CHAPITRE III
Soixante-treize années de Révolution. — Le nouveau Roi. — Il viendra de Belgique. — Thrasybule. — Intervention de TÉglise. — Le cardinal de France. — Prince de Vendôme et « le Lorrain ». —M. Poincaré. — Grande guerre. Chute de l’école maison de République. — Quatrains sur le Saint-Siège. — Prédiction extraite du Liber Mirabilis.
Dans l’Épître sibylline qu'il adresse à Henry II, Nostradamus écrit :
« Et sera au moys d’octobre que quelque grâde translatiô sera faite, et telle que l’on cuidera la pesanteur de la terre avoir perdu son naturel mouvement, et estre abimee en perpétuelles tenebres, seront precedens au têps vernal, et s’ensuyvant apres d’extremes châgemens, permutations de régnés, par grand tremblement de terre, avec pullulation de la neufve Babylonne, 011 e misérable augmentée par l’abomination du premier holocauste, et ne tiendra
tant seulement septante trois ans sept moys. »
Pour bien comprendre ce passage, fort intéressant et curieux, il est nécessaire de rétablir l’ordre normal des phrases, ainsi : Au printemps (temps vernal) il y aura une révolution qui sera le début (s’ensuivant après) d’extrêmes changements et permutalions de gouvernements (de règnes), et tout cela se terminera au mois d’octobre, après soixante-treize ans et sept mois, où une translation plus grande et plus extraordinaire sera faite. Pendant ce temps, la seconde révolution (Babylone), fille misérable de la première, pullulera.
Avant d’interpréter plus clairement cette prédiction, complétons-la par le quatrain suivant, qui vient l’éclairer, tout en indiquant la même période. Il se trouve dans la première partie des centuries, qui date do i 555 , alors que YÉpitre à Henry 11 , placée en tête de la seconde partie, est de i 558 :
La dechassce au rogne tournera,
Ses ennemis trouvez des conjurez :
Plus que jamais son temps triomphera Trois et septante à mort trop asseurez.
Cent. VI, Quatr. 74.
La Révolution, qui avait été chassée une première fois par la Restauration de la monarchie légitime, reviendra de nouveau au pouvoir. Ses
ennemis seront appelés des conspirateurs. Son triomphe mortel sera plus long et durera malheureusement soixante-treize ans.
Si, maintenant, nous reprenons, pour l’interpréter, le passage de ÏÉpitre à Henry //, nous trouvons :
La Révolution faite à la fin de février 1848 (temps vernal) sera suivie d'extrêmes changements et permutations de gouvernements, république, empire, république, guerre de 1870, etc., etc. Pendant ce temps, les sectes anarchiques, filles misérables de la première Révolution, et de l’Holocauste sanglantde 1793, pulluleront. Mais, après soixante-treize ans et sept mois de cette malheureuse domination, il y aura, au mois d’octobre, un nouveau changement extraordinaire qui remettra tout en ordre et chacun à sa place.
Or, si à février 1848 on ajoute soixante-treize ans et sept mois, on obtient octobre 1921.
Pour savoir ce qui arrivera à cette date mémorable, d’après Nostradamus, reprenons la citation de YÉpître à Henry //, là où nous l’avons interrompue :
« Puis après en sortira du tige celle qui avoit demeuré tant long temps stérille, procédât du cinquâtiesme degré, qui renouvellera toute l’Eglise chrestienne. Et sera faicte grande paix, union et côcorde entre uns des enfants des tronts esgarez, et séparez par divers régnés et sera faicte telle paix que demeurera attaché au plus profond baratre le suscitateur et promoteur de la martiale faction par la diversité des religieux, et sera uny le Royaume du Rabieux qui côtrefera le sage. »
Alors, un jeune chef sortira delà famille qui était demeurée longtemps stérile, au point de vue politique; il viendra du cinquantième degré de latitude nord, c'est-à-dire de Bruxelles (5o° 5i L. N.) et remettra l’Eglise catholique dans la situation prépondérante qu’elle doit occuper. Il y aura union et grande paix entre tous ses enfants, qui s’étaient laissé égarer et séparer parles différents partis politiques; et Satan, le suscitateur et promoteur de la Franc-Maçonnerie, faction de guerre religieuse, sera lié au plus profond de l enfer (. Baratlirum ). Et la France, royaume du furieux qui contrefera le sage, c’est-à-dire royaume qui s’était cru très sage en se livrant aux fureurs révolutionnaires, restera unie à la race antique de ses rois.
