humaines. Jésus l’a voulu ainsi afin de nous donner ae sion de mériter et d'accomplir à l’égara d' ' le grand précepte de la charité.
Ce commandement de la charité fraterae.
divin Sauveur l’a beaucoup aimé, puisqu'il l'a milé à celui de l'amour envers Dieu. Ce commandement est, en outre, souverainement important, puisque l’apôtre saint Jean ne craint pas d'affirmer que si nous l’accomplissons dans son entier, nous avons accompli toute la loi. ‘“ O amour du pro- “ chain, comme cette flamme embrasait le cœur de “ Jésus, lui qui a voulu être le serviteur de ses dis- “ ciples, leur laver les pieds à la dernière scène, lui
qui a consumé sa vie publique à instruire un peu- ‘ ple indocile et grossier. ”
Comme ce divin Maitre tient à ce que nous pratiquions cette vertu, puisqu'il nous recommande sans cesse par son Apôtre de nous aimer les uns les autres ; puisqu'il regarde pour fait à lui-même ce que nous avons fait envers nos frères, puisqu'au jour du jugement, à la fin des temps, il prononcers ces foudroyantes paroles contre ces avares égoistes qui n'auront pas voulu réserver dans leur fortune la part du pauvre : ‘ J'ai eu fai.z et vous ne m'avez “ pas donné à manger ; j'ai eu soifet vous ne m'avez ‘ pas donné à boire ; j'étais nu et vous ne m'avez pas “ couvert d'un vêtement ; j'étais en prison et vous ‘ne m'avez pas visité; allez maudits au feu éternel.’
Epouse üu divin Maître,interprète de ses volontés, l'Eglise a aussi prêché l’aumône et par ses exemples et par ses paroles. Dès son berceau, elle ixvitait les chrétiens plus fortunés à mettre leurs biens en commun et à les diviser avec les membres soaffrants de Jésus-Christ.
Admirez, mes frères, la marche bienfaisante de l'Eglise à travers les âges, adoucissant:par sa charité toutes les misères de la vie humaine. Hôpitaux pour les malades, pour les pestiférés ; asiles pour les vieillards, les orphelins, les aliénés, les personnes tombées ; refuges pour les enfants trouvés ; patro-
nages pour les apprentis : l'univers est couvert de ces institutions et à qui doit-il ce privilège ? À l'Eglise. Avec des ressources restreinies, minimes parfois, avec l’obole du pauvre, elle peut souvent construire pour les deshérités de la fortune des demeures somptueuses. On s'étonne de ces riches immeubles et l’on se demande d'où peuvent provenir ces richesses. Ah ! si l’on savait ce que peut faire l'esprit de renoncement, de sacrifice et d’abnéga-
t'on ! Malheureusement notre siècle est un siècle de
caisul misérable ; on estime tout à prix d'or, et parce
que l’on ignore la valeur de cette monnaie qui s’appelie le dévouement, on porte quelquetois des accusations aursi perfides que mnensongères. Je le proclame hautement ; non, nos communautés religienses ne sont pas riches, mais elles sonc dévouées, elles sont désintéressées et c’est parce que ces accusateurs ne le sont pas, qu'ils ne comprennent pas qu'avec leur esprit de pauvreté, nos institutions catholiques peuvent faire de grandes choses.
Dans cette organisation des œuvres de charité que l'Eglise bénit et encourage, les sociétés de secours mutuel, mes frères, occupent un rang distingué, car elles aussi soulagent des merabres souffrants de Jésus-Christ ; elles aussi portent la consolation et le bien-être dans des familles pauvres ou que la maladie éprouve ; elles aussi protègent la veuve
et l'orphelir dans le deuil et l'infortune. Elles contribuent donc pour une large part au grand développement du précepte de la charité dans le monde.
Plus que cela, indirectement, mais d’une manière réelle, elles travaillent au salut des âmes. L'homme est sociable par sa nature ; il a besoin de l'aide de ses semblables pour obtenir les différentes fins qu'il se propose. [la besoin du secours du prochain pour l’heure de la famine et de la disette. Les ennemis de l'Eglise ont compris cette tendance des hommes à s'unir et à se protéger contre les vicissitudes de la vie. Aussi, ont-ils malheureusement trop réussi à faire des dupes même dans nos rangs en laissant miroiter aux regards du monde les avantages temporels de leurs sociétés. Que de catholiques se sont laissés prendre dans leurs filets,et sont devenus sans trop les avoir les persécuteurs de leur mère, la sainte Eglise.
