CHAPITRE VII
L’Empire, c’est la paix. — La chute du second Empire. — L’invasion. — Sedan. — Metz, condamnation du maréchal Bazaine. — L’incendie des Tuileries. — Le second siège de Paris. — Thiers premier. — La Constitution de 1876. — La troisième République, la persécution religieuse.
Voici des vers qui ne sont pas très flatteurs pour le dernier des Napoléon :
Du nom qui onque ne fut au Roy Gaulois Jamais ne fut un foudre si craintif :
Tremblant l’Italie, l’Espagne et les Anglais,
De femme estrangiers grandement attentif.
Cent. IV, Quatr. 54.
Du nom de Napoléon, qui avant n'avait jamais été porté par un roi de la Gaule, il n’y eut pas un foudre de guerre aussi craintif. 11 tremblera de mécontenter l’Italie, l’Espagne ou
les Anglais, et laissera influencer sa politique par des femmes, agents de l’étranger.
L’Empire, c’est la paix. Nostradamus ne croit pas à cette belle déclaration. Il n’eut peut-être pas tort et se montra plus avisé que les contemporains :
Souz un la paix par tour sera clamée.
Mais non longtemps, pillé, et rébellion,
Par refus ville, terre, et mer entamee,
Morts et captifs le tiers d’un million.
Cent. I, yuatr. 92.
Sous son règne, on ne parlera que de paix, mais elle ne durera pas longtemps. Il y aura des rébellions, des batailles sur terre et sur mer, au point que, tant morts que captifs, seront plus du tiers d’un million.
Sur la catastrophe finale du second Empire, nous avons relevé un certain nombre de quatrains, dont quelques-uns sont excessivement remarquables par la précision des détails qu’ils donnent. Sous le titre :
« Autres quatrains cy-devant imprimez sous la Centurie huictième. »
nous lisons dans l’édition donnée en j 6 o 5 ;
Las quel désir ont Princes estrangers !
Garde-toy bien qu’en ton païs ne vienne,
Il y auroit de terribles dangers En maints contrées, mesme en la Vienne.
Quatr. 6.
On sait combien le luxe et la richesse de l’Exposition de 1867 créèrent d’envie parmi les souverains étrangers venus à Paris, entre lesquels le roi de Prusse et son ministre Bismarck. En 1870, ils sont revenus, et il y a eu du danger dans de nombreuses contrées de la France. Mais, comme le dit l’oracle, les Allemands se sont arrêtés sur les bords de la Vienne, dans le département de ce nom.
Tous ceux de lier ne seront dans la Moselle.
Mettant à mort tous ceux de Loire et Seine :
Le cours marin viendra près d’haute velle,
Quand Espagnols ouvrira toute veine.
Cent. I, Quatr. 89.
Tous les Allemands (habitants des bords de Piller) seront dans la Moselle, mettant à mort les Français (ceux de Loire et Seine). La tempête (le cours marin) viendra autour delà haute ville, Paris, quand l’affaire de la candidature Hohenzollern au trône d’Espagne aura déchaîné cet orage.
NCHSTUADAMUS, SES PROPHETIES
Les deux vers suivants indiquent clairement où finira l’Empire :
Le Grand Empire sera tost désolé
Et translaté près d’arduenne silve.
Cent. V, Quatr. 45.
L’Empire sera fini quand l’Empereur se sera transporté avec son armée près de la forêt des Ardennes.
Grand meurtre humain : prince du grand neveu
Morts d’espectacles eschappé l’orgueilleux.
Il y aura là grande bataille : l’orgueilleux neveu du grand (Napoléon) sera pris, il capitulera pour échapper au spectacle des morts.
Dedans le coing de Luna viendra rendre
Où sera prins et mis en terre estrange
Les fruicts immeurs seront à grand esclandre
Grand vitupéré, à l’un grande louange.
Cent. IX, Quatr. 65.