°240 NOSTRADÀMUS, SES PROPHETIES
Le quatrain suivant se rapporte probablement au même énigmatique personnage qui, venant de Belgique, sera reçu avec grande joie et beaucoup d'honneurs :
Celuy qu’aura tant d’honneur et caresse A son entree de la Gaule Belgique Un temps apres fera tant de rudesses Et sera contre à la fleur tant bellique.
Cent. VI, Quatr. 83.
Le passage ci-dessous de YÉpttre à Henry II paraît aussi pouvoir être appliqué aux mêmes événements :
« Jusques à ce que naistra d’un rameau de la stérile de long temps, qui délivrera le peuple univers de cette certitude bénigne et volontaire... Et sera le chef et gouverneur jetlé du milieu et rnis au lieu de l'air, ignorant la conspiration des conjurateurs, avec le second Trasibulus, qui de long temps aura manié tout cecy. »
Et la persécution contre l'Église durera jusqu'à ce qu’un chef, descendant d’une branche qui n’en a pas fourni depuis longtemps, délivre les catholiques (le peuple univers, ou universel) de la servitude où ils se seront laissé enchaîner par bonté et manque de volonté. Le chef et gouverneur sera rejeté du pouvoir où l’avait placé la Secte;
il sera surpris ignorant la conspiration tramée contre lui avec le second Thrasybule qui aura longuement préparé la chose.
Quel est ce nouveau personnage qui doit ramener le jeune chef, né d’un rameau de la race demeurée depuis longtemps stérile? L’histoire seule le dira.
On sait que le premier Thrasybule est un homme d’Etat athénien, mort 390 ans avant J.-C. Proscrit, il rentra dans Athènes en 4o3, à la tête des conjurés et rétablit un gouvernement national. Il rappela les bannis, parmi lesquels l’historien Thucydide, et remit en vigueur la constitution de Solon L
Dans le quatrain suivant, Nostradamus paraît vouloir indiquer que si ce jeune prince, né d’un rameau depuis longtemps stérile, doit rendre la paix à l’Église et devenir le grand Celtique, allié du Pasteur angélique, il ne fera que payer une dette de reconnaissance. Son retour, en effet, aura été l’œuvre de prêtres et de hauts dignitaires de l’Église.
1. Conf. Chronologie universelle de Ch. Dreyss, cinquième siècle avant J.-C., années 404 et 403.
24 î NOSTRADAMUS, SK» PROPHETIES
Fleuve qu’esprouvc le nouveau nay Celtique,
Sera en grande de l’Empire discordes Le jeune prince par gent ecclesiastique Ostera le sceptre coronal de concorde.
Cent. VI, Quatr. 3.
Le premier vers est assez énigmatique, d’autant que le quatrième quatrain de la même centurie, qui vient immédiatement après, débute ainsi :
La Celtique fleuve changera de rivage.
Quoi qu'il en soit, on peut commenter le troisième quatrain de la manière suivante:
Sur les bords du fleuve où viendra le nouveau descendant celtique, il y aura de grandes discordes pour le Pouvoir. Lejeune prince, ramené et soutenu par l’Église, rétablira la concorde, c’est-à-dire mettra tous les concurrents d’accord en prenant pour lui le sceptre et la couronne.
Le quatrain suivant vient encore confirmer le rôle prépondérant joué par l’Église dans le rétablissement du pouvoir pacificateur, qui mettra fin à toutes les persécutions et restaurera tout ce que les révolutions ont détruit.
Dedans Monech le coq sera receu,
Le Cardinal de France apparoistra Par Logation Romain sera deceu,
Faiblesse à l'Aigle, eWorce au Coq naistra.
