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LA FEMME DANS LA EAMILLE I

CCS d'une l)onne à tout faire se payent relativement l)()n marelle, et le tem])s ])er(lu à remplir ses triviales attriluitions seraient inconlcstabli'ment mieux em])l()yé |)ar la femme (pii a ehar»^e (rame, à s'instruire pour diri- ^^'r celles (pli lui sont confiées.

Mais, me dira-t-on, ipiclcpie minime (jue soit le |)rix représenté par le salaire d'un domestiijue, dans un grand nombre de cas la modicité des revenus ne permet ])as h la maîtresse de maison d'en faire le sacrifice.

Mil l)ieii, voilà encore une meilleure raison |)our (|ue la pauvre créature sur hupielle retoniljent de si lourdes charges soit disjiensée de tâches (pii ne conviennent ni à sa dignité ni à la faiblesse de son sexe.

Dl'^ fils bien nés, du reste, n'accepteront jamais de leur mère certains services, et riiomme qui a (|uel(|ue honneur et le moindre respect ])our sa compagne ne tolérera pas (pfon lui laisse le soin de besognes pénibles (jui ne sont (pTun jeu pour la force masculine.

Et tenez — puiscpie j'ai commencé à parler de bottes — la mère (|ui, ])rivée de serviteurs, exige de ses écoliers qu'ils nettoient leurs chaussures avant de se coucher et ne partent pas le matin pour leur travail sans avoir fait leur ])etite ])art de la besogne, cette mère n'en est pas moins chérie des siens.

Les égards qu'elle se fait rendre ont pour effet d'augmenter le prestige de son autorité.

Mieux (pie des ])réce])tes et des réprimandes, ils enseignent aux enfants à honorer ceux à qui ils doivent la vie.

Qu(d détestable ])r(\jugé ])ortent fpielques parents dans les familles ])auvres à asservir la femme au sexe fort, qui devient alors et naturellement le sexe tyrannique; car avez-vous vu souvent des gens à qui on permettait d'abuser, ne pas user — à tout le moins — de la permission?

Dans les maisons où l'on ne peut pas garder de serviteurs, la mère et les filles sont très souvent de pauvres

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tâcherons, suffinant à peine à accomplir les multiples travaux de la journée. Quand les lu)mmes rentrent, ils s'assoient à une table toute servie; les femmes pendant leur repas se lèveront vingt fois s'il le faut pour satisfaire à leurs besoins; ils fument ensuite, tandis qu'on range tout et ce plaisir entraîne encore pour la ménagère une pénible corvée. Tous leurs mouvements ont pour effet de détruire Tordre établi au prix d"un dur labeur.

On les laisse tout faire — ou ne rien faire — on ne leur demande pas le moindre service. Pourquoi? Parce qu'ils sont des hommes, et que l'on croirait ridicule de solliciter de leur part le léger secours qui allégerait d'une manière sensible un fardeau écrasant.

La mère d'un officier français qui était en même temps un fils affectueux, me racontait un jour que, durant une vacance de son service militaire, le jeune homme la trouva dans de fâcheux embarras domestiques, et forcé de s'arracher à sa chère compagnie pour vaquer aux soins du ménage. Que fit le brave soldat, le héros en herbe et le bon fils? Tout simplement ce que lui suggéra son cœur: suivre sa mère, et lui aider, avec une gaucherie distinguée et charmante, à se débarrasser de la besogne.

Il en est qui auraient trouvé ridicule ce fier militaire mettant le couvert ou essuyant la vaisselle, tout en racontant à son interlocutrice ravie ses exploits au Tonkin; mais les natures délicates saisiront le côté touchant et poétique du tableau.

Le jeune homme ne crut pas déchoir de sa dignité en faisant ce que sa mère consentait elle-même à faire; et en réalité je ne vois pas ce qui peut dispenser le sexe fort, redevable à l'autre des soins prodigués à son enfance et de la conservation de la vie, de se montrer secourable et entièrement dévoué à ses bienfaitrices.

