Note Sur Des Fleurs Monstrueuses De Fuchsia
On peut fréquemment observer des fleurs monstrueuses de Fuchsia qui frappent les yeux par leur singulière apparence et se font remarquer tout d’abord par la forme iuusitée de leurs pétales.— J’indiquerai en quelques mots l’organisation de plusieurs de ces fleurs anomales que j’ai récemment examinées. Bien que des faits semblables (au moins en partie) à ceux que j’ai observés aient déjà été indiqués par Morren qui a figuré et décrit (1) des fleurs monstrueuses de Fuchsia analogues à celles sur lesquelles je me propose d’attirer l’attention de la Société, il ne sera peut-être pas inutile de mentionner brièvement le résultat de mes observations, qui diffèrent en plus d’un point de celles du savant professeur de l’université de Liège.
Toutes les fleurs monstrueuses de Fuchsia que j’ai examinées n’offraient pas entre elles une parfaite similitude, les diverses parties similaires n’y étaient pas toujours également modifiées. Pour faire plus aisément saisir en quoi consistait leur altération, je prendrai d’abord pour exemple une
fleur où la monstruosité était régulière, si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est-
à-dire où les pièces de chaque verticille étaient toutes semblables entre
elles. — Dans une telle fleur, le calice n’a subi aucune altération, il est
formé de 4 pièces soudées ensemble par leur partie inférieure de manière à former un tube au bout duquel elles se séparent et s’étendent en croix. C’est dans l’intervalle de ces pièces que naissent, dans les fleurs normales, les U pétales suivis de 8 étamines dont 4, alternant avec les pétales, sont vis-à-vis des pièces du calice, et h, alternant avec les précédentes, sont vis-à-vis des pétales. Dans la fleur monstrueuse, on voit dans l’intervalle des sépales naître une sorte de baguette qui a tout à fait l’apparence d’un filet d’étamine et qui porte à son sommet à la fois une anthère et une lame d’apparence pétaloïde offrant à peu près la forme d’un cornet très ouvert qui surmonte l’anthère, et au delà on ne trouve que 4 étamines libres situées vis-à-vis des sépales (2). Au premier abord, on pourrait être tenté d’admettre
(t) Ch. Morren, Lohelia, p. 177 et suiv. — Notice sur les anomalies de déplacement (exlr. du t. XYI1I du Bull. Acad. roy. de Belgique).
(2) La fig. 4 de la planche qui accompagne le mémoire de Ch. Morren représente exactement la disposition que j’ai observée.
SÉANCE DU 12 AVRIL 18ttl. 195
que les pétales n’existeut pas, qu’ils ont avorté, et qu’une partie des étamines tendent à se transformer en pétales ; ou bien encore, comme l’a supposé Morren, que les pétales sont insérés sur les étamines; mais, si l’on examine un certain nombre de fleurs, on reconnaît sans peine qu’il n’en est point ainsi en réalité, que les pétales existent, mais qu’ils ont nue forme différente de celle qu’ils présentent dans la fleur normale, et qu’ils sont soudés avec les étamines qui leur sont opposées, sans que leur lieu ordinaire d’insertion soit en rien modifié. Dans beaucoup de fleurs, en effet, on voit un des pétales dont la laine est portée au sommet d’une longue baguette semblable à un filet d’étamine ne plus porter d’anthère, et alors la fleur a une étamine libre de plus. La baguette qui porte la lame pétaloïde fait donc partie du pétale et est essentiellement distincte du filet staminal auquel elle est souvent, mais non pas constamment, soudée. Cette baguette n’est rien autre chose qu’un très long onglet. Parfois il est libre de toute adhérence avec le filet de l’étamine voisine; d’autres fois il est soudé avec lui jusqu’à la moitié de sa hauteur, et alors on voit une baguette bifurquée portant à l’extrémité d’une de ses branches une lame pétaloïde et au sommet de l'autre une anthère ; le plus souvent l’onglet du pétale et le filet de l’étamine sont soudés ensemble dans toute leur longueur, et il est difficile de les distinguer l’un de l’autre par l’observation directe.
En résumé, la monstruosité de Fuchsia que j’ai observée consiste uniquement dans un changement particulier de la forme des pétales, accompagné le plus communément de la soudure des pétales monstrueux avec les étamines situées vis-à-vis d’eux.
Il me semble que les faits que je viens de rapporter ne permettent pas d’adopter l’opinion de IVIorren, qui pensait que, dans de semblables fleurs monstrueuses, « les pétales, au lieu de naître entre et à la base des divisions » du calice, au-dessus de sou tube, naissent et deviennent visibles, amples et » colorés au haut des étamines, au-dessous des anthères » ; de telle sorte qu’il y a ce qu’il appelle métaphérie ou monstruosité par transport (1). Il n'avait pas eu occasion de voir de pétale monstrueux libre, et n’avait pu soupçonner l’existence de ce singulier onglet, qui a l’apparence d’un filet staminal et qui ne s’était montré à lui que confondu avec le filet d’une étamine.
Les monstruosités étudiées par Morren étaient, du reste, moins simples que celles que j’ai observées moi-même. Dans les fleurs qu’il a figurées et décrites, les pétales sont soudés le plus souvent à 2, quelques-uns même à 3 étamines; et de plus les pétales, au lieu d’être dans la situation normale, se seraient montrés vis-à-vis des sépales. Une telle altération à la grande loi de l’alternance des verticilles serait un fait bien remarquable. Dans les fleurs monstrueuses de Fuchsia que j’ai eues entre les mains, je n’ai, il est vrai,
(1) Morren, Lobelia, p. 181,