GASTRITE
S$ L. Considérations générales.
511. La structure de l'estomac, sa sensibilité ex trême , ses foncuons organiques et.ses rapports sÿmpathiques avec presque toutes les autres parues, indiquent assez quels désordres peut produire son état inflammatoire; dont les causes peuvent être une contusion sur l'épigastre, un excès de liqueurs spiritueuses , une boisson froide aprés un trés-grand exer- CICe , de apuens , des boissons ou des médicamens
(1) SFNONFMIE. Castius, Ses in ,) ivzæus, Vocez, CuLLen, etc. ; Febris stomachica, inflammatoria , Fnsper. Horrmanx ; /nflammatio stomachi, Bognnaave.
pris après un violent emportement. D’autres causes particulières semblent agir aussi de l'extérieur à l'in térieur, et j'ai rapporté ailleurs ( Médecine clinique } l'exemple d’une gastrite produite par une métasiase arthritique. Mais une des causes sur lesquelles il importe le plus d'avoirides connaissances’exactes relati= vement à la médecine du barreau, est l'empoisonnement, puisque les tr ibunaux ne peuvent décider que d'après le rapport (r) juridique qui constate là nature du délit. Quelle prudence ne PRES point avoir dans des cas semblables ! |
312. Lés symptômes qui DRE les ‘effets a poison sont tellement variables et’incertains , que le médecin-légiste ; entouré de toutes les lumières fournies par les de branches de la médecine , aidé encore par l'analyse chimique, doit apporter la plus grande circonspection quand il s agit d'un cas d’'empoisonnement. « Si on netrouve pas, dit Mahon, le poison qui aura été entraîné pendant Ja vie, soit par le vomissemént , soit par les déjectionis, le médecin
(1) On peut voir sur cet” objet une thèse soutenue aux Ecoles de Chirurgie, sous la présidence de Louis; en 1786 (de Vomituum. diversis speciebus )..Un exemple prouve avec quelle précaution il faut écarter des motifs spécieux , el ne prononcer que sur les faits les plus avérés. Un médecin allemand fut ap= pelé pour faire l'ouverture du cadavre d’un mar rchand soupconné d’avoir été empoisonné par sa fémme, qui était bellé et d’une
humeur discordante. Ce malheureux ait resté plusieurs j jours au ht, se plaignant de nausées’, ‘de vomissements et de tranchées TR L'examen attentif Rs parties fit bientôt découvrir une hernie étranglée de l'intestin colon, qui était garigrené et percé. La femme fut dès-lors déclarée innocente.
CASTRITE 205 peut-il porter un jugement d’après les signes d’érosiun trouvés sur le cadavre ? Je répondrai qu ; Si le malade était en pleine santé au moment où l’on soupçgonne qu'il a pris le poison, s’il est bien constaté qu’il n'était sujet à aucune douleur périodique de l'estomac ou du conduit intestinal , s’il ne règne aucune maladie dysentérique cpidAnies , Si lon est bien sûr qu'il n'a eu aucune indigestion et qu'il n’a mangé : d'aucun mets capable d’exciter l’inflammation, et si, après avoir avalé quelque substance , il s’est d’abord trouvé mal, s'il s’est plaint du goût extraordinaire qu'avait ce qu'il a mangé et ce qu'il a vomi, et que les symptômes qui se sont mamifestés soient ressemblans à ceux que produit un poison violent ; si à tout cela se joignent des indices probables tirés des perquisitions judiciaires, je réponds que le médecin peut prononcer affirmativement sur Vempoisonnement, si l'érosion, l’'inflammation, la gangrène se sont manifestées non-seulement dans l’estomac et dans les intestins , mais encore à l’œsophage,, au pharynx et à la langue , puisque tous ces maux sont alors évidemment l'effet d’un caustique quelconque. L'ouverture des cadavres exhumés offre. beaucoup d'incertitude quant à l’inspection si nécessaire du conduit alimentaire... [1 faudrait bien se garder de prendre des taches livides causées par la putréfaction commencée, pour des taches produites par le poison. Voici les caractères qui servent à distinguer les taches de la putréfaction d'avec les impressions des corps étrangers faités pendant la vie : si, l'estomac ayant encore sa couleur naturelle, les A qu'on y voit sont mélangées de rouge, et si le bord ou le fond des ulcères est d’un rouge vif ou pâle, c’est l'effet d’une
impression faite sur le vivant (1) ; si au contraire l’estomac est déjà pâle , livide ou verdâtre , parsemé de taches de même couleur, mais plus foncées , on doit les attribuer à la putréfaction , et l'inspection devient de nulle valeur......» | |