Il viendra se rendre dans le coin de Luna (?), où il sera pris et transporté en terre étrangère. Les vainqueurs eux-mêmes seront les premiers surpris des fruits prématurés de leurs victoires. Grande colère contre l’Empereur et grande louange au roi Guillaume.
Voici le quatrain le plus curieux, sur ce sujet. Pour l'expliquer complètement il faut faire une métathèse de lettres:
Par le décidé de deux choses bastards,
Nepveu du sang occupera le régné,
Dedans lectoyre seront les coups de dards,
Nepveu par peur pliera l’enseigne.
Cent. VIII, Quatr. 43.
A la suite de deux révolutions, le neveu du sang Napoléonien occupera le trône. Il y aura une grande bataille dedans lectoyre, et le neveu par peur pliera l’enseigne.
Dedans lectoyre ne signifie rien, mais si I on prend les quatorze lettres qui composent ces deux mots on obtient: Sedan le decroyt, c’est-àdire : Sedan le dépose.
Terminons ces prédictions, relatives au second Empire, par deux quatrains qui ont trait à la capitulation de Metz:
La garde estrange trahira forteresse,
Espoir et umbre de plus hault mariage :
Garde deçeu fort prinse dans la presse,
Loyre, Saône, Rhône, Gar, à mort oultrage,
Cent. II, Quatr. 25.
Le défenseur de la forteresse trahira son devoir, en poursuivant Tespoir et l’ombre d’une
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plus haute situation; il sera déçu, et la forteresse sera prise. Alors à ceux de la Loire, delà Saône, du Rhône, de la Garonne, c’est-à-dire à ceux de France, il sera fait outrage mortel.
La prédiction suivante est surprenante par sa précision. C’est un des plus remarquables quatrains des Centuries de Nostradamus.
Au déserteur de la grande forteresse,
Après qu’aura son lieu abandonné,
Son adversaire fera grand prouêsse,
L’empereur tost mort sera condamné.
Cent. IV, Quatr. 60 .
Quand le traître de la grande forteresse, Bazaine, aura livré Metz et son armée, les Allemands pourront ramener leurs troupes dans l’intérieur de la France où ils feront grandes prouesses. Aussitôtaprès la mort de l’Empereur, Bazaine, mis en jugement, sera condamné par le conseil de guerre réuni à Trianon et présidé par le duc d’Aumale.
L’Empereur Napoléon III est mort le 9 janvier 1873, Bazaine a été condamné le 10 décembre de la même année.
Il est difficile d’être plus précis en écrivant trois cent dix-huit ans avant les événements.
Il eût été bien extraordinaire, étant donné tout ce que nous venons de voir, que la commune de Paris, en 1871, échappât aux calculs astrologiques et aux travaux magiques de Michel de Nostredame.
Nous avons relevé plusieurs quatrains qui, de toute évidence, se rapportent à cette malheureuse époque. Ils ont été généralement très mal expliqués par les commentateurs précédents. Si nous les comprenons mieux aujourd’hui, c’est surtout parce que les événements sont passés et que les faits viennent éclairer les prédictions. Il était difficile, avant 1870, d’expliquer le quatrain suivant, dont le dernier vers prête encore à l'équivoque :
De feu celeste au Royal édifice,
Quand la lumière de Mars défaillira,
Sept mois grand guerre, mort gens de maléfice.
Rotian, Evreux au roi ne faillira.
Cent. IV, Quatr. tOO.
Une grande guerre malheureuse qui durera sept mois, juillet 1870 à février 1871, fera défaillir la gloire des Napoléon, de Mars, génie de la guerre; des gens serviteurs du mauvais (de maléfice) mourront, et le feu détruira les Tuilç-
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ries (le royal édifice) Le dernier vers semble indiquer que la Normandie, ou mieux toute la France, en dehors des grandes villes, voudra rétablir la royauté en envoyant une majorité monarchique à l'Assemblée nationale.
La strophe suivante est très claire et n’a pas besoin d’être longuement expliquée; Nostradamus ne pouvait mieux définir le second siège de Paris et la répression sévère dont il fut suivi.