Cent. VIII, Quatr 4.
Quand l'Aigle, du second Empire, tombera de faiblesse, la force viendra au coq républicain. La République, le coq, sera même reçu dans les monastères (. Monachiwn ), — comme on l’a malheureusement vu à l’époque du ralliement dont la néfaste campagne a été surtout menée par les Religieux, les Assomptionnistes, les Jésuites, etc., etc. — Mais le Saint-Siège sera déçu dans les espérances qu’il avait fondées sur cette politique. Alors, il apparaîtra, en France, un cardinal qui recevra le mandat de conduire autrement les choses.
Voici un certain nombre de curieux quatrains qui prédisent une lutte contre un personnage lorrain. Ils puisent une actualité relative dans le fait que M. Poincaré, président de la République, est originaire de ce pays et était sénateur de la Meuse lorsqu’il parvint à la première charge de l’État. Nous avons cru intéressant de les rassembler ici, sans cependant que nous ayons la prétention de les expliquer clairement. Les événements s'en chargeront peut-être.
L’ensevely sortira du tombeau Fera de chaipes lie le fort du pont :
Empoisonné avec œufs de Barbeau,
Grand de Lorraine par le marquis du Pont,
Cent. VII, Quatr, 24.
244 NOSTRÀDAMUS, SES PROPHETIES
Si le.premier vers n'est pas line allusion très nette à un fait qui doit arriver, on peut l’appliquer comme une périphase pour désigner le prince, né d’un rameau depuis longtemps stérile, dont il a été parlé plus haut. Le fort du pont et le marquis du pont sont un ou deux personnages énigmatiques. Empoisonné avec œufs de Barbeau ne doit pas être pris à la lettre, mais signifie probablement que le grand de Lorraine verra détruire son pouvoir à la suite d'actes commis par des étrangers (œufs de Barbeau :
Barbari , les étrangers). C’est-à-dire que son gouvernement sera la victime d’actes commis par des alliés étrangers, comme, par exemple, les Francs-Maçons de la Révolution italienne, la libitine.
Le rang Lorrain fera place à Vendosme,
Le haut mis bas et le bas mis en haut,
Le fils de Mamon sera esleu dans Rome,
Et les deux grands seront mis en défaut.
Cent. X, Quatr. 18.
Le Chef des Sectes, le fils du Diable, sera élu à Rome par la libitine, à la suite d une révolution qui mettra en haut ce qui était en bas et réciproquement. Mais, alors, en France, le Lorrain, qui occupait le premier rang, fera place à Vendôme. Et les deux grands, la République fran-
çaise et la République italienne verront leur règne se terminer (seront mis en défaut).
Des commentateurs modernes, parmi lesquels M. Anatole Le Pelletier, ont cru devoir appliquer cette prophétie à Henri IV qui devient, sous leur plume, le fils de Mamon, on ne sait trop pourquoi. Pas plus qu'on ne peut expliquer comment le rang Lorrain aurait fait place à Vendôme, attendu que celui-ci était l'héritier légitime des Valois.
Il s'agit donc, en réalité, d'un prince de Vendôme, descendant de Henri IV, et non de ce roi lui-même. Quel sera ce chef ? C'est toujours la môme énigme qui se pose.
Si nous prenons la phrase suivante, caractéristique du président actuel de la République :
« Monsieur Raymond Poincaré , avocat, membre de VAcadémie française, sénateur de la Meuse, premier ministre, est proclamé élu président de la République française pour sept ans. »
Nous obtenons, en transposant les cent quarante-quatre lettres dont ces divers mots sont formés :
« Quand ce Lorrain, dans sa dernière année, lutte surpris par l'émeute subite palais Elysée
NOSTRÀDAMUS, SES PROPHETIES
meme; après ce coup « cardinal ambassadeur Rome affirme comme roi petit prince Vendôme . »
Dans d’autres oracles, Nostradamus désigne les personnages, dont il parle, par un anagramme. Ainsi il emploie Norlaris pour Lorrain dans la prédiction suivante :
Premier en Gaule, premier en Romaine Par mer et terre aux Anglois et Paris, Merveilleux faits par celle grand mesnie Violant terax perdra le Norlaris.
