LA RÉVOLUTION ITALIENNE ET L’ÉGLISE
Les Républiques latines en Europe. — La Révolution à Rome.
— Le Pouvoir temporel du Pape. — Ruine de Rome. — Persécutions sanglantes. — Le Saint-Siège hors de Rome.
— Les malheurs de la Sainte Église. — Élection d'un pape romain.
Jusqu’ici, nous avons envisagé le passé. Les faits accomplis ont servi à expliquer les quatrains qui pouvaient leur être appliqués. Pour l’avenir, la tâche devient beaucoup plus difficile, et le résultat des recherches demeure toujours très incertain. Comment, à défaut d’indications certaines, reconnaître à quelle époque s’accompliront les événements annoncés par Nostradamus?
Toutefois, en montrant combien la clairvoyance de l’auteur des centuries avait été exacte pour certains faits consommés, nous
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avons, par cela même, établi la réalité de ses facultés divinatrices. Par conséquent, nous pouvons supposer qu’il a vu aussi juste pour les événements qui ne se sont pas encore produits.
Nous allons passer en revue quelques-unes des prédictions qui se rapportent, croyons-nous, à un avenir plus ou moins prochain, sans, cependant, on le comprend facilement, avoir la prétention d’être plus précis que Fauteur ne Fa été lui-même. Il est probable, certain même, que je commettrai des erreurs d’interprétalion et que je réunirai des prédictions concernant peut-être des époques très différentes les unes des autres. Je ne fais pas une œuvre définitive, et, dans ces matières, chacun est libre d’avoir une interprétation particulière. Je donne la mienne à titre de curiosité, sans y attacher plus d’importance qu’elle n’en mérite. Je note les textes tels que je les ai lus, et rien de plus, en n’affirmant qu’une seule chose : leur existence.
Ces réserves faites, voici un passage curieux; il est tiré de YEpître à Henry II :
« La Dame sterille de plus grande puissance que la seconde sera receüe par deux peuples, par le premier obstiné par celuy qui a eu puissance sur tous, par le deuxiesme et par le tiers qui estêdra ses forces vers le circuit de FOriêt de l’Europe auxpannons Fa profligé et succôbé et
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par voile marine fera ses extensions à la lrinacrie Adriatique par Mirmidons et Germaniques du tout succombé. »
Ce que l’on peut traduire : La République (dame stérile, parce que cette forme de gouvernement n’est pas basée sur l’hérédité), de 1870, de plus grande puissance que celle de 1848 (la seconde), établie en France, sera, en outre, reçue par deux autres peuples latins. Par le peuple Romain (le premier obstiné qui a eu puissance sur tous) obstiné à reconquérir sa situation prépondérante, par le peuple espagnol et portugais (le deuxième et le tiers), nations latines. Cette république italienne voudra étendre ses forces vers l’Orient de l’Europe, mais elle se heurtera à F Autriche-Hongrie (Pannonie) et, là, elle succombera sous les forces réunies des Germains et des Grecs (Myrmidons).
Sur cette révolution romaine, qui amènera pour un temps la république en Italie, Nostradamus s’étend dans de nombreuses prédictions. Il voit surtout les malheurs de l’Église et de son chef vénéré, le Pape. Sous ce rapport, la révolution est commencée depuis longtemps, et nous en avons vu les premières phases; mais c'est au
moment ou elle renversera la monarchie usurpatrice de Rome, pour établir la République à sa place, que les sectes, momentanément triomphantes, déploieront leurs instincts destructeurs et sanguinaires.
Toutes les prédictions s’accordent pour dépeindre cette révolution italienne comme plus terrible que la Terreur française de 1793. Nostradamus, qui a parlé des deux, appelle la seconde : la libitine (<libitina : la déesse de la mort).
Bien près du Tymbre presse la Libitine,
Un peu devant grande inondation :
Le chef du nef prins, mis à la sentine,
Chasteau, palais en conflagration.
Cent. II, Quatr. 93.
La mort, la révolution, se pressent sur les bords du Tibre, un peu avant, ou un peu après — les deux sens sont possibles — grande inondation. Si le Pape, le chef du navire, de la barque de Pierre, n’a pas fui et est pris, il sera mis à fond de cale. Le château et le palais seront en feu. Ce qui veut dire que le roi ne sera pas davantage épargné.