Une fille âgée de trente ans, d’une forte
constitution , bien réglée et attaquée de leucorrhée depuis plusieurs mois , se refroidit subitement en plongeant ses pieds dans de l’eau froide ; aussnôt aprés suppression de l'écoulement , et diarrhée trèsconsidérable qui se continue jusqu’au milieu de la nuit; alors frissons et douleurs dans l'abdomen. Le”
deuxième et troisième jour, météorisme , douleurs
4 à te ro té a te AS fs, ins
Le
PÉRITONITE. 431 aiguës à la partie moyenne et inférieure de l’abdomen, sentiment de chaleur brülante dans cette ca-
vlté , constipation. Le quatrième , météorisme , tension abdominale , douleurs aiguës , brülantes et fixes ,
augmentant par la pression; constipation, pouls
faible, chaleur presque naturelle (orge, sirop de guimauve , bains tièdes ), Üipothymie au milieu du bain ; le soir, douleurs plus vives; la nuit, un peu de rémission et sueur comme les deux nuits précédentes. Le cinquième jour , la douleur s'étend jusqu’à l’épigastre; urine peu abondante et rejetée avec douleur (fomentation émolliente). Le sixième jour au matin, même état; le soir, augmentation des symptômes ( lavemens émolliens , infusion de fleurs de tilleul avec le sirop de guimauve ); sentiment de strangulation , froid et stupeur aux membres abdo- s minaux , pouls très-faible. Le sepuème , même état; vers le soir, exacerbation avec céphalalgie , douleur de côté , rougeur de la face, pouls moins ir : la nuit , diminution de la douleur , un peu de sommeil. Le huitième, douleur moins aiguë, constipation, ardeur d'urine; après nudi, exacerbation , quelques mouvemens convulsifs à la face, coma CE dou-
Jeurs abdominales moindres, néanmoins PATATE
douloureuse à la pression , léger sommeil ; au réveil, cessation du délire. Le neuvième, Hot modérée, pouls faible et lent , exacerbation R soir moins forte que la veille. Le ere au matn, même état; une selle à midi; légère exacerbauon le soir , no de plusieurs Hetrtes appariion des menstrues pendant la nuit. Le onzième , symptômes moins intenses ; une
selle abondante provoquée par le lavement. Le dou-
zième , augmentation du mieux être » plusieurs selles , abcès à la grande lèvre gauche'qui s'ouvre spontanément le quatorzième. Guérison complète quelques jours apres. Un homme ( Mémoire de M. Laennec ) âgé de trente-cinq ans, d’une assez forte constituüon , d’un tempérament lymphatico-sanguin , ayant contracté plusieurs fois la syphilis, éprouva pendant quelque temps un malaise habituel, des anxiétés abdominales, une tristesse vague , et des dégoûts pour les objets qu'il amat le plus auparavant. S'étant fatigué beaucoup par les médicamens qu’il avait pris pour se traiter d’une blennorrhagie et de douleurs dans l'abdomen , il commença à éprouver une douleur abdominale beaucoup plus vive, fixe, constante : des vomissemens fréquens qui cessérent au bout de
deux ou trois jours, sans que pour cela la douleur
parût s’'adoucir. Quinze jours après , faiblesse extrême, decubitus en supmation , point de céphalalgie | face pâle et un peu jaunâtre avec une légère teinte hvide dans certains endroits ; traits fort altérés et comme ürés vers le front, yeux enfoncés, conjonctive couverte d’un léger enduit jaunâtre vers l’angle interne, joués et tempes un peu caves, soif vive , inappétence sans mauvais goût à la bouche , langue blanchâtre, ‘un peu sèche, tremblante ; regards fixes , audacieux ; réponses vives, hardies ; mouvemens brusques de la tête et du cou, pendant que le tronc reste dans une immobilité parfaite ; exercice fatigant de la parole ; respiration fréquente, entièrement pectorale, composée d’une inspiration courte et d’une expiration plus
:. Jongue ; pouls fréquent , trés-petit, débile ; ventre un
peu gonflé, assez souple; douleur fixe, constante, 3
