‹ Nosographie philosophique, ou la méthode de l'analyse appliquée à la médecine (volume 3)Chapitre 23 sur 129 · TEIGNE · texte numérisé non relu

TEIGNE

Cullen , qui a mis autant de soin à diminuer les maladies en nosologie que d’autres en ont pris à les multiplier, a séparé de la teigne ce qu'on appelle achores, ou petits ulcères humides qui versent une humeur plus ou moins fétide ; mais il ne distingue pas la tergne proprement dite du favus. Cette vacillation d'opinions ne pouvait être fixée que par un observateur attentif, et exercé non-seulement à reconnaître les différentes formes de la teigne, mais encoreàen diriger le traitement. C’est ce qu'a fait Murray , professeur de médecine à Gottingue , et lun des plus célèbres disciples de Linné. Il a reconnu d’abord que ce qu'on appelle porrigo ou desquamation furfuracée de la peau, achores ou petits ulcères humides et qui rendent une matière sanieuse , et la £eigne sèche ou des ulcérations recouvertes d'une croûte sèche et grisätre , ne sontque la même maladie dans ses trois époques différentes , ou plutôt des variétés qu'on remarque quelquefois dans différentes parties de la tête du même individu... Mais le même auteur fait une espèce séparée de ce qu'on appelle tinea favosa , qui consiste en pustules d'abord lenticulaires , qui s'étendent ensuite en prenant diverses formes, qui versent une matère jaunâtre comme du miel grumelé ou de la bouillie, et qui, par leur chute , laissent des creux semblables aux cellules des abeilles... :

105. Murray examine d'abord la structure de la peau, qui est le siége de la maladie. L'épiderme est parsemé d’une infinité de pores qui laissent transsuder la sueur ét une oncetuosité grasse. Dans le derme, outre les vaisseaux absorbans et la graisse qui est dans son tissu cellulaire , on remarque des follicules membra-

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neux sans nombre qui contiennent une graisse molle avec un conduit excréteur. On y trouve les petits bulbes de chéveux qui sont enveloppés comme un noyau dans une membrane extensible, pourvue de ses vaisseaux et de ses nerfs , et contenant dans sa cavité une : liqueur iénue, d’un blanc jaunâtre. Chacune de ces petites ampoules membraneuses pénètre le réseau cor- : respondant du tissu cellulaire de Malpighi, et, elle en est comme environnée..…... Plusieurs parties des técu- mens sont sans doute affectées par la teigne ; et, à cause de leur finesse extrême , on ne peut dire avec précision : où est le vrai siége de la maladie. Duncan, médecm d'Edimbourg , le fait résider dans les peuts bulbes des cheveux ; mais Murray , en les examinant avec soin à la loupe, et en les comparant avee ce qu'ils sont dans l’état de santé , n’y a souvent point remarqué de changemens dans la figure ni dans la couleur, et il ne pense pas que l’évulsion des cheveux soit né cessaire pour la guérison de la maladie... Le principal siége du mal paraît être, d'après lui, dans le tissu réticulaire de Malpighi.

106. M. Frank a cru devoir isoler le porrigo dé bi teigne, et en faire un genre à part. El réunit sous le nom de teigne les achores, le favus, et le t'nea faciei, qu'il ne faut pas confondre avec la croûte laïteuse. Voici la description générale qu'il en donne. « Les achores et le favus sont ordinairement précédés par un prurit, de l’ardeur et de la tension dans le. derme chevelu. Les glandes fymphatiques du cou et de l’occiput se tuméfient et deviennent douloureuses . au toucher ; il ya quelquefois céphalalgie: Le prurit et le besoin de se gratter augmentent. À cette époque

