PER
panorama grandiose que présentent son cap, sa citadelle, son fleuve, sa vallée et ses montagnes, et que parmi ces beautés et ces grandeurs vous placez de nobles personnages, un cardinal, un lieutenantgouverneur, un archevêque, un recteur d'université, vous décuplez le prix de l'accueil que font les bras tout grands ouverts et des cœurs profondément affectueux.
Les Voyageurs de Montréal, d'Ottawa, de Hull, de Saint-Hyacinthe et de la Beauce allaient éprouver la flamme et les délicatesse. de cette charité.
Les deux journées sociales du Congrès avaient été fixées aux samedi et dimanche, 26 et 27 juillet 1910.
Une aimable surprise attendait les invités. Le séminaire de Québec, orné, pavoisé comme aux plus grandes fêtes, désireux de prouver sa très grande estime pour le Cercle local des Voyageurs et l'Association tout entière, ouvrait aux congressistes ses portes, sa chapelle, ses chambres, ses salles, ses cours de récréation : hospitalité vraiment princière, que devaient rehausser encore les attentions les plus empressées.
Le ralliement se fit dans la matinée du 26. Les groupes se répandirent un peu de tous côtés dans le Séminaire et l'Université. Le Musée surtout attirait
les visiteurs par ses collections d'un si grand intérêt. A midi, le vaste réfectoire du Séminaire recevait les Voyageurs de Commerce, pour leur servir, annonçait le programme, un « Fricot à la bonne franquette ».
convives s'en donnèrent, c'est le cas de le dire, à bouche que veux-tu. Le classique altum silentium (profond silence) ne tint pas longtemps. Le stridor dentium lui-même (grincement des mâchoires) fut vite suivi de la confusio linguarum (confusion des langues). Au milivu de ces épanchements, le président du Cercle de Québec, M. A.-J. Gagné, salua en termes heureux les deux cent cinquante invités qui étaient accourus au rendez-vous. Après le dîner, amusements et jeux de toutes sortes, qui rappelaient les ébattements de l'année précédente à la Villa Saint- Martin.
À deux heures et demie de relevée, s'ouvrit la première séance de travail. Elle devait durer trois bonnes heures d'horloge. Et ce n'était pas trop pour le sujet qu'on avait mis à l'étude. Le Congrès de 1918, on s'en souvient, avait consacré ses deux séances au Voyageur de Commerce, sa personnalité, son rôle, son influence. Celui de 1919 porta plus haut ses regards dans la séance du 26. I] voulut envisager la question du « Commerce au point de vue canadienfrançais ». Le sujet était beau, intéressant et suggestif. Il se subdivisait en quatre parties et les quatre conférenciers les traitèrent successivement avec un soin et une compétence très remarqués.
1. — Débuts et progrès des Canadiens français dans le Commerce, telle était la Part qui revenait à M. J.-E. Renaud, secrétaire-correspondant du Cercle de Québec. II rappela les embarras de toutes sortes qui
suivirent la Cession du Canada à l'Angleterre, puis les progrès ininterrompus bien que lents, qui permirent aux Canadiens français de s'établir peu à peu solidement dans diverses industries, telles la construction des navires, les fonderies, la quincaillerie, l: commerce des cuirs et de la chaussure, des épiceries. L'orateur ne craignit pas de mettre le doigt sur quelques points faibles : il signala en particulier le peu d'encouragement que les Canadiens se donnent entre eux.
2 — Coup d'œil sur la situation actuelle. — M. J.-A. Brais, du Cercle de Saint-Hyacinthe, la déclare bonne et en progrès. Et voici comment il le prouve : trois banques, très prospères, sont exclusivement canadiennes-françaises, La Banque Nationale, La Banque d'Hochelaga, La:Banque Provinciale: les nôtres sont à la tête d'importantes compagnies d'assurances et autres; la situation agricole de la province est supérieure à celle des autres provinces du Dominion : elle produit autant de beurre et de fromage à elle seule que toutes les autres réunies; 90% de nos fermiers sont Propriétaires. La moitié de la production du papier au Canada se fait par la province de Québec, et dans l'industrie de la chaussure, 60 à 70% du capital et de la machinerie reviennent aux Canadiens français.