\5 0 PÉRITONITE. 433 plus intense dans l’hypochondre gauche , qui augmente considérablement par le toucher le plus léger, et est alors accompagnée de hoquet, et de légères contractions spasmodiques des muscles de la face et principalement du front ; peau chaude sans être sèche , à l'exception des-pieds ( décoction blanche, lavement -émollien! ); déjecüons de mauêéres stercorales , nausées fréquentes; envies, presque toujours vaines , d'aller à la selle, suivies de l’éjection d’une peute quantité de matières visqueuses , non sanguinolentes ; à six heures du soir, mouvement fébrile un peu plus marqué, face plus colorée, pouls plus fréquent, ‘mais plus peut ; fan un peu plus chaude et couverte d’une moiteur légère; pieds toujours froids; dans la nuit, délire, loquacité. Le seizième jour, à sept. heures se matin, état d'affaissement et de stupeur dont le malade sort difiicilement,. face toujours pâle, grippée.et couverte d’une sueur peu abondante et froide ; yeux plus affaissés que la veiile, parfois entr'ouverts, et ne laissant apercevoir que la conjonc- - tive; bouche continuellement béante ; pouls enfoncé, trés-obscur, à peine sensible de loin en loin ; abdomen moins douloureux au toucher; chaleur assez “vive, mais sèche , uniformément répandue. sur tout le tronc; membres froids et un peu moites; mort sur les neuf heures du matin. Autopsie cadavérique;: dégagement d’une petite quantité de gaz lors de l’ouverture de l'abdomen ; cavité péritonéale ‘contenant un litre et demi d’un liquide séro-purulent, d’un jaune verdâtre, demi-transparent , et troublé par des flocons jaunâtres et abondans ; tube intestinal recouvert, dans presque toute son étendue, d’une fausse
Il. 28
membrane mince, blanche-verdâtre, divisée par larges lambeaux, sous lesquels on trouve le péritoine rouge dans quelques endroits , livide où brun dans d’autres, blanc ét naturel dans quelques points; pareil phéno- ‘mène sur le péritome qui tapisse les parois antérieures ‘de l'abdomen ; couleur brune plus foncée que par- “tout ailleurs sur l’iléum , et à l'endroit correspondant à la partie des tégumens de l'abdomen où Ja pres- ‘sion était le plus douloureuse; surface externe de Jestomac peu enflammée ; si ce n’est dans quelques points, qui étaient d’un rouge brun et recouverts de fausses membranes ; membranes muqueuses et “musculeuses fort saines dans toute l’étendué du canal alimentaire ; épiploon brunâtre dans quelques en- ‘droits, et sain dans d’autres, lié au tube intestinal : “par de fausses membranes ; ulcère en apparence ‘de forme conique, à fond’ blanchâtre et à rebords lardacés, ayant son siége au bord tranchant de la “rate ; trois ulcères analogues sur le mésentère ; surface convexe du foie d’une couleur noire circonscrite ; qui pénétrait d'environ deux Los dans sa substance. |
423. Cominé une des péritonites les plus fréquentes ‘et les plus dan ééreuses est celle qui vient à la suite des ‘couches, étqurest ordinairement désignée sous le nom de fièvre puerpérale sal importe de k signaler par les -faits les moins équivoques : je choisis, dans la Dissertation de M. Gasc, une histoire de péritonite puerpérale suivie d’uné términaison funeste et de l’autopsie cada- NÉE Uñe femme âgée de-trente-deux ans, qui “avaitéprouvé beaucoup de chagrins dans sa jeunesse, ‘a un accouchement un peu läbbrienx au terme ordi-
PÉRITONITE. 435 naire; cependant écoulement régulier des lochies pendant trois jours ; le quatrième, elles se suppriment subitement sans cause connue pendant trente-six heures; point de douleur abdominale. Le cinquième jour, douleur abdominale correspondante à la région de l'utérus , mais point de tension. Le sixième jour des couches (premier jour dela maladie), tension de l’abdomen, qui augmente le soir, avec douleur lors de la pression ; point de lochies , seins affaissés, pouls fortet dur, sueur , urine nulle, respiration pénible (d'éte , douze sangsues à la vulve, eau de fleur de tilleul). Le deuxième jour, tension très-forte, pression douloureuse, hoquets, vomissemens, décubitus horizontal impossible du côté gauche , pénible du côté droit, lochies supprimées, pouls affaibli, langue sèche, soif, urine assez abondante , douleur de la tête et des membres, débilité (large vésicatoire sur l'abdomen ). Le troisième jour, tension moindre , pression toujours douloureuse, vomissemens nuls, hoquet, deux ou trois selles, pouls faible et concentré, langue plus humectée, moins de soif, sueur, urine copieuse ( on anime les vésicatoires; on applique un sinapisme à côté). Lie quatrième jour, mieux être marqué, point de hoquet ni de vomissement, possibilité dese coucher sur l’un ou l’autre côté. Le cinquième jour, ventre souple, toujours douloureux ; hoquet-par intervalles , toujours suppression des Lite , pouls serré > peu fe brile, état presque naturel des RCE re (r enouvellement des vésicatoires ). Le septième jour, ventre plus souple, moins douloureux , point de hoquets nide vomissemens. Le huitième jour , accidens un peu aug