Vous, r.es frères, vous offrez à vos membres, les mêmes avantages temporels ; vous offrez de l':s protéger en temps de maladie, sans les détourner de leur foi, sans affaiblir en eux les convictions religieuses ; au contraire vous les encouragez et par vos règlements et par vos exemples, à se montrer toujours envers l'Eglise des fils soumis et obéissants. Comment l'Eglise ne pourrait-elle pas reconnaitre un aide si puissant et si efficace ? Comment l'Eglise ne pourrait-elle pas vous bénir, vous qui travaillez à
l’accomplissement de sa mission sur la terre? Le vœu qu'elle forme pour vous est contenu dans ces paroles de nos saints Livres: Crescitz et multiplicamini : “croissez et multipliez-vous ” ; croissez et multipliez-vous à l'ombre protectrice de cette bonne mère, sous son regard, sous sa direction. selon ses enseignements.
Croissez et multipliez-vous, vous, membres de la société Saint-Joseph, qui avez pour patron l'époux de la Sainte Vierge, le père nourricier de Jésus ; croissez et multipliez-vous, vous, qui avez mis dans vos constitutions que pour faire partie de votre société, il faut être canadiens français et catholique romain ; croissez et multipliez-vous,vous qui avez toujours été la consolation du saint archechevêque que l'Eglise de Montréal pleure en ce moment. Permettez-moi de rappeler ici le souvenir de ce père aimé. N'est-ce pas lui qui vous aida de ses conseils lorsque votre société n’était encore qu’à son berceau ? Comme il se faisait un plaisir de prendre part à vos réunions, d’assisier à vos assemblées, de présider vos fêtes. En consultant l’opuscule qui a pour titre ‘“ Souvenir sur les commencements de “ l'Union Saint-Joseph de Montréal,” je constate qu’il donna le sermon de circonstance dans l'église cathédrale,lors de la grande fête en 1856 ; qu’en mars 1857,il éteit nommé, par feu Mgr Bourget, visiteur de
votre société et chapelain en janvier 1865. Les anciens se rappellent les difficultés qui surgirent à l’occasion de cette introduction du prêtre dans vos salles de délibération. Mgr Fabre fut l’homme de la circonstance, le pacificateur par excellence. Dans la foi et la douceur, c'était alors sa divise comme ce le fut plus tard durant les vingt-trois années de son pontificat fructueux.
Croissez et multipliez-vous ; ce désir de mon cœur, ce vœu que je forme pour vous, m'engage à vous rappeller en ce moment l'importance d’une vertu fondamentale pour le bon fonctionnement de votre société. J'ai nommé la vertu de justice.
L'ange de l’école définit cette vertu ‘une volonté ‘‘ perpétuelle et constante de rendre à chacun ce qui * lui est dù.” Elle consiste dans le respect des droits du prochain.
L’Ecriture a fait le plus magnifique éloge de cette vertu, lorsqu'elle nous dit que c’est elle qui élève les nations et affermit les trônes. Notre divin Sau-
veur, et après lui saint Paul, nousen ont enseigné l'obligation. “ Rendez à César ce qui appartient à ‘ César et à Dieu ce qui appartient à Dieu,” rendez à chacun ce qui lui est dû, le tribut à qui vous
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devez le tribut, les impôts à qui vous devez les impôts, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l'honneur.
Heureux, mes frères, ceux quisont dominés par l'influence de la justice ! La horite ne s’attachera pas à leurs pas, parce qu'ils ne feront rien de honteux. Heureux le peuple qui aime la vertu de justice. La justice est la base nécessaire de toute société. Aucune société ne peut, en effet, exister, s’il n’y a un principe d'ordre. Or l’ordre repose essentiellement sur la reconnaissance et la stabilité du droit et du devoir.
Où en sommes-nous, mes frères, avec la vertu de justice ? 11 n’est pas besoin d’un long examen, pour s'apercevoir que les droits de cette vertu sont méconnus, foulés aux pieds. De combien d’iniquités, les hommes de notre époque ne se sont-ils pas rendus coupables ! L’injustice a envahi le commerce, : l’industrie,les professions, les administrations publiques ; l'injustice a vicié un grand nombre de contrats et de transactions : l'injustice a terni la réputation de plusieurs de nos institutions nationales. Nombreuses sont les consciences que le remord même n’effraie plus ! Pour acquérir un peu d’or, tous les moyens semblent bons aujourd’hui ; achat d’influer-es, patronages indus, profanation sauvent des devoirs d'état les plus sacrés.
Mes frères, serait-ce une témérité de dire que
l'injustice a cherché même à se frayer un passage au milieu de nos sociétés de bienfaisance ? Dieu me garde d'en accuser les directeurs; je connais leur dévouement, leur désintéressement et je peux du haut de cette chaire vous engager à mettre toute votre confiance en eux. Mais l'injustice n'auraitelle pas, par exemple, porté quelques membres à retirer des bénéfices auxquels ils n'avaient pas droit ? N'y aurait-il pas eu des maladies feintes ou de peu de gravité? N'y aurait-il pas eu des convalescences longues démesurément ?
Au cas où la chose serait possible, permettez-moi de rappeler ici brièvement les obligations de ceux qui se seraient ainsi rendus coupables de fraude.
