‹ Nosographie philosophique, ou, La méthode de l'analyse appliquée a la médecine (volume 4)Chapitre 7 sur 67 · NÉVROSES DES SENS · texte numérisé non relu

NÉVROSES DES SENS

elle se reconnaît à la perte de la vue jointe à l'immo-ïbilité de l'iris. Richter rapporte l'histoire d'un ecclésiastique qui s'ëtant fortement mis en colère, devint tout-à-côup aveugle. Un homme âgé de trente-deu^i^ ans, menuisier de profession, d'une constitution; faible , maigre , commença à éprouver vers le ijiilie^ de mars 1799, à la suite d'une tristesse profonde , une douleur gravative aux sourcils, un dégoût général, une tension dans l'abdomen. Le 7 avril sui^ yant, trois .heures après être levé, il perdit tout-àcoup la vue des deux yeux. Les pupilles élaient assez dilatées et immobiles dans la lumière la plus vive , régulières cependant dans leur disque, et derrière el]est, le fond de l'œil paraissait d'tin beau noir. Une autrç personne dont parle Scarpa, âgée dfe quatorze ans , pâle , maigre, fut attaquée d'une péripneuinonie qui nécessita une saignée abondante. Encore conva— lescait^ ce jeûne homme se plaignait de voir peu ou point de l'œil droit , dans lequel il éprcmvak, de temp* çn temps , des douleurs fortes et profondes, ainsi que dans le sourcil correspondant; la vue diminuait de plus en plus chaque jour ; la pujMlle se ressferra, devint immobile , et au-delà on vit une tache blanchâtre qui semblait un commeDcemenI d'obscurcissement de ]a capsule. Il resta deux ans dans cet état en se servant asse^ bien de l'œil gauche : mais dès les premiers jours de septembre 1799^» la vue de ce même œil s'obscurcit presque en entier et tout-à-coup, avec cette particidarité que le matin , au réveil , le ma-^ lade ne distinguait qu'à peine le jour d'avec les4;énèbres. La pupille de l'œil gauche était très-dUatéc et immo-bile; taiidis que la pupille de l'œil droit , très-déte^

NlSyHOSlS DK LA VUE. ^^

norée ^ était immobile et resserrée. Un homme âgé de soixante ans , d'un tempérament vif et fort , fut attaqué d'une fièvre quarte opiniâtre pendant treize moia environ : malgré les secours qu'on lui porta , le rétablissement n'eut lieu que très-lentement. Passé ce terme , et n'étant pas encore parfaitement guéri ni rétabli dans sa première vigueur, il commença à voir des bandes noires devant l'œil gauche; elles allaient toujours en croissant , de manière que , dans l'espace de quinze jours , il resta entièrement privé de la faculté de voir de cet œil. Quelques médicamens furent administrés ^ et la vue revint ; mais ce mieux fut de courte durée. L'œil gauche perdait presque entièrement la faculté de voir, tantôt la recouvrait. Les pupilles étaient dilatées et immobiles ; le fond de l'œil était d'un beau noir.

3 1 . Quoique l'immobilité de l'iris soit un des caractères de l'amaurose , elle n'a cependant pas constamment lieu. On trouve en effet, dans ]es Mémoires et Observations anatomiques , physiologiques et phjr^ siques sur l'œil, par M. Janin , plusieurs observations qui le démontrent. Un enfant de sept s^ns était aveugle depuis six mois : en exposant ses yeux à une vive lumière , on remarquait que les pupilles des deux yeux avaient un diamètre égal à celui d'un œil sain qui est exposé au grand jour. Lorsqu'on interceptait avec la main lés rayons lumineux , les pupilles se dilataient , et elles se contractaient de nouveau dès qu'on retirait la main. Les yeux de cet enfant étaient en apparence beaux , et paraissaient jouir de la faculté de ' voir : cependant la plus vive clarté ne faisait aucune impression sur eux. Une femme âgée 4'environ trente

5o KETKOSES DES SENS.

. ans , raporeuse dès Fâge de la puberté , avait perdu la Tue depuis trois ans ; ses yeux paraissaient dans le m^eur état , soit par rapport à leur conformation , soit par rapport à la transparence de leurs corps diaphanes et de l'humeur aqueuse , soit même par rapport aux mouvemens de l'iris : en exposant ses yeux aux rayons du soleil , la malade n'éprouvait aucunement la différence qui se trouve entre le jour le plus éclatant et la nuit la plus profonde ; l'iris avait conservé la faculté de se mouvoir aux différens degrés de la lumière ; les pupilles se rétrécissaient au grand jour et s'élargissaient à une faible lueur.

S IL Description générale des NeWosesde la vue.

Berlue,

32. Prédispositions et causes occasionnelles. Les plus ordinaires sont une expo^tion à l'ardeur du soleil , un voyage fait en été , comme cela est arrivé à Boerhaave , une impulsion plus violente du sang vers la tête, un état pléthorique , la suppression du flux hémorrhoïdal, surtout si la rétine a été d'ailleurs affaiblie par l'habitude de là lecture, de l'écriture , ou d'une suite d'observations faites aju microscope.

33. Symptômes. On croit voir im objet qui ne frappe point le sens de la vue , tels que des guêpes , des mouches, ou d'autres insectes qui semblent voler dans l'air ; quelquefois aussi une sorte de réseau.