513. Dans un ouvrage principalement desuné à mettre , autant qu'il est possible , de l’ordre dans le système général des connaissances médicales, on ne doit point s’appesantir sur une foule d'objets qui ont un rapport plus ou moins direct avec la gastrite , tels que le recensement des différentes substances véné- : neuses, la connaissance de leurs propriétés chimiques, -les symptômes variés qu'elles peuvent produire dans l'intérieur de l'estomac suivant leur nature particulière ou leurs doses, etc. I suffit d'indiquer, outre les his-: toiressans nombre d’empoisonnement disséminées dans les recueils des mémoires des académies, ou les ou— vrages périodiques, quelques monographies distinguées par un esprit rare d'observation , et une marche expérimentale digne deservir de modèle. Je dois peut-être, pour les poisons narcotiques , placer au premier rang Phistoire de la ciguë aquatique par Wepfer (2) : choix judicieux des histoires particulières à rapporter, narration exacte et lumineuse des symptômes, habileté pour mettre en opposition les résultats de lautopsie cadavérique avec les faits observés , expériences faites
(1) On trouve dans la Médecine légale de Mahon , ainsi que dans l'ouvrage du docteur Fodéré, sur le même objet, un re- VASE $ DEN A RACE" ( censément général des poisons divisés en classes et en ordres. (2) Cicutæ aquaticæ historia et noxæ, à J. J. Wepféro. Basiléæ, 10679. SAT
CGASTRITE. 207 sur les animaux , marche sage pour s'élever de ces cas particuliers aux loïs générales de l’économie animale; tout, dans cet ouvrage, porte le caractère d’un ia ds heureusement né pour la médecine et propre à en reculer les limites. L'action de l'acide nitrique et celle de l'acide arsemieux ont été l objet de dissertations très-remarquables soutenues à l'Ecole de Médecine par MM. Tartra et Renault (1) : mais la Toxicologie publiée par M. Orfila (2) présente , Sur les effets des poisons ; un'ensemble de connaissances qui ne laisse rien à desirer.
314. Sans entrer ici dans des détails qui n’ apparuennent qu’à la médecine légale proprement dite, je ne puis omeitre certaines PRIE PERTE pathologiques qui peuvent éclairer cette matière. Les ouvertures nombreuses faites à la Salpétrière , et dans Jésquelles on a observé avec soin l’état de tous les viscères : prouvent que , chez des individus morts à la suite de maladies qui n’affectaient point l'estomac, la membrane muqueuse de cet organe offre souvent des taches rouges de différente étendue , et quelquefois d’une couleur assez intense pour faire soupçonner une in— flammation qui n’a cependant point existé pendant la vie : combien ne serait-on pas encore plus disposé à se faire illusion dans un cas où l’on aurait des doutes sur
(x) Essai sur l’Empoisonnement par l'acide nuque He, par À. E. Türtra. Paris, 1802.
Nouvelles expériences sur Les contre-poisons de l'arsenie« eéc., par Casimir Renault. Paris, 18or.
(2) Traité des Poisons : tirés des règnes minéral , végétal et animal ; ou, Toxicologie générale ic; par M. Orila , 2 vol. in-8°, Fes ; 1818.
308, PHLECMASIES DES MEMBRANES MUQU'EUSES.
les causes d’une mort violente! Souvent, chez les femmes adonnées aux boissons alcooliques, nous avons trouvé un grand nombre de petites ulcérations de l'estomac et des intestins , sans phlogose marquée : les fonctions digestives se faisaient encore assez bien jusqu'au moment de la mort causée par une afféction de poitrine, une apoplexie, etc. Mais quand on appelle spontanées certaines altérauons graves de lestomac , ne s’est-on pas fait une idée fausse, ou qui du moins n’est pas suflisamment établie par l'observation ? Sans causes connues, et sans qu'aucun symptôme parti culier existât pendant la vie, on a trouvé, dit-on , des points gangrenés dans les intesüns et dans l'estomac, des érosions, des perforations même de ce dernier viscère (Dissertation de M. Morin sur les Érosions de l'estomac. Paris, 1806 ) ; mais elles n'ont encore été vues que sur des sujets dunt l’histoire était meonnue , ainsi que le genre de mort. Si l'on ne doit plus lesatiribuer à la vertu corrosive des sucs gastriques , combien d’autres causes peuvent produire de pareils altérations ! l’'acüon de substances vénéneuses dont les premiers effets n’ont pas été mortels (et dans ce cas on a même vu l'ouverture faite à l’estomac bouchée par les viscères voisins auxquels elle adhérait dans son contour }; üné inflammation quelconque produite par un principe morbifique répercuté, ou par une violence extérieure ; la rupture même du viscére, qui n’est pas sans.exemple ; des vers qui ont pu être ensuite évacués ;-enfin , n'est-il pas singulier que ces perforations se soient rencontrées plusieurs fois chez de nouvelles accouchées, comme l'ont vu MM. Chaussier et Dupuytren? Sans l’histoire des phénomènes