mentés; point de lochies, point de sécrétion de lait.
456 PHLECMASIES DES MEMTRANES SÉREUSES.
Les symptômes ont diminué pendant quelques jours , ‘puis ont reparu avec assez de violence ; toujours abdomen douloureux, alternatives de vomissemens ; l’affection est devenue chronique, fièvre lente. Mort le cin- quantième jour de la maladie, Autopsie cadavérique : » épanchement, dans l'abdomen , d’une grande TUE d'un liquide purulent, jaunätre; pértoine engorgé , ‘rouge et très-épais, présentant des traces d’inflammaüon intense, plus marquées du côté gauche; intestins réunis par des concrétions albumineuses.
424. M est facile de reconnaître, dans la description de lapériionite puerpéraletracée par le docteur White, le caractère d’une fièvre alynamique compliquée avec la péritonite (1). En remontant aux causes occasion nelles de cette maladie, cet auteur cite le concours importun des parens ou des amis dans la chambre de J'accouchée, l’air chaud et non renouvelé, l'abus intérieur des liqueurs échauffantes pour favoriser le travail de l'accouchement, l’usage des boissons chaudes, la stagnation des lochies dans l'intérieur des parties génitales , les soins trop recherchés , ou, ce qui est un autre extrême, l'oubli de tous les hote de salubrité, etc. Outre le début des GUN de la fiévre déjà énoncée ci-dessus , il vient s’y joindre peu après des nausées , des vomissemens, des selles d’une odeur trèés-imfecte , la douleur , la tension et le météorisme du ventre, la difficultéde respirer, un certain désordre dans tesidées, avec des signes de congestion vers la tête, un enduit
(1) Avis aux Femmes enceintes et en couches jou Traité des moyens de prévenir et de guérir les maladies qui les affliscre dans ces deux états, etc.; traduit de l'anglais.
PÉRITONITE. : F1 45% d’abord blanchätré ‘de la langne, qui se convertit en croûte brunäire; un pouls qui, par le progres de la maladie , devient fréquent, petitet concentré; un sen üment d'oppression, la prostration des forces, la flaccidité des mamelles , quelquefois une éruption de pété chies; les déjections et l'urine finissent par être invo- Jontaires ; il survientdes sueurscolliquatives, le hoquet, des convulsionssuivies peu après de la mort. À l’ouverture des corps, on trouve, outre les traces ordinaires de l'inflammation du péritoine , des points gangreneux dans certaines parties. Tout le. monde s'accorde sur l'extrême danger de la péritonite puerpérale sormphanee de fièvre LB EDS
425. Cette inflammation du péritoine , chez les nouvelles accouchées , a été décrite, en Angleterre et en Allemagne , par des médecins célèbres, et en France, par Antoine Petit, Levret, Pujoz, Doulcet, Doublet, etc. ; mais il restait à détermmer le véritable caractère , et le siége précis de la maladie, ce qui n’a pu être éclairci que par les travaux des médecins modernes. D'après les recherches les plus multipliées d'anatomie pathologique, 1l est bien reconnu maintenant que cette affecuon , désignée sous le nom de Jievre puerpérale , n'est rien autre chose qu'une inflammation du péritoine, qui survient à la suite des couches. Je n’entrerai point dans de plus grands détails à cet égard, et je renvoie à l'ouvrage de M. Gardien ( Traité d'Accouchemens , de Maladies des Femmes , etc., 2°. édit. Paris, 1816). L'auteur, aprésavoir rapproché les opinions de ceux qui l'ont précédé, développe les caractères de la maladie simple et compliquée, et indique avec détail le traitement le plus convenable. Nullement étranger
aux derniers progrès de la physiologie et de l'anatomie pathologique, il prouve par les faits les plus constans combien sont erronées toutes ces hypothèses de méta-
stase laiteuse, etc., que quelques auteurs reproduisent encore de nos jours.