Cent. VIII, Quatr. 60.
Un chef ardent (violant terax), descendant d’une grande lignée (grand mesnie), après avoir chassé le Lorrain, sera le premier en Gaule, et le premier en Italie (en Romaine); d'accord avec les Anglais, — ou bien malgré eux, l’oracle ne précise pas, — il accomplira des faits merveilleux par terre et par mer.
Les deux quatrains suivants sont curieux par les précisions qu’ils donnent, l’avenir seul montrera si la prédiction est justifiée :
Un devant le conflict Italique.
Germains, Gaulois, Espagnols pour le fort :
Cherra l’escolle maison de republique,
Où, hors mis peu, seront suffoqué morts.
Cent. II, Quatr. 39.
Un peu après non point longue intervalle,
Par mer et terre sera faict grand tumulte :
Beaucoup plus grande sera pugne navale,
Feux, animaux* qui plus feront d’insulte.
Cent. II, Quatr. 40.
Avant que ne commence la guerre d’Italie où les Germains, les Gaulois et les Espagnols seront ligués pour le fort, probablement pour la question romaine, — les Germains peuvent tout aussi bien vouloir dire PAutriche que l’Allemagne —, une école, hiaison de République,— ainsi désignée peut-être à cause du nom qu’elle porte — ? subira une catastrophe où de nombreuses personnes trouveront la mort.
Peu de temps après ce désastreux accident, il y aura de grandes batailles par terre et par mer.
Les événements seuls pourront permettre d'expliquer le dernier vers.
Terminons en donnant quelques quatrains qui paraissent pouvoir être considérés comme des prédictions se rapportant, dans un avenir plus ou moins éloigné, aux événements qui menacent l’Église.
248 NOSTRÀDAMUS, SES PROPHETIES
Le grand empire chacun an devoit estre Un sur les autres le viendra obtenir Mais peu de temps sera son reigne et estre,
Deux ans naves se pourra soustenir.
Cent* X, Quatr. 32.
On peut supposer que le grand Empire dont il s’agit est celui de Rome. Et alors le quatrain s’explique ainsi :
Lors d’une prochaine vacance du Saint-Siège, les compétiteurs seront nombreux qui pourront espérer être élus. Celui qui l’emportera régnera peu de temps où il doit être, quoique très diligent ( ncivus ), il ne pourra se soutenir à Rome que pendant deux ans.
Dans le quatrain, suivant, l’oracle nous dit ce qui arrivera au bout de ce temps :
Le grand Empire sera tost translaté En lieu petit, qui bien tost viendra croistre,
Lieu bien infime d’exigue comté
Où au milieu viendra poser son sceptre.
Cent. I, Quatr. 32.
Il est assez difficile de déterminer quel est ce petit pays, mais cependant d’autres passages des Oracles, qui ne sont pas assez clairs pour pouvoir être traduits complètement, paraissent indiquer qu’il s’agirait de Blois ou d’Avignon, l’avenir le dira, peut-être?
Donnons enfin ce dernier quatrain sans avoir la prétention de l'expliquer :
Par chapeaux rouges querelles et nouveaux scismes Quand on aura esleu le Sabinois :
On produira contre lui grands sophismes.
Et sera Rome lesée par Albanois.
Cent. V, Quatr. 46.
Nostradamus n’a pas été le seul à prédire la persécution qui doit atteindre l’Église et sa fille aînée, la France. Nous trouvons les mêmes faits annoncés par une prédiction attribuée à saint Césaire, évêque d’Arles, et publiée dans \z Liber Mirabilis , en i 5 s 4 .