| GASTRITE. 299 qui-ont lieu pendant la vie, l'anatomie pathologique peut-elle devenir utile à la médecine ? On voitau contraire que la description exacte des symptômes , jointe à l’autopsie, apporte dans la distinction des maladies une facilité qu'on n’aurait point osé en attendre. La gastrite et l'empoisonnement par l'acide nitrique sont deux affections qu'il n'est pas permis maintenant de confondre quand les symptômes en sont bien prononcés , comme on peut s’en assurer par la comparaison des observations suivantes. M. Quincieux ( Dis- Sertation sur la Gastrite. Paris, 1811 ) donne un exemple de gastrite dans sa plus grande simplicité : un maréchal-de-logis , venant de porter une ordonnance pressée, par une journée très-chaude , but d’un seul trait une bouteille de bière qui avait été plongée dans la glace. Vers le soir, six heures après avoir pris cette boisson , il éprouva un violent frisson ; Suivi de chaleur. Bientôt aprés, une douleur vive , une cha= leur sèche et un sentiment de tension se font sentir dans la région épigastrique ; impossibilité de conserver dans l'estomac les boissons même les plus douces (saignée répétée deux fois , lavement émollient }. Le malade éprouvait des anxiétés extrêmes et une soif ardente ; le pouls était fréquent et la respiration génée. Le quatrième jour, prostration des forces, accable= ment ; pouls petit, déprimé; frissons. Diminution subite de la douleur, face livide, hoquet et mort à onze heures du soir, le cinquième jour de la maladie. On trouva la membrane muqueuse de l'estomac trés enflammée et gangrenéé en plusieurs endroits les orifices cardiäque:et: pylorique étaient: très rouges , et l'estomac contenait une matière noirâtre , semblable:
ve
à celle que rejetaient les derniers vomissemens. M. Tartra ( Dissertation citée ), parnu ses observations nombreuses, rapporte le cas suivant d’un em poisonnement par l'acide nitrique. Une femme de quarante-cinq ans, plongée dans une misère profonde, : avala, dans un moment de désespoir, deux onces ( soixante-quatre grammes ) d'acide nitrique ; elle ne reçut d’abord aucun secours , et ce fut seulement quelques heures après qu'on la transporta à l'Hôtel- Dieu. A son arrivée, empreinte sur son visage d’une morosité sombre, état continuel d’anxiété , frissonnement général , pouls peut et presque imperceptible ; douleurs sourdes à la gorge et surtout à lestomac, dont l'intensité est augmentée au moindre contact de la région épigastrique ; nausées répétées , vomissement par intervalles (looch blanc, et pour boisson une dissolution de gomme arabique coupée avec le lait ) : la surface du corps et surtout les membres ne tardent pas à se refroidir; sueur froide et rassemblée en petites gouttes sur la face et la poitrine. Cette femme succomba environ vingt-quatre heures après son entrée à l'hôpital. À l'ouverture du corps, l'intérieur de la bouche fut remarquable par l'altération de la membrane muqueuse devenue épaisse, blanche, légérement citrme en quelques endroits , s'enlevant avec facilité et par petits lambeaux ; l'épiderme se détachait de même sur le bord libre des lèvres ; la langue, la voûte et le voile du palais eussent &té facilement dépouillés de la totalité de leur mem brane muqueuse , déjà détachée-en plusieurs parties ; on ne voyait au-dessous de cette membrane aucune altération remarquable , sinon ‘un. état de sécheresse
LIU GASTRITE, ‘ ot trés- évident. L” œsophage présenta, à l'intérieur, un. enduit grenu, en apparence graisseux, d’une belle couleur orangée , ayant une surface sèche et absolu= ment SAONE de mucosiié. Ce cylindre était-il formé par une couche albumineuse , où par le détachement de la membrane muqueuse ! ? L’estomac était fort distendu et couvert de taches noires ; 1l contenait une assez grande quantité d’un Hanidl bourbeux , jaune, floconneux et gras, dont une partie plus dense semblait attachée à la surface interne des parois de
l'estomac , et ÿ formait une couche grenue, diverse ment épaisse et d’un jaune verdâtre. À l'ouverture de Pabdomen, le péritoine, le conduit intestinal et d’autres parties offrirent une couleur dun rouge sale. 315. Quelle que soit d’ailleurs sa cause , la gastrite devient chronique et peut amener une PRRARE dé- générescence squirreuse du pylore, du cardia où de toute autre région de l'estomac ; cependant il ne faut pas regarder cette dernière maladie comme étant toujours la suite d’une inflammation : car on trouve souvent le squirre du pylore sans phlogose comme sans “ulcération. Les cas de gastrite chronique bien constatés sont assez rares. rs les cas d’ empoisonnement par l'acide nitrique , quand les malades survivent pendant un certain temps, tout le conduit alimentaire affaibli s’atrophie au point que l'estomac n’a plus que le volume d’un intestin grêle. Cependant il n'offre alors aucune trace d’ inflammation , quoiqu’ on reconinaïsse sur ses membranes 1 brebis les cicatrices 1: ont succédé aux ulcérations. |
| PU | 6 IL. Description Me dela Gastrite.