$ IL. Description générale de la Péritonite.
426. Prédispositions et causes occasionnelles. Les causes les plus ordinaires de la péritonite sont le tempérament sanguin, la pléthore, l’âge adulte, la compression des viscères abdominaux , l’intempérance, les exces dans le boire et le manger, l’abus des liqueurs alcooliques , des passions vives et violentes, la tristesse , la suppression des évacuations de sang habituelles où de la transpiration, et la rétrocession de la goutte sur l’abdomen; l’habitation de lieux malsains, humides et froids ; le passage brusque d’une température chaude à une ternpérature froide. Comme les phlegmasies des autres üssus, celle du péritoine peut être déterminée par des causes générales et communes , surtout lorsque quelques circonstances en favorisent le développement, eomme l’habitude d’avoir sans cesse le ventre et les parues inférieures éx posés à l’action de la chaleur. Il en est de même de la suppression de certaines évacuations habituelles sanguines ou séreuses , comme le flux hémorrhoïdal et menstruel, l’exhalation cutanée , la diarrhée ; la rétrocession de quelque exanthème psorique, herpétique, etc. , ou de quelque affection arthritique ; des excès d’intempérance , des pas-
sions violentes, un exercice fatigant, une immersion brusque dans l'eau froide. M. le docteur Broussais a
vu aussi les péritonites trés-fréquentes en Belgique , à
la suite des fièvres intermittentes. Mais de combien de. frivoles raisonnemens on a ensuite étayé ces faits ! et.
doit-on'admettre avec cet auteur, malgré les raisonne-
mens subuls dont 1l appuie ses opimions, que la péritonite puerpérale puisse être secondaire à la suppression du lait et des lochies , et être dûe à la métastase de ces liquides, agissant comme des irritans chimiques ?
(Voyez Dissertation sur la péritonite, 1817, présentée à la Faculté, par M. Porcheret.)
Les causes propres à développer ou à exciter la périionite, puerpérale : sont des écarts répétés de régime durant la grossesse, une constitution irritable ou pléthorique, la vie sédentsire avec l'habitude de la bonne chère, ou bien une mauvaisenourriture , la négligence des objets de propreté, les chagrins domestiques : pendant l'accouchement , un travail long et pémble, ou,
A? I A . CT” d’un autre côté, une confiance extrême inspirée par
unaccouchementtres-heureux ; apres l'accouchement,
un libre accés et des entretiens suivis avec ses proches
ou ses amis, les commotions de la joie ou une entière sécurité, des contrariétés ou des affecuons morales tristes, rendues beaucoup plus dangereuses par la sensibilité vive de l’accouchée ou son extrême susceptib1lité ; des écarts quelconques de régime, l’imprudence
de ne paint observer une diète sévére, de se. lever
trop tôt de son lit, de s’exposer à un air froid et hu-
mide , etc. Une cause. très-générale de la péritonite puerpérale dans les hôpitaux ; est la respiration d’un:
aiminsalubre et corrompu, ce qui semble la rendre
comme épidémique dans: ces anciens asiles des infir= : “
mités humaines.