'< Moi, Jean de Vatiguerro, d’après mes calculs, je déclare que... l’Église universelle et le monde entier gémiront de la spoliation, de la dévastation et du pillage de la plus fameuse cité qui est la capitale et la maîtresse de tout le royaume de France. »
Après cette allusion aux événements de 1870- 71, tant à Paris qu’à Rome, la prophétie continue :
« Toute l’Église, dans tout l’univers, sera persécutée d’une manière lamentable et douloureuse, sera dépouillée et privée de tous ses biens temporels, il n’y aura, dans toute l’Église si
250 NOSTRADAMUS, ses prophéties
grand personnage qui ne se trouve heureux si la vie lui est conservée. Car toutes les églises seront souillées et profanées, et toute religion cessera d’être pratiquée à cause de la crainte et de la fureur d’une colère la plus terrible.
« Les vierges saintes, abandonnant leurs monastères, fuiront çà et là, flétries et outragées. Les pasteurs de l’Église et les grands, chassés et dépouillés de leurs dignités et prélatures, seront cruellement maltraités; les brebis et les sujets, sans pasteur et sans chef, fuiront et resteront dispersés. »
Ce tableau, défalcation faite des exagérations inséparables du genre prophétique, convient à toutes les époques où la Secte triomphe. C’est aussi bien la Révolution française à la fin du dix-huitième siècle, que celle du Portugal au cdmmehcement du vingtième siècle et la libitine, ou révolution italienne, de demain.
« Le Chef suprême de toute l’Église changera de résidence, et ce sera un bonheur pour ce hiême chef et pour ses frères qui seront avec lui, s'ils peuvent trouver un lieu de refuge où chacun puisse avec les siens manger le pain de douleur dans cette vallée de larmes. Car toute la malice des hommes sera tournée contre l’Église universelle, et par le fait elle n’aura point de
NOUVELLE RESTAURATION DE LA MONARCHIE c 2ol
défenseur pendant vingt-cinq mois et plus, parce que pendant tout ce temps il n’y aura ni pape ni empereur à Rome, ni régent en France.
« Personne dans le monde ne sera estimé sinon ceux qui seront portés au mal et à la vengeance. Hélas ! les douleurs causées par tous les tyrans, les empereurs et les princes infidèles seront renouvelées par ceux qui persécuteront la sainte Église : car la malice et l’impiété des Huns, et la cruelle inhumanité des Vandales ne seront rien en comparaison des tribulations, des maladies et des douleurs qui viendront alors accabler la sainte Église... pendant un cours espace de temps, l’ordre entier du Clergé restera dans l’humiliation. »
La prophétie donne sur cette époque une très curieuse précision :
« La Lorraine gémira sur sa spoliation... »
Mais l’ordre sera rétabli :
« Un jeune prince captif, qui recouvrera la couronne du lys et étendra sa domination sur tout l’univers, viendra au secours de ces provinces. Une fois établi, il détruira les fils de Brutus et leur ile, de telle sorte que leur mémoire sera mise en oubli et pour toujours. »
Ce passage sur les fils de Brutus et leur île peut être rapproché du quatrain 60,' de la VIII* centurie de Nostradamus, cité plus haut.
Voici maintenant ce qui concerne le Pasteur Angélique, pastor angelicus et le grand roi celtique :
« Un pape, choisi parmi ceux qui auront échappé aux persécutions de l’Église, sera élu par la volonté de Dieu, et cet homme très saint et parfait en toutes perfections, sera couronné par les saints anges et placé sur le Saint-Siège par ses frères, qui avec lui auront survécu aux persécutions de l’Église et à l’exil... Il convertira presque tous les infidèles, mais principalement les Juifs.
« Ce pontife aura avec lui un empereur, homme très vertueux, qui sera des restes du sang très saint des rois des Français. Il lui sera en aide, lui obéissant en toutes choses pour réformer l'univers U »
1. Traduction empruntée au Livre de toutes les Prophéties et Prédictions. Lyon, Chambet fils, 1811.
CONCLUSION
Il serait facile de relever beaucoup d'autres prophéties qui annoncent, en termes plus ou moins clairs et précis, les mêmes faits. Mais elles ne présentent pas les caractères d'authenticité des Centuries de Nostradamusetbeaucoup, qui se rapportent aux événements de la Révolution française et du premier Empire, paraissent avoir été écrites après coup. C’est pourquoi nous n'en parlerons pas. Du reste, nous avons voulu écrire une étude exclusivement sur les Centuries de Nostradamus, parce que ses oracles sont, 6 notre connaissance, les plus remarquables prédictions dont l’origine et l'authenticité soient indiscutables, et à peu près les seules qui fournissent une série aussi complète d’événements annoncés bien avant l’époque où ils ont eu lieu.