A ce point, M. Brais se demande quelle a été la part du Voyageur de Commerce dans ce progrès. Elle a été belle, de tout temps, dit-il, mais aujourd'hui plus que jamais. Ses dispositions actuelles unies à son bilinguisme n'ont fait que grandir ses aptitudes professionnelles.
3. — Des meilleurs moyen: à prendre pour accentuer la marche en avant. — M. Valin, du Cercle de Hull, débuta par une vibrante allusion au geste
Sauveur du généralissime Foch qui, avant de lancer la grande offensive victorieuse, consacra ses armées au Sacré Cœur. Pareillement, les Voyageurs de Commerce, dès le début de leur Association, se sont voués au Cœur de Jésus et c'est 1à qu'ils trouvent leur plus sûr gage de succès. En outre, pour eux comme Pour tous ceux qui veulent s'adonner au commerce. il est besoin de trois qualités essentielles : la compétence, le sens des affaires et le tact. La première s'acquerra par la diffusion des hautes études commerciales, la seconde par l'expérience, la troisième par l'observation: et au service de ces trois dispositions, les ennoblissant et les fécondant, une conscience droite et parfaitement honnête.
4. — De l'usage du français dans le commerce. — C'était un champ magnifique ouvert au quatrième conférencier. M. J. Petitclerc, du Cercle de Québec, sut l'exploiter d'intéressante façon. Notre bilinguisme, dit-il en substance, est digne d'éloge et doit être maintenu. Mais la langue française d'abord, et notre langue dans toute sa pureté. Suivit une longue liste d'expressions anglaises employées couramment dans le commerce par les Canadiens français. C'est une trahison ! Et qui dira les funestes conséquences de ces défections quotidiennes ! Donc parler le français en tout, Partout, toujours (sauf certains cas évidents) et le bien parler.
Après cette séance eut lieu à la chapelle du Séminaire le salut du Saint-Sacrement, et, dans la soirée, le grand banquet.
Avant les discours qui le couronnèrent, S. G. Mgr Roy, arc::27êque de Séleucie, auxiliaire de Québec,
communiqua aux congressistes les deux messages Suivants : le premier était le cablogramme adressé
par Son Éminence le cardinal Bégin à Sa Sainteté Benoît XV :
« Sa Sainteté | le Pape Benoît >
«Les membres de tous les Cercies catholiques des Voyageurs de Commerce de la province de Québec, réunis en Congrès dans la ville de Québec, offrent au très Saint Père l'hommage de leur profond respect, de leur entière adhésion à ses enseignements, de leur filial attachement à sa personne, et sollicitent la
bénédiction apostolique sur les travaux du Congrès qui aura lieu les 26 et 27 juillet.
Cardinal BÉcin. »
Monseigneur lut ensuite la réponse du Saint-Père, qui fut longuement acclamée par les convives :
€ Cardinal Bégin, archevêque, Québec, Canada.
( Saint-Père très sensible hommage filial, attachement et soumission enseignements au Saint-Siège de la part des membres de tous ::s Cercles catholiques des
Voyageurs de Commerce réunis en Congrès, remercie et envoie de cœur bénédiction apostolique implorée.
Cardinal GASPARR:. D
ET ve
Le premier toast fut celui du Pape.. — Mgr Pelletier, supérieur du séminaire et recteur de l'Université Laval, y répondit. II félicita les Voyageurs d'avoir si bien compris ce qu'est le Pape, le représentant de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il les loua de leur esprit de foi dans la vie publique non moins que dans la vie privée. L'Église se réjouit de pouvoir compter sur de tels hommes.