Diphpie.

^ 34. Prédispositions et causes occasionnelles. Tel» $ont l'ivresse, l'usage delà jusquiame ou de la ciguë , une frayeur assez irive , une contusion sur la tête, etc.

rcÉVROSES' t>îî Î.A VUE. S|

55, Symptômes. On voit double, ou plusieurs foig répété , un objet qui est simple.

Héméràlopie.

56. Prédispositions et causes occasionnelles. L'héméralopie ou la vue diurne attaque plus particulièrement da^s l'îlge avancé ; elle est souvent la suite de l'immobilité de la pupille , de la diminution qu'éprouve la sensibilité de la rétine ou dé la pupille ellemême , accidens qui peuvent être produits par des excès d'étude, par l'habitude de regarder des objeu menus très-éclairés.

37. A>w/7^u/?ies?*Ondistingue facilement les objeu à la grande lumière ; mais la vue devient confuse à mesure que le soleil se couche sous l'horizon : ses fonctions sont enfin suspendues jusqu'à ce que cet astre répande de nouveau sa lumière.

^. Nyctalopie.

38. Prédispositions et causes occasionnelles. I41 nyctalopie nerveuse reconnaît pour cause une extrême sensibilité de la rétine, laquelle est souvent le résultat de l'habitation prolongée dans un lieu obscur.

5g, Symptômes. On distingue facilement les objets à une faible lumière ou dans les ténèbres; mais on n« saurait le faire à une trop grande lumière.

AmaoTose.

40. PrédisposiUons et causes occasionnelles. Les plus fréquentes sont l'action dçs narcotiques, des chagrins profonds , des veilles opiniâtres , des études poursuivies sans relâche , Timpression contiuue d'une

3a N£VK0S£9 DES SENS.

lumière trop vive , une impression violente de ùmd, des emportemens de colère , des bains très-cbauds ^ uii état pléthorique ^ la suppression d'une hémoriiiagie babituelle^ la suite d'une fièvre continue ou intermittente , l'afiection hystérique , des blessures quelquefois très-légères dans les sourcib ou au-dessus des orbites , des coups et des chutes sur ,1a tête p l'abus des plaisirs vénériens, etc.

4i • Symptômes» Les signes précurseurs sont quelquefois des douleurs de tête, des vertiges, un état d'engourdissement , un tintement d'oreille ; d'autres fois , l'invasion est brusque. L'amaurose consiste dans ime abolition de la vue sans vice manifeste ; elle est le plus ordinprement accompagnée de la dilatation et de l'immobilité de la pupille et d'une sorte dé rétraction de l'anneau de l'iris. Elle peut être imparfaite ou parfaite : dans ce dernier cas , on ne peut distinguer la lumière des ténèbres. Cette névrose est continue ; quelquefois elle est périodique , comme dans l'hypo-* çhondrie et l'hystérie ; elle est souvent incurable.

§ m. Traitement des Névroses de la vue.

42. A-t-on à combattre Vkémérahpie, les moyens? qu'il confient d'administrer sont à-peu-près les mêmes que ceux qu'on recommande contre l'amaurose im-* parfaite. Le vomissement , la rubéfaction de la nuque ^ les vapeurs de carbonate d'ammoniaque dirigées vers la conjonctive , le quinquina uni à la valériane , sont les moyens le plus utilement mis en usage. Dans le cas où cette maladie est l'effet de la pléthore ou de la suppression de la transpiration , les saignées et les

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sudorifiques sont plus particulièrement indiqués. Scarpa est parvenu à guérir , avec cette méthode , trois sujets affectés de vue diurne. On conçoit facilement quel traitement il convient d'employer lorsque la nyo talopiee&% occasionnée parune sensibilité excessive de la rétine. C'est effectivement dans ce cas que l'application d'une solution d'opium sur la conjonctive peut être utile : ce n'est que progressivement qu'il faut passer de l'obscurité au grand jour. Si la vue nocturne est le symptôme d'une inflammation de l'œil y on aura recours à la saignée locale , au collyre émoUient : le malade habitera dans un lieu peu ou point éclairé. Lorsque la berlue provient dé l'exposition à l'ardeur du soleil , etc. ^ on fait pratiquer des lotions d'eau froide sut la tête et les yeux ^ et on y joint l'usage des bains tièdes pour favoriser la circulation dans toutd riiabitude du corps. Lorsque? cette affection est symptomatique.^ le traitement doit être subordonné à la maladie principale ; enfin ^ lorsqu'elle est occasionnée par un état pléthorique , on prescrira un régime rigoureux , des boissons délayantes , et on tâchera de ramener Je fluxhémorrhoïdal ou tout autre écoulement qui aura été supprimé. L'art retire souvent un grand avan^ge du vomissement , dans le traitement de l'amaurose;et pawni lesémétiques, l'expérience désigne le tartratede potasse antimonié comme le moyen à préférer : elle prouve que ce médicament , donné ensuite à petites doses répétées , est aussi très-utile comme nauséabond et comme altérant. Quelquefois ,. le jour même où on a provoqué le vomissement , le malade commence à distingi^er les contours de quelques corps qu'on lui pr&ente j d'autres fois il n'éprouve cet avanlîi. * 3

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