FAUT-IL LIRE
E ré])()iulrais, à qui nie ferait j)ai-L'illc' ((ucstioii, jjar cette autre: Faut-il manger?
>s^otre père Dencartes, comme l'appelait Mme de Sévigné, a donné do l'âme cette définition: ''Une substance qui pense'' Or, avec quoi voulez-^ous qu'on nourrisse une pareille organisation, si ce n'est avec des pensées? Cet aliment ne se trouve ])as plus dans notre propre fonds que celui de notre corps n'est compris dans la matière qui le compose.
Si Ton ne nous avait jamais dit ce que c'est que Dieu, que le monde et nous-même, le saurions-nous? Demandez plutôt au sauvage inculte de l'Afrique. Ce barbare qui mange son semblable, quoiqu'il ait une âme, ressemble plus à une bête qu'à l'homme. Pourquoi? parce qu'il ne pense pas. L'étincelle divine qu'il a reyue avec la vie, son intelligence est éteinte.
Pintre cette brute humaine et les saints ou les philosophes, qui ne vivent pour ainsi dire que de la vie de l'esprit, il y a plusieurs degrés. Auquel de ces degrés correspond notre condition? Cela dépend de la mesure dans laquelle nous exerçons notre intelligence. Les notions élémentaires, apprises au catéchisme et à la classe, si notre esprit ne s'applique pas à les cultiver par la réflexion, resteront en nous comme des tiges étiolées et stériles.
Réfléchir, voilà la fonction naturelle de cette intelligence que le Bon Dieu nous donne pour qu'on s'en serve.
FAUT-IL LlUK 23
Sait-uii hit'ii ce (jue cV'st ([iic réllécliir?
Ce n'est pas s'arrêter à une sensation eoiniue eelle causée par une contrariété, ou même à une idée présentée par l'imagination, comme le plan d'un chapeau nouveau. Si (|ui'l(|u'un vous a offensée ou froissée et (|ue tout en travaillant vous restiez ))eii(lant des heures sous l'impression (rime soi-tc de colrre, laissant hallottcr Notre esprit par d'ohscurs mouvements de ramune, de vatifues instincts de ven«,^eance, ce n'est ])as ])enser, cela. Si encore vous vous innnohilisez dans une idée fixe, dans la contemplation intérieure d'un objet inia<iinaire, ce n'est pas davanta<ie j)cnscr: c'est rumiiu-r.
La réflexion est une ()])érati()n |)lus conipli(|Uc('. La raison et la conscience y concourent. H en découle une morale, une règle pour nos actions vi notre nianièi-c de vivre. \'ous reconnaîtrez une personne (pii réllé- ( hit en celle (pii élève ses enfants (ra|)rès certains principes fixes, ou en toute autre <|ui — dans (juehpie condition (pi'elle soit — n'agit (pie |)ar des motifs raisonnés. Celle-là a un hut dans la vie. vWv sait ce (pi'elle veut et où elle va.
Les autres ne font (pie -uImt l'existence, plus on moins courageusenu'Ut. selon leur tempéi'ainent ; elles se lèvent pour commencer la corvée (pu)tidienne, sans résunuM* le travail du jour (hins un acte de la volonté, mais résignée à accom))lir machinalement une certaine somme de hesogiu^ matérielle.. Leur ])rière du matin n'est pas une véritahie élévation de l'Ame vers Dieu; ce n'est pas une bonne résolution accompagnée d'une denuinde de secours, mais une posture du corps et un mouvement des lèvres; fait insignifiant, saws nul rapj)ort avec ceux ([ui vont suivre.
De ces deux catégories d'individus, on n'bésitera |)as à préférer la |)remière. Noti'e modèle sera la créât ui-e usant du thunbeau (pie la Providence» lui a donné pour éclairer sa route, plut(")t (jue cellt> (pii néglige d'allumer
sa lampe avant de se mettre; an inarclic Mais le. «^iiidc (le notre raison, nous l'avons dit, ne se trouve pas toujours en nous. L'inspiration nous vient souvent sous l'orme de bons conseils.
Le consolateur, le conseiller toujours prêt, le ])lus aimable des com])aiii;n()ns dans les moments d'an.xiété ou de tristesse, c'est un beau et bon livre. Voilà l'ami parfait dont les bienfaits demeurent, après qu'il est parti.
C'est le miracle de la bonté de Dieu que toutes les beautés de l'univers, le charme de pays inconnus, la jouissance d'arts que nous ignorons nous soient rendus sensibles par de simples signes marqués sur une page blanche. Les conceptions des plus hauts génies deviennent, au moyen du livre, les hôtes de nos humbles cerveaux, les pensées des saints se répandent, pénètrent tout doucement dans les âmes et les trésors de l'esprit humain deviennent accessibles aux déshérités.
Il faut lire. Nous serions insensés si nous nous détournions du spectacle qui nous est offert; nous serions blâmables de refuser les secours qui nous viennent par l'intermédiaire de ces précieux amis: les livres.
Ne regrettons pas les quelques sous consacrés à les acquérir. Ce sont des messagers de joie. Après vous avoir charmée ou consolée, ils vont ailleurs accomplir leur bonne mission. Partout où se déploient leurs ailes blanches, il s'en échappe du bonheur.
Tant qu'un livre subsiste, il garde son âme, sa vertu magique. Lors même qu'il est flétri, ruiné à moitié sous l'usure des doigts qui l'ont feuilleté, quelque rêve, un peu d'idéal gît encore dans ses lambeaux, prêt à surgir pour illuminer une âme. N'y eût-il qu'une phrase intacte sur le dernier débris, cette pensée, vivante jusqu'à la mutilation finale, peut encore semer dans une existence, la graine utile, mère de moissons abondtintes.
Le plus l)eau cadeau qu'on puisse faire à queh[u'un