On retrouve sous une autre forme, très commune, cette inégalité des privilèges entre les deux sexes: des

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t^i'iis sinis forliiiH' iiiiiis ;i|)|)arti'iiaiit à uiu' certaiiu' classe (\v la l)()iii*«ii'()isi(' auront rainhitioii de voir leurs tils (leveiiii* avocats, iiiédecius ou notaires. ( l'our anivcr à un hut dont les exigences sont disproportioniUH's à leurs faibles ressources, les pères et les mères s'entendront pour s'imposer à eux-mêmes d'abord des privations, et en second lieu pour sacrifier actuellement les filles à l'avenir problématiciue de leurs frères. On les retirera plus tôt du couvent ])onr les faire concourir à l'teuvre (récoiu)mie et les astrein<lre à un travail souvent préjudiciable à la santé: on les vêtira chétivement et on les privera de tout |)laisir, afin de pouvoir suffire aux frais d'éducation i\v>i autres.

Va cej)en(lant, les <i:arcons ))rennent l'habitude de mani^er avec insouciance le pain si chèrement acheté, «'t d'accepter sans veriio^nie, très souvent sans la moindre «,n-atitude, une si complète al)né«<ation. Bienheureux encore sont les })arents (puind les enfants favorisés aux dépens des autres savent profiter des avantii^res reçus et récompenser leurs familles par le succès.

I^h bien, je soutiens (|u'un ])areil système, sauf les cas de talents exceptionnels ou d'une volonté, d'une application éner«ii(|ue et persistante, constitue une injustice flat^rante (pli tire son origine de l'orgueil plus (|ue du dévouement paternel et du sentiment du devoir.

Quand dans les familles pauvres l'élévation des uns exige l'écrasement des autres; rpiand au surplus on ne trouve pas dans les aj)titudes extraordinaires d'un sujet une excuse aux ])asse-droits qu'on fait en sa faveur, ])our(pioi ne pas laisser les fils suivre tout bonnement la carrière de leurs })ères, et devenir de bons artisans plutr)t que des déclassés?

Pourquoi ne ])as laisser plus de bras et plus d'intelligences à l'agriculture, la plus belle des vocations humaines, la seule (pie le Bon Dieu nous ait recommandée dans la personne de notre premier père après son mémorable revers do fortuiu^ au Paradis Terrestre?

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Notre pays assurément y gagnerait. Nos villes peutêtre ne pulluleraient pas d'avocats médiocres; l'on verrait dans les campagnes un plus petit nombre de médecins d'une ignorance désastreuse, de tabellions solennels dont les actes de ventes ou les rédactions de testaments engendrent les procédures contentieuses; la classe de parasites, cherchant à vivre de la politique, et visant à la députation, non pas comme à un poste honorable oii l'on peut se rendre utile à son pays, mais pour y recueillir dans l'oisiveté toutes les immunités que le peuple donne à ses représentants — et, qui sait, d'autres privilèges qu'il ne leur donne pas — cette classe n'existerait peut-être pas.

Si, au lieu de jeter tout ce que nous avons de forces intellectuelles dans une ou deux voies bien encombrées, on s'efforçait de les diriger vers l'Industrie et cette bienheureuse Agriculture, nos terres se défricheraient, le grenier national s'emplirait, le budget québecquois connaîtrait enfin les douces lois de l'équilibre, et pour nos entreprises publiques nous arriverions à nous passer du concours des étrangers.

Le conseil s'applique naturellement à la haute et à la riche bourgeoisie, qui ne doit pas hésiter à faire de ses fils de bons cultivateurs ou d'habiles artisans si leurs aptitudes naturelles se manifestent dans ce sens.

Tout le monde ne peut pas être juge, ministre ou évêque.

Il vaut mieux gagner honorablement son pain dans la plus humble des positions que de s'exposer, en entreprenant une lutte clis])roportionnée à ses forces, à devenir un raté, et que de se résigner à vivre du patrimoine paternel au détriment des autres membres de la famille.

L'équité des parents ne doit pas leur permettre de se faire illusion sur ce sujet. Pour nous, ce que nous venons réclamer dans cette question de privilèges c'est la protection de la femme.

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