Mais, si l’esprit curieux trouve un délassement dans la recherche de ces choses, qui sortent de
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l’ordinaire, nous ne devons pas oublier que nous sommes avant tout des catholiques soumis aux enseignements de l’Église.
Aussi, je ne saurais, je pense, mieux faire, pour clore ce travail, que d’emprunter quelques réflexions à un très savant théologien mystique.
M. le chanoine Saudreau, premier aumônier de la Maison-Mère du Bon-Pasteur, à Angers, écrit dans son très remarquable ouvrage sur Les Faits extraordinaires de la Vie spirituelle , p. 335 :
« De tout ce que nous avons dit, il ressort clairement qu’une extrême prudence est nécessaire lorsqu’on se trouve en présence de grâces extraordinaires. La prudence est plus nécessaire et la défiance même s’impose quand on enlend parler de ces révélations qui courent dans le public, dont on ne connaît pas la source et qui annoncent des événements invraisemblables.
L’histoire nous apprend qu’aux époques de troubles, les fausses prophéties abondent; elles n’ont point fait défaut de nos jours. « Si encore, a « écrit le Père Poulain, ces prophéties, quoique « sans valeur surnaturelle, eussent été utiles! « Si elles avaient poussé les catholiques à lut- « ter, à se concerter savamment pour l’assaut, « 5 user de tous les moyens légaux, à s’initier « aux lois et aux affaires pour amener la réalisa*
CONCLUSION
« lion des promesses de restauration monar- « chique et chrétienne ! Malheureusement (et « c’est là qu’on découvre la queue du serpent, « suivant le mot de saint Ignace), ces belles pro- « phéties n’étaient pas inspirées par un esprit « aussi pratique; tout au contraire. On y ap- « prenait que le « grand monarque que Dieu « nous garde » arriverait un beau jour, malgré « les méchants, et avec une poignée, toute petite, « de gens fidèles. Soudain, le vice serait puni et <c la vertu récompensée. Les méchants se lais- « seraient supprimer avec une facilité dont ils « ne sont pas coutumiers.
« C'était fort consolant pour les conservateurs, « qui pouvaient attendre, les pieds sur les che- « nets, que l’Ange extraordinaire remît tout en « place. Plus la tempête augmentait, plus on « prenait joyeusement confiance, sans quitter le « coin du feu. Car les prophéties disaient que, « lorsque tout paraîtrait perdu, tout serait « sauvé ». Tant mieux donc si la perte était im- « minente ! Que de chrétiens ont été, à leur insu^ « désarmés par ces promesses décevantes ! On « semblait leur verser un cordial : c’était un « narcotique 1 . »
« Ces fausses prédictions n’étaient-elles pas
1. R. P. Poulain, S. J., la Mystique de saint Jean de la Croix, p. 48.
258 NOSTRADÀMUS, ses prophéties
une ruse de l'ennemi, pour en faire oublier d'autres qui eurent un tout autre caractère?
Quand Marie, sur la montagne de la Salette, chargea Maximin et Mélanie de faire passer un message à son peuple, son langage était bien différent. Faisant le tableau des péchés qui irritaient la justice de Dieu, elle annonçait que tant d’iniquités amèneraient de redoutables châtiments; mais elle ajoutait que si son peuple se convertissait, les fléaux qui le menaçaient se changeraient en bénédictions. N’était-ce pas pour rappeler ces graves avertissements que, onze ans plus tard, à Lourdes, elle disait, avec une insistance touchante : « Pénitence, pénitence, pénitence? »
« Ces avis du Ciel devraient suffire; mais — pourquoi ne le dirions-nous pas ? — sur divers points de notre cher pays, des communications surnaturelles, offrant des garanties très sérieuses, ont fait écho à ces paroles de Marie et prédit de même des châtiments ou des bénédictions, selon que le peuple chrétien mériterait l’un ou l’autre. Hélas ! les événements n’ont que trop réalisé jusqu’ici 1 les prédictions, et
1. L’ouvrage de M. le chanoine Saudreau a été publié en 1908, avec T imprimatur de S. G. Mgr l’Évêque d’Angers et sur rapport favorable du R. P. Symphorien Hyvernat, O. P., professeur de théologie à l’Université catholique d’Angers.
