AU JARDIN DU LUXEMBOURG
Ile pleine d'oiseaux, de branches, de corolles
Dans l'océan noir de Paris, Luxembourg où le soir, au sortir des écoles,
Nous menions nos rêves fleuris.
Quand sous tes marronniers s'étendent les ombrages Et les profondeurs d'un sous-bois,
Que les reines de France au bord de tes feuillages Semblent sourire à l'Autrefois,
Des garçonnets jolis comme des oiseaux frêles
Sur ton bassin lancent le soir Des bateaux ingénus où frissonnent les ailes
Merveilleuses d'un jeune espoir.
Quand l'automne sanglant traîne ses fauves moires
Sur les roses de tes bosquets.
De beaux ramiers rêveurs dans tes ramures noires
Imitent de sombres bouquets.
Au Jardin du Luxembourg. 91
Puis, au mois où du songe éternel des statues
La neige épouse la blancheur.
Ton allée où les voix des feuilles se sont tues
Se fait plus douce au promeneur
Dont le cœur tourmenté par l'angoisse des villes
Éprouve en ton grave décor Le solennel regret des campagnes tranquilles
Où flotte l'odeur du bois mort... .
Luxembourg ! tu fus cher à mes beaux jours d'Europe :
J'ai médité de tendres vers Au bord de ta fontaine où l'œil du noir Cyclope
Voit les platanes à l'envers.
Sous la chanson d'un arbre aux branches vigoureuses Qu'aux printemps derniers tu berçais.
J'ai retrouvé l'odeur des provinces heureuses Qui parfument le ciel français.
Et parfois, le cœur plein d'une indicible peine Dans l'or de tes soleils de Mai,
J'ai cru, parmi tes fleurs, respirer une haleine De mon île au souffle embaumé !