LE LUXE
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Wl ous avons eu l'idée de demander aux principaux ■^[^ marchands de cette ville, leur opinion sur là question suivante, à savoir :
Quel est celui des deux sexes qui fait le plus de dépenses pour la toilette?
Les réponses n'ont pas été aussi concluantes que nous l'aurions voulu.
Quelques-uns se récusent en avouant l'embarras dans lequel les mettrait l'obligation de se prononcer pour ou contre des clients également précieux.
A la vérité, l'impression qui se dégage de leurs déclarations ambiguës c'est que — sauf chez les pauvres gens — riiabillement féminin coûte plus cher que celui du sexe sans vanité.
(Qui est-ce qui proteste?)
L'un d'eux, pour corriger le mauvais effet de cette affirmation assez nette, ajoute: "Cependant, les femmes achètent avec plus d'économie."
Des pères de familles, consultés à leur tour, nous ont donné les jugements les plus divers.
Plusieurs hésitèrent et ne purent rien décider. D'autres déclarèrent nettement que le vêtement masculin est des deux le plus coûteux, ce qui fit hausser les épaules aux heureux pourvoyeurs et propriétaires de quatre ou cinq filles élégantes. Ceux qui — outre un pareil trésor — avaient encore le pesant honneur de sustenter les dignes frères de ces demoiselles hochaient la tête. " Il est vrai que les toilettes de nos filles, disaient-ils, nous prennent beaucoup d'argent, mais' . . "
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(V; "mais" est un al)îiiio iiisuiidahU'. i'v nniis, sans ai)S()U(lre les l'ennnes extnivagantos, est la condamnalion (le la «grande majorité de Tautro sexe.
Comme son erreur est la eause d'une foule de maux dont il souIVre tout le premier, ([u'il nous permette de la lui démontrer ici, non dans une idéi' de récrimination hostihî, mais — ainsi (|U*on tlit aux enfants en leur donnant le fouet — pour son |)lus grand bien.
Je le répète: rien n'excuse une femme de se livrei" à de folles dépenses, pas même rexem])le de son mari.
A (pioi son*;-ent pourtant certains pères de famille (pli prêchent l'économie avec accom))ao:nement de tonnerre chez eux, et ([ui dépensent })()ur leurs ])laisirs ou — selon leur expression — '* pour leurs tlistractions," autant, ou pres(|ue, qu'il en faut pour faire marcher la maison?
Tn petit fait indiscutal)le éclairera la conscience de tous ces aveu«i:les ])écheurs.
\)v<' fortunes s'édifient tous les jours ])ar l'exploitation des défauts du sexe fort accessible à mille faiblesses.
Il V a dL'> cigariers millionnaires; le commerce le ))lus lucratif et le ])lus sûr dans notre ville comme dans bien d'autres, est le débit des liqueurs s])iritueuses.
(^uand vons visitez les grandes villes d'l^uro))e ou d'Américpie, on signale à votre admiration des édilices exceptionnellement som])tueux qui sont des Cercles masculins.
Les sommes d'argent dé])ensées p(>ur les s))orts de la chasse, du cheval, et autres aussi peu conjugaux, ne se comptent ])as.
Il m^ faudrait |)as i-ét<)r(|ucr (pie mainte industrie, aussi fertile ou nuisible, doit sa prospérité à l'encouragement des femmes, car il n'en est pas beaucoup de celles-là qui ne recrutent leur clientèle aussi bien dans Tun que dans l'antre sexe.
I']st-il raisonnable, dites-moi, ([u'un chef de famille, maître d'un certain salaire ou revenu quelcon(pie, force
son monde à adopter un train de maison n'en demandant que la moitié, tandis (jii'il consacre le reste aux caprices de l'ogre insatiable qui s'appelle son " plaisir," idole impérieuse que sa faiblesse souvent sert en gémissant?
Que de pères en effet invoquent la sainte économie pour refuser un voyage à leur femme, quelqii'innocent plaisir à leurs iilles, et qui, en leur tournant le dos, s'en vont droit au club perdre en dix parties de poker deux fois la somme qui aurait fait le bonheur des leurs.
On sait quel noviciat prépare à devenir de pareils bons vivants.
Quelques-uns de ses commandements enjoignent de:
1. ÎN^e perdre aucun occasion de noyer sa raison dans son verre en ces saturnales ou fêtes nocturnes pour lesquelles tout prétexte est bon: enterrement de vie de garçon, succès, fête, ou mort peut-être d'un ami, que sais-je? (condition essentielle pour établir sa renommée de ^' bon luron '* ).
2. D'appartenir à quelque club fashionable; d'y savoir perdre sans sourciller toute sa petite fortune, et même davantage.