Grande cité à soldats abandonnée,
On n’y eu mortel tumult si proche :
O qu’elle hideuse mortalité s’approche,
Fors une offense n’y sera pardonnee.
Cent. VI, Quatr. 96.
On peut certainement appliquer à la même époque la prédiction ci-dessous :
La grande cité sera bien desolee,
Des habitans un seul n’y demeurera Mur, sexe, temple et vierge violee,
Par fer, feu, peste, canon, peuple mourra.
Cent. III, Quatr. 84.
Sans prendre tous les termes de ces deux prédictions à la lettre, on ne peut s’empêcher de
reconnaître que, dans leur ensemble, elles s'appliquent admirablement aux événements du second siège de Paris.
Mais, voici certainement l’un des plus curieux quatrains de Nostradamus. 11 a été bien à tort appliqué à la Convention, puisque la destruction du palais des Tuileries n’a eu lieu qu’en
Le tiers premier pis que fît Néron
Vuidez vaillant que sang humain respandre;
R’edifîer fera le forneron
Siècle d’or mort, nouveau Roy grâd esclandre.
Cent. IX, Quatr. 17.
Lorsque Thiers sera le premier, le chef du Pouvoir exécutif, il y aura un incendie à Paris pire que celui de Rome sous Néron. Voyez combien de vaillant sang humain sera répandu. Après, il viendra un nouveau Roi qui fera rebâtir le palais des Tuileries, — le forneron construit en 1564 sur l’emplacement des fours à tuiles ; — il mettra fin au grand scandale du règne de l'argent (siècle d'or) et de la domination juive, qui ont gouverné la fin du dix-neuvième siècle et le commencement du vingtième.
KÛSTAA&AMÜS, SES PROPHETIES
Le quatrain suivant s’applique, je crois, au vote de la constitution républicaine qui régit la France depuis trente-neuf ans bientôt.
Quand la lictière du tourbillon versee,
Et seront faces de leurs manteaux couvers,
La république par gens nouveaux vexee,
Lors blancs et rouges jugeront à l’envers»
Cent. I, Quatr. 3.
Quand le tourbillon révolutionnaire aura fait verser la litière du gouvernement impérial, la République sera tiraillée, ballottée (du latin vexatus) par gens, nouveaux venus aux affaires, qui intrigueront sous le manteau, en dissimulant leurs ambitions personnelles (seront faces de leurs manteaux couverts).
Alors les blancs, les royalistes, et les rouges, les républicains, jugeront les choses à l’envers. Les premiers voteront une constitution républicaine, avec l’espoir de faire plus tard la monarchie; et les républicains seront opposés à ces lois constitutionnelles qui, par la suite, assureront leur domination.
Nostradamus va nous dire son opinion sur cette troisième république, faite par les royalis-
tes malgré les républicains, et nous montrer ce que ceux-ci sauront en tirer :
De terre foible et pauvre parentele,
Par bout et paix parviendra dans l’Empire Long temps regner une jeune femelle Qu’oncques en régné n’en survint un si pire.
Cent. III, Quair. 28.
Une jeune femelle, c’est-à-dire une République bien faible à sa naissance, remplacera le second Empire. Après avoir chassé ceux qui l’auront établie (par bout, abréviation de bouter dehors) elle durera longtemps, en maintenant à tout prix la paix, en avilissant la France. Jamais il n’y eut gouvernement plus mauvais et plus funeste, en un mot « si pire».
En effet :
Persecutee sera de Dieu l'Eglise,
Et les saincts Temples seront expoliez.
L’enfant la mere mettra nud en chemise,
Seront Arabes aux Pollons ralliez.
Cent. V, Quatr. 73.
L’Église de Dieu sera persécutée, les saints temples seront spoliés et pillés, lors des inventaires. La France, fille aînée de l’Église, dépouillera complètement sa mère par la loi de séparation des Églises et de l’État. Les républicains se conduiront comme des Arabes pillards.