Votre admission dans la société vous donne droit à certains avantages temporels, mais ces avantages, vous ne pouvez en bénéficier qu'à certaines conditions bien explicites, bien déterminées. Dès votre entrée, vous avez accepté ces conditions en même temps que les avantages. Si donc vous retirez certains bénéfices sans que ces conditions se soient accomplies, vous vous rendez coupables d’injustice et vous êtes tenus à restitution. Toute personne qui serait ainsi de connivence pour tromper les directeurs de la société se rend aussi coupable d'injustice et est tenue à restitution à défaut de l’injuste détenteur. Je vous parleen ce
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moment, mes frères, le langage de la théologie. Songez bien à votre responsabilité, à la grandeur de votre faute, puisque aucune autorité, si ce n’est celle de la société elle-même, ne pourra vous en délier.
L'amour de sa société, mes frères, est la seconde qualité d'un bon membre. L'amour, c'est le ciment quai unit et consolide les pierres d’un même édifice. S'il fait défaut, rien de permanent et de stable. Aussi notre divin Sauveur a-t-il voulu bâtir son Eglise sur l'amour. Un chrétien qui n'aime passon Eglise, n’a de chrétien que le nom; et c’est parce que l’Eglise a su développer ve sentiment dans l’âme de ses enfants qu'elle est si forte, si universelle, si redoutable à ses ennemis.
L'un des plus beaux spectacles, mes frères, que nous offrent les ordres religieux du moyen âge, c’est celui de l'amour. Comme elles s’aimaient entre elles, ces âmes qui avaient dit au monde un éternel adieu pour se sanctifier dans le cloître. ‘ Sortez, ‘“ sortez, mes larmes si désireuses de couler, disait ‘ saint Bernard en apprenant la mort d’un de ses ‘“ frères, celui qui vous retenait n’est plus là. Ce n’est “ pas lui qui est mort,—c’est moi qui ne vis plus ‘“ que pour mourir. Pourquoi, pourquoi nous som- ‘ mes-nous aimés, et pourquoi nous sommes-nous ‘* perdus” ‘ Tant la tendresse de la nature, remarque
“ Montalembert, qui cite ces paroles dans son intro- ‘ duction aux moines d'Occident, tant les affections “ légitimes savaient revendiquer leurs droits dans ‘‘ le cœur des saints, et y pénétrer à travers ce que ‘“ Bernard lui-même appelle la large et suave bles-
‘“ sure de l'amour.” Et je pourrais multiplier les citations de ce genre, mais je préfère vous référer aux belles pages d’où j'ai extrait ces quelques lignes.
Messieurs les membres de l'Union Saint- Joseph aimez-vous les uns les autres, aimez votre société. Que cet amour se manifeste non seulement dans les jours de joie comme celui-ci; mais anssi à l'heure de l'épreuve, à l’heure où les paroles de générosité ne suffisent plus, mais où il faut des actes.
Avec le dévouement, avec l'esprit de justice et l'amour, mes frères, ne craignez rien pour l'avenir d'une société, tant que ses membres possèderont ces trois qualités ; et je puis dire ces trois vertus, puisque je m'adresse à une société catholique qui tient à faire aimer Dieu tout en portant secours au prochain.
C’est ce dévouement et l'intérêt que je vous porte qui m'engage en cette circonstance à donner la solution à une objection que l’on entend fréquemment. On dit: ‘Comment se fait-il que dans
DRASS M
“l’Union Saint-Joseph, tout en donnant davan- ‘ tage, on ne reçoit rien de plus que dans les autres “ sociétés. ”
La réponse est facile. La société de l'Union Saint-Joseph est la plus ancienne: plusieurs de ses membres ont vieilli et paient tribut à la mort. Au contraire les autres sociétés sont dans toute la force de leur première jeunesse ; les décès sont peu nombreux. Mais. elles aussi devront compter avec les vieillards ; et elles devront tôt ou tard élever le taux de leur contribution. Gardezvous donc de sortir des rangs de votre société ; en allant au plus avantageux maintenant vous courez risque de ne rien fonder de durable. Ceux qui vous suivront feront le même raisonnement et ce sera toujours pour le malheur de nos sociétés de bienfaisance.
Donc, soyez dévoués à votre société; ne vous laissez pas rebuter pour un peu plus ou un peu moins d'argent que vous déboursez aujourd’hui; songez à l'avenir de cette société au bien qu’elle fait dans le pays et travaillez à lui recruter de nouveaux membres.
Mes frères, je termine ce discours dans lequel à
dessein j'ai semé un certain nombre de conseils pratiques. Mon titre de chapelain, de père spiri-
hé —
tuel de votre société, me donne sans doute droit à cette liberté.
Puisse saint Joseph, votre patron —et c'est le
bouquet spirituel que je dépose à ses pieds.-—vous éclairer, vous aider, vous diriger dans les délibérations et assemblées pour le hien de la société! Puissiez-vous vous montrer toujours dignes de ses grâces et de ses bénédictions !