A QUOI BON
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llJt^Hj N il Ijii'iilûl jugé ceux (pii philosophent sur les travers de leur temps. 11 est entendu (pie ces
^'^' honnes gens, ont leurs raisons à eux pour en être dégoûtés:
(*'est le pi'ssiuiisU' survivant à sa v()<;ui' et faisant la moue (hi (h''pii à ses contemporains (jui le délaissent;
("e sont les incompris, et ])eut-être aussi les «rons (pli vieillissent.
Ceux-ci dé(()uvi-ent jx'tit à petit qu'ils deviennent moins indispensahles; (pu' de nouveaux venus distraient rattcntion de leurs personnalités. Us font alors d'amcres réflexions sur rinconséciuence du ])rochain qui se lasse si prématurément de ceux qu'il a estimés.
.\insi, c'est admis, on ne grogne (lu'en autant qu'(^n n'est pas a|)|)récié ou (pi'on vieillit.
L'alternative n'est ])as f^aie pour mui (pii voulais médire un hrin de mon siècle. . .
Kh hien, soit: mes enfants, je radote.
Cet aveu me met à Taise et nrac(iuiert le droit (\(' vous dire des vérités.
Je dois vous avouer tout d'ahord que je ne vou< trouve pas aussi (lé*(énérés que certains .lérémies l'allirnienl. \"ous êtes surtout francs et vous ne dissimulez pas |)lus vos défauts (pu> vous m» niez vos vertus.
De mon temj)s on aui-ait pu ])res(pie s'y trom])er A première \ ne.
Le dernier des sots ))arvenait à cacher son infirmité morale sous un tas de formules courtoises (|ui le sauvaient des écueils de la conversation.
L'éii(pielte sci-vait dr cuii-asse à son insit,'nifiaiu*e.
Vous autres, vous avez sui)])riirié la cuirasse et quand vous êtes sots, vous l'êtes siiii|)leMient et sans détours.
De même, quand vous valez quelque chose, il y a dans votre attitude un air conscient et satisfait de votre mérite, que vous avouez du reste sans vanité avec une candeur très originale.
Cette rondeur et cette l)onhomie à la " Yankee " n'est pas votre plus grand tort à mes yeux.
[Tn de mes confrères, en grognerie, avec lequel j'é- ])anche parfois mes regrets des chères coutumes envolées, me disait un jour:
— Nous sommes dans le siècle de 1'" A quoi bon! ''
J'ai vu de petites gens, longs comme mon pouce sourire d'incrédulité à travers les larmes de leur colère enfantine, à l'évocation de C^roquemitaineî
Songez donc, nier Croquemitaine !. . . A cet âge! Croquemitaine auquel nos pères ont cru, qui a été la terreur de notre enfance! Croquemitaine que les poètes ont immortalisé!. . .
Passe encore pour abolir les rois, mais abattre Croquemitaine!... Là, j'ai jugé de la mesure de votre cynisme.
Vous avez une expérience intuitive qui vous inspire une lassitude précoce des accessoires de la vie. de tout ce qui n'est pas la vie elle-même.
" Vous êtes nés usés dans un siècle trop vieux "
aurait dit un poète.
A l'âge où, de mon temps, les jeunes filles s'habillaient de blanc et se coiffaient de fleurs avec une fine et naïve coquetterie, à l'âge où elles allaient errer mystérieusement sous quelque poétique bosquet, on les voit aujourd'hui vêtues comme des impératrices, ayant du métal jusque dans leur chevelure systématiquement disposée, s'asseoir auprès d'une " five o'clock tea table ", et ne parler qu'avec une expression languissante, légèrement sarcastique où se lit clairement 1' " A quoi bon " de mon vieil ami.