CONCLUSION
nous voyons les ruines annoncées jadis, à une époque où elles ne paraissaient pas vraisemblables. Aujourd’hui, il n’est plus besoin d’être prophète pour prévoir un cataclysme que tout prépare, une révolution déjà commencée et qui ne peut que s’accentuer; il suffît du simple bon sens pour annoncer à celui qui coupe la branche sur laquelle il est assis qu’il va faire une chute. Comment échapper à une catastrophe, quand on sape tous les fondements de l’édifice social, comment échapper à la colère divine quand on fait tout pour la provoquer?
« Si, de toutes ces prédictions, on sait, selon la règle que nous avons donnée après saint Paul: Quod bonum est tenete , prendre le substantiel et le sûr, on arrive à ces conclusions : l’oubli des devoirs les plus graves de la vie chrétienne, la soif des jouissances, l’indifférence d’un trop grand nombre pour la cause de Dieu, la haine et le blasphème des autres, la guerre faite à l’Église par ceux qui représentent le peuple et ont été choisis par lui, ne peuvent manquer d’attirer les pires fléaux que, seules, des âmes saintes ont sans doute, jusqu’ici, retardés. Mais ces âmes saintes sont en trop petit nombre, même parmi les privilégiés du Cœur de Jésus. Notre-Seigneur ne s’est-Il pas plaint à plusieurs reprises à la Bienheureuse
Marguerite-Marie de son « peuple choisi, qu’il avait destiné pour apaiser sa justice » ? « Notre- « Seigneur me fit voir, dit ailleurs la Bienheu- « reuse, que, tant que son peuple choisi lui avait « été fidèle, il avait toujours lié les mains de sa « justice pour laisser agir celles de sa miséri- « corde », et le Sauveur ajouta ces consolantes paroles : « Une âme juste peut obtenir le pardon « pour mille criminels. »
« Certes, ce n’est pas de désordres scandaleux que le Seigneur se plaint : la persécution a montré, au contraire, combien prêtres, religieux et religieuses étaient attachés à l’Eglise, et le spectacle de leur unanime fidélité est un des plus consolants quel’histoire nous présente. Mais il faut plus encore pour faire contrepoids à toutes les iniquités contemporaines, il faut une vive ferveur dans la prière, un grand attachement à la vie intérieure, une pratique généreuse et parfaite des vertus vraiment expiatrices, de l’humilité, du renoncement, de la mortification sous toutes ses formes. Ou bien il faudra le sang des martyrs. A ce prix viendra le salut, et aux fléaux qui nous désolent succéderont d’abondantes bénédictions. Voilà ce que disent depuis longtemps des âmes très favorisées du Ciel ; voilà ce que pensent, en dehors de toute révélation tous les chrétiens éclairés.
CONCLUSION
tous ceux qui savent d’après quelles lois Dieu gouverne le monde. Si nous savons apaiser la justice de Dieu et mériter les effusions de sa miséricorde, 11 couvrira de confusion les ennemis de son Église et dans celle-ci s’épanouira une magnifique floraison de sainteté : Inimicos ejus incluant confusione, super ipsum autem efflorebit sanctificatio mea . »
On ne saurait mieux dire, et nous n’avons rien à ajouter à ces belles pensées. Elles doivent toujours être présentes à la mémoire d’un catholique qui étudie des prophéties, même lorsque celles-ci émanent de Saints.
A plus forte raison ne faut-il pas les oublier quand on lit les oracles d’un voyant aussi peu orthodoxe que Michel Nostradamus.