TEIGNE. 10 on sent, entre les cheveux et sous les doigts de l’enfant qui se gratte , tantôt une tumeur large , chaude. et tendue , et tantôt un bouton ou une pustule ; ; la tumeur est à peine ulcérée ; mais on y aperçoit comme l'ouverture d’un petit canal dilaté, ou celle d’un con . duit folliculeux , d’où s'écoule une humeur visqueuse. La pustule se compose d’un tubercule élevé au-dessus de la peau , circonscrit, folliculeux , pisiforme ou conique , dur à la base, mou et blanchätre au sommet : elle contient une humeur blanche-jaunâtre. L'humeur fétide suinte lentement par une ouverture large ou munie de pelites excroissances obrondes et inégales ; elle s’'écuule entre les cheveux , les entoure de toutes parts, et ne tarde pas à se coaguler, en les agglutinant et en formant des croûtes tuberculeuses : celles-ci sont squameuses et sèches au dehors ; mais au-dedans elles sont molles, grenues comme de la cire, remplies de matière putrescente , et formant le nid le plus sûr et le plus feruüle pour les poux. Lorsque plusieurs pustules voisines ôu confluentes déforment le derme chevelu , l’ichor , coulant alors d’une source plus abondante, recouvre de croûtes les parties voisines , ou bien 1l s'écoule au loin comme de la poix fondue pour occuper le voisinage du front. La deuxième ondée d’ichor chasse et fend la premiére, et la troisième la seconde ; les fissures sont bientôt remplies par un ichor nouveau. Il se forme autant de : croûtes dures , squameuses , épaisses, mêélées de cheveux et d’un aspect désoûtant. L'ichor accumulé sous ces croûtes attaque la peau , déracime les cheveux , corrode leurs bulbes et le üssu cellulaire voisin ; si par hasard il y a complication syphihtique , 1l porte même

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attente jusques à la substance osseuse du crâne, en occasionnant des douleurs atroces nocturnes. Cet état s'accompagne d’une inquiétude considérable, de la lésion de la nutrition, et de la consomption. Néanmoins cette altération générale ne se remarque pas toujours. La teigne change à peine de place dans quelques cas , mais elle est opiniâtre et sèche ou humide ; les pp tombent alors, et ils sont remplacés ‘a une sorte de laine. »

107. La teigne de la face occupe plus partüculierement les joues et le front; elle est caractérisée par Ja chaleur, une rougeur brillante et un prurit ; il s'élève bientôt des pustules ou de peutes vésicules, tantôt larges et tantôt aiguës , remplies d’une liqueur transparente, blanche-jaunätre ; elles s’ouvrent spontanément , ou par l’irritauon que l'enfant occasionne en se grattant ; elles laissent ensuite écouler une lqueur ténue , jaune, qui se dessèche en croûtes jaunes - rougeätres et friables. Succède bientôt un nouvel ichor qui traverse les croûtes encore molles, se porte vers les parties déclives , les recouvre et forme des croûtes denses, tantôt jaunes et tantôt foncées , qui recouvrent bientôt toute la face à l’exception des yeux , et souvent même sans en excepter les paupières. Un prurit considérable , de l’inquiétude et le marasme suivent les progrès de cette affection , qui s'étend même quelquefois aux oreilles , aux membres et au trone , sans néanmoins laisser de cicatrices. L'enfant est ordinairement gai tant que dure cet écoulement ; 1l est au contraire triste dés que les pusiules se dessèchent. La teigne de la face, d'apres M. Frank, attaque ordinairement les enfans depuis

TEIGNE. 107 âge de six mois jusqu'à celui d'un an, quelquefois cependant plus tard. C’est durant la denution qu'elle exerce ses ravages ; on l’aperçoit chez ceux qui ont la peau blanche, le visage rond et plein , les joues trèsrouges ou d’un jaune rougeâtre, et qui proviennent de parens scrophuleux. Een 108. Tel était l’état de nos connaissances , lorsque M. Albert a fait paraître le résultat de ses observations dans la dissertation de M. Gallot (1), et surtout dans la première livraison de son ouvrage sur les maladies de la peau ; et on ne peut que donner des éloges aux soins qu'il a pris d’en décrire les phénomènes distincüfs. Les figures de grandeur naturelle dont il accompagne ses observations , ont surtout le grand avantage de fixer le caractére des différentes formes que cette maladie peut présenter. Il établit cinq espèces de teigne : la teigne faveuse (favus) , la teigne granulée (teigne rugueuse), la teigne furfuracée (porrigo }, la teigne muqueuse (£eigne de la face), et la teigne amiantacée. Je ne saurais mieux décrire cette maladie , qu’en présentant un abrégé des faits contenus dans l'ouvrage de M. Alibert.

S IL. Description générale de la Teigne.

109. Prédispositions et causes occasionnelles. La teigne affecte ordinairement les enfans , et rarement les adultes ; le défaut de propreté , l'usage excessif des. farineux , des affections morales tristes , l'occasionnent assez fréquemment ; elle accompagne quelquefois les

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