Après la santé du Roi, ce fut celle du Clergé. — Les très hautes pensées que Mgr Roy développa sur la nature et les œuvres du sacerdoce étaient drapées dans un langage vraiment magnifique. Sacerdos alter Christus. Le prêtre, c'est Jésus-Christ. Depuis Notre-Seigneur, l'humanité reste soudée par le prêtre à la divinité. Dans toute l'histoire du monde de l'ère chrétienne, il n'est pas de grand mouvement pour la vérité et le bien des peuples sans que l'apport du clergé ne soit à la base. Pour nous, Canadiens français, la chose est si manifeste, dès le berceau de notre race et toujours depuis, à travers toutes les complications et toutes les luttes. Les Voyageurs ont admirablement compris cette vérité historique, en mettant au premier rang de leurs préoccupations les retraites fermées. Car c'est dans ces retraites que le prêtre et par lui Jésus-Christ accueille, retourne, : :çonne, complète le chrétien et dans le chrétien i apôtre. Voyez donc toujours le prêtre dans cette lumière : aimez-le, défendez-le quand il est attaqué en mettant Jésus-Christ entre lui et son assaillant ; enfin aidez-le, comme au reste vous le faites déjà, et c'est bien ce qui nous remplit de joie et nous permet les plus belles espérances.
M. L.-A. Trempe, du Cercle de Québec, répondit au toast de la Race canadienne-française. Après un brillant rappel de nos origines, l'orateur ‘énonce et développe cette pensée que le Canadien français a pour le défendre une citadelle et un rempart qui font LE désespoir de ses ennemis, à savoir, sa Foi et sa Langue. |
La santé de la Presse catholique avait été confiée au R. P. H. Lefebvre, S.J., premier aumônier du Cercle de Québec. La Presse catholique. dit-il, c'est la Presse catholique tout court, professant non point € la religion du parti », mais « le parti de la religion ». Voilà les journaux qu'il faut encourager, soutenir, propager.
Le dernier toast était celui de l'Association Catholique des Voyageurs de Commerce. M. J.-A. Bernier, président de l'A.C.V.. montra la solidité de l'Association, bâtie sur le roc des retraites fermées. L'A.C.V. a trente-cinq ans de moins et est vingt-cinq fois moins nombreuse que l'Association des Voyageurs du Dominion. Et pourtant elle a cent fois plus d'œuvres à son crédit et possède une bien plus grande influence.
Soyons fiers de lui appartenir et continuons inlassablement ses œuvres religieuses et patriotiques.
Le lendemain matin, dimanche, les congressistes communièrent à la messe de sept heures. A dix heures avait lieu la messe solennelle dans la chapelle du Séminaire. S. Ém. le cardinal Bégin assistait au trône. Sir Charles Fitzpatrick, lieutenant-gouverneur, et Lady Fitzpatrick avaient des fauteuils dans la nef. Le sermon, donné par Mgr Roy, développa le thème du précepte divin de la charité : l'amour opposé à la
haine; l'apostolat luttant partout contre cette fureur de scandales que la haine dresse en tous lieux par le
danse, le cinéma. Vaste champ de bataille ouvert
à nos bons lutteurs et où ils comptent déjà tant de victoires.
A midi, un dîner intime réunissait les représentants des Cercles invités : Montréal, Beauce, Saint-Hyacinthe, Ottawa, Hull. On leur faisait fête: en retour chaque Cercle avait Son mot charmant de réponse.
L'après-midi fut Consacré à la seconde séance de travail. Le programme l'intitulait : « Notre œuvre ». On revenait ainsi à l'Association. Nous ne donnerons que les titres, en faisant remarquer seulement le souci de l'Association de joindre toujours aux spéculations parfois les plus élevées les notions Pratiques, poussant à l'action immédiate, précise.
1. — Retraites fermées et retraites bascales R. P. G. Lebel, SJ. aumônier-directeur de l'Association et du Cercle de Montréal.
2. — Pour préparer l'avenir de nos jeunes Voyageurs de Commerce : M. l'abbé H. Morin, directeur du Cercle de Saint-Hyacinthe.
3. — La pratique de l'économie : M. JE. Rochette, vice-président du Cercle de Québec.
4. — La vie de famille : M. J.-T. Jacques, trésorier du Cercle de Sainte-Marie de Beauce.
A la fin de la séance, leR. P.T. Hudon, S.J., auménier du Cercle de Québec, donna lecture d'une série de vœux qui résumaient les travaux et les aspirations du Congrès et qui furent acclamés avec le plus grand enthousiasme. Ils portaient sur les points suivants :