316. Prédi spositions ei causes oser Le gastrite peut être occasionnée par des contusions exercées sur l'épigastre, et par une boisson froide prise aprés un violent exercice , ou après un emportemient de colère ; elle est VEN produite par ‘une hernie,
par des Me » par l'introduction de substances
âcres dans l'estomac , par l'emploi imprudent des vomitifs ; par l’empoisonnement, et enfin par la sup pression de la goutte et de différens exanthèmes.
817. Symptômes. Cette affection est précédée où non par des.-frissons,et de la chaleur ; elle est carac= térisée, par une douleur vive ; une PEN ardente , et: un sentiment de tension et de: plénitude dans la région épigastrique ; les liquides même les plus doux sont rejetés par le vomussemert ; l'anxiété est extrême, Ja soif brûlante ,.le pouls petit et fréquent et même
inégal , la respiration génée ; l'abattement considéxable. Cette maladie parcourt ordinairement sa marche ayec beaucoup. de rapidité ; le plus:souvent elle est
mortelle et suivie de la gangrène lorsqu'elle est pot-
tée ? à.un haut, degré d'intensité, Sur: sépt exemples de
gastrite rapportés par Frédéric Hoffmann, six ont été
suivis de la mort. Un grand äccablement, ile hoquet,,
des défaillances , des convulsions , le délire , sont les -présages d’une mort prochaine. : Si inflammation est moins intense , on n éprouve souvent:que des nausées
et des vomissemens fréquens de inauérewisqueuse ; ‘la
douleur et la chaleur sont moins#ortes , et les autres foncüons sont à peine lésées, Cet état est souvent
GASTRITE 303 chronique ; il peut être accompagné de fièvre lente , et occasionner le squirre de l'estomac. Ea suppuration peut aussi succéder à la gastrite. L'ouverture cadavérique à souvent présenté des traces semblables à celles que cause l’inflammation de l’estomac, sans que les symptômes qui caractérisent la gastrite se soient manifestés. Lot ex n
S IE Traitement de la Gastrite.
318. Les moyens généraux qu'il convient d'employer contre cette affection ‘ne. différent guére de ceux qu'on.conseille contre les autres‘inflammations des membranes muqueuses. Néanmoins; comme l'es tomac est alors dans un état tel qu’il ne saurait supporter même les liquides les plus doux, on ne doit faire usage que des mucilagineux ; et en donner trèspeu à-la-fois! C'est en lavemens qu'on est souvent obligé d’administrer les médicamens. Les sédatifs ne sauraient convenir avant que la. chaleur de l'estomac “me soit considérablement diminuée , ‘et que Ja douleur et les vomissemens ne présentent une rémission notable. v AE AARRE Qi
319. Tous.les points de contact de la médécirniéavec la chimie, toutes les applications heureuses qu'on peut faire de cette dermière, soit à l'histoire des maladiés, soit à leur traitement, ont un point de vué si imposant, qu'on doit peu s'étonner que la féthodé des nettfali sans dans le traitement des poisons corrosifs ait aéquis une certaine vogue. On ne peut nier en effet qué, si une. personne.avait pris, par exemple ; ‘une cértaîne quantité d’acide nitrique , et qu’on füt appelé à temps, ilne fût utile de faire prendre des substances terréuses
et alcalines, ou bien une eau chargée de savon , de Ja magnésie , etc. ; mais l'effet de ces poisons estsi prompt et si violent, 1l importe tant d'en affablir aussitôt laction par des moyens qui se trouvent pour ainsi dire sous la main , que la méthode des adoucissans méritera tou-
‘jours la préférence, comme l'usage des boissons
aqueuses abondantes , des mucilagineux , tels que l’eau de lin, l’eau de guimauve, la dissolution de gomme arabique , le lait, etc. : il en est de même d’un empoIsonnement par bone. Mais M. Renault fait rejeter l'usage des huileux, d aprés de nombreuses expériences TES sur les animaux vivans, qui succombaient bien plus vite lorsqu'on leur donnait un poison dans du beurre ou de la graisse , que quand ils le prenaient seul
ou combiné avec toute autre substance.