A DEUX BEAUX YEUX
Si vous étiez ici, vous dont je rêve encore Sous le Tropique au large ciel,
Mon regret du pays où vibre l'Oc sonore Ne serait pas aussi cruel.
Car vous avez la grâce et la souplesse frêles
D'un jeune saule aérien Qui balance des chants et des battements d'ailes
Dans le soleil languedocien ;
Car vous portez en vous la gaîté de la terre Où fermente le sang du vin.
Et l'écho de son ciel frissonnant de lumière Qu'enivre le laurier divin ;
Car vos yeux ont gardé dans leurs miroirs fidèles
Le reflet des soirs éblouis Où chantent dans la paix des routes éternelles
Les grands chênes épanouis.
Toulouse a vu ses lys et ses claires jacinthes
Fleurir votre jeune beauté Et votre fraiche voix se souvient des complaintes
Qui traversent ses nuits d'été.
Chaque jour vous feriez sur les routes nouvelles
Revivre le rêve effacé Et je verrais revivre au lac de vos prunelles
Les pavsages du Passé...
Et puis nous serions deux pour songer à la ville D'où l'on voit en passant les ponts,
Sur le miroitement d'un beau fleuve tranquille, Les pics étincelants des monts.