Mais en tout cas, cependant, et quelle que soit la source où il a puisé, je ne crois pas que la faculté extraordinaire du célèbre astrologue de Salon-de-Crau puisse être mise en doute.
Nostradamus a bien réellement prédit l’avenir, et, dans de nombreux cas, avec une clarté qui, ne laisse place à aucune discussion. La
question posée est donc résolue. On peut prédire l’avenir.
Mais alors une autre se présente à l’esprit:
Qu’est-ce que l’avenir ?
Le futur et le passé existent-ils, ou tout n’estil qu’un éternel présent?
Le temps et l’avenir n’ont-ils que des valeurs tout à fait relatives, dépendantes de nos seules — et combien limitées — facultés d’information ?
Pour l’artilleur qui tire un coup de canon, l’éclair de la déflagration et le bruit que celle-ci produit sont le présent. Pour lespectateur placé à quelques kilomètres, lorsqu’il voit l’éclair, le son est l’avenir; et quand il entend le coup, la lumière est le passé.
C’est pourquoi on pourrait très bien supposer que si, — avec la permission divine, bien entendu —, dans le sommeil somnambulique, par exemple, l’être humain est capable de libérer certaines de ses facultés des entraves qui les lient dans les conditions ordinaires de la vie, il lui devient possible de soulever quelque coin du voile qui recouvre cet éternel présent, auquel nous donnons le nom de passé et d’avenir. Le voyant, en état second, se trouverait alors placé par suite de lois que nous ignorons, mais que Dieu connaît —, en dehors de cette fiction dési-
CONCLUSION
gnée sous le nom de temps, qui règle notre vie ici-bas, mais n'a pas d’existence absolue, en dehors du monde matériel.
La lumière des étoiles met un certain nombre d’années à parvenir jusqu’à nos sens, suivant la distance qui sépare ces astres de la terre. Depuis quatre ans et demi pour la constellation du Centaure qui est, je crois, la plus proche, jusqu’à dix-huit cents ans pour les dernières étoiles visibles à l’œil nu et trois cent soixante mille ans, environ, pour les plus petites qui apparaissent seulement dans les puissants télescopes.
Prenons une étoile dont la lumière met cent ans pour venir jusqu’à nous, et réciproquement. Supposons-la habitée et disons que les êtres qui y vivent, plus évolués que nous, sont pourvus d’instruments et d’organes leur permettant non seulement de découvrir notre existence, mais encore d’apercevoir ce qui se passe sur notre grain de sable. Ils verront aujourd’hui la fin du règne de Napoléon I er , et ce passé sera leur présent.
Admettons encore que certains d’entre eux soient doués de ce que l’on appelle des pouvoirs médiumniques et que, mis en état second, ils découvrent, par voyance, le règne de la Franc- Maçonnerie et le gouvernement actuel; ce qui,
pour nous, est un présent, plutôt triste, leur apparaîtra, à eux, comme une prédiction d'un avenir fort lointain.
Si, sortant de la matière, nous transportons ce raisonnement dans le monde spirituel, auquel il s'applique bien mieux, nous pourrons, peutêtre, parvenir à nous faire une idée assez juste, ou tout au moins curieuse, sur ce que peut être le fonctionnement et le mécanisme de ce qu’on appelle la prédiction de l’avenir.
Non pas que nous ayons la prétention de trancher la question, qui pour nous est beaucoup mieux résolue par l’intervention du surnaturel. Elle soulève bien d’autres problèmes, notamment celui du libre arbitre.
Contentons-nous d’enregistrer les faits :
l’homme est libre et cependant l’avenir peut être prédit, dans une certaine limite, et dans des conditions exceptionnelles.
Nous n’en savons pas plus long.
Félix qui potuit rerum cognoscere causas , a dit le poète 1 . Nous n’avons pas la prétention d’être de ces heureux sur la terre, nous espérons seulement, avec le secours de la grâce divine, y parvenir unjour.
EtNostradamus, malgré toute sa voyance, n’en