Note sur deux tableaux byzantins
J'ai donné précédemment, d'après une photographie, la description d'un tableau byzantin ocNoservé dans un couvent du Caucase (i); je viens aujourd'hui décrire, à l'aide encore de photographies, deux tableaux du même genre qui se trouvent Tun en Russie, Tautre en Allemagne. Ces deux tableaux nWrent pas, dans la décoration de leur encadrement, la même richesse que le précédent; on n'y voit pas comme dans celui-ci des figures impériales, mais leurs ornements sont encore curieux à étudier, et les figures et inscriptions qui s'y trouvent, se rapportant à de hauts fonctionnaires de l'empire, ne manquent pas. d'un, certain intérêt.
Le tableau dont je m'occupe d'abord est conservé dans le couvent de la Trinité (Troïtra), aux environs de Moscou. J'en parle d'après une photographie dont je^dois la communication au savant P. Martinow. II a tout le caractère et les signes d'une œuvre grecque du xiv® siècle.
Xa peinture représente la sainte Vierge avec Tenfant Jésus. En haut, dans les angles, deux anges se tiennent en
{^) Bull, monum., 1877, page fl3.
adoration. Tout le fond est oouvert par une plaque d'argent, découpée de façon à suivre les contours des quatre personnages et ornée sur toute sa surface de rinceaux ou treillis d'un bon goût, enlaçant quelques feuilles dans leurs enroulements; autour des têtes du Christ et de sa mère, laplaque, d'un relief plus saillant, forme les nimbes, ornementés comme le reste. Sur cette plaque spjit façonnées au repoussé les inscriptions suivantes : mp 6Y ( pour Mwï/o ©soO) H OAHTHTPIA.. — Mère de Dieu la ccnduc^ trice (\). Un cadre entoure le tableau. Il consiste en une bordure carrée en argent, ornementée, comme la plaque, d'un treillis contourné, et, en outre, agrémentée de distance en distance d'un ornement sphérique en relief et travaillé à jour, ornement que les Byzantins employaient aussi bieQ dans l'architecture que dans l'orfèvrerie, car on le voit en plusieurs endroits de l'église Saint-Marc à Venise, exécuté en marbre et doré.
H entre dans la composition de ce cadre plusieurs copipartiments symétriquement placés, et représentant, au repoussé, des sujets et figures accompagnés d'inscriptions grecques; En haut se voit un sujet symbolique avec ces mots H ETHMÀGIA [rie] entre les apôtres saint Pierre et saint Paul qui sont dans les angles (2). Sur les côtés sa
(4) Cet usage découvrir les tableaux de dévotion de plaques de métal richement ornées est ancien et général en Orient; sa raison d'être est la même que celle qui a fait naître chez les chrétiens d'Occident l'usage d'orner les statues d'étoffes précieuses. 11 est dans la nature des choses qu'un objet de piété soit entouré des marques de la vénération et de la dévotion qu'on lui porte; ceci ne se discute pas et se comprend aisément.
(2) J'ai nommé saint Pierre, parce que lui seul peut faire face à saint Paul; mais, pour être exact, je dois dire qu'en cet endroit le tableau est détérioré et que la Ggure manque.
tieanent les quatre évangélistes ; saint Jean le théologien^ saint Luc, saint Matthieu et saint Marc, et deux anargyres, saint Côme et saint Damien. En bas, on voit encore un anargyre, saint Panteleemon, qui est au milieu (1), et deux personnages placés dans les angles, Georges Àcropolis et sa femme. Ils sont en pied ; quant aux saints, ils sont en buste.
Après cette description sommaire, entrons dans quelques détails; et d'abord occupons-nous de la peinture, La sainte Vierge est représentée à mi-corps, de face, enveloppée d'un manteau bordé de franges, qui lui cipuvre la. tête; elle lève la main droite comme pour montrer Ten* faut Jésus, qu'elle tient à sa gauche, vêtu d'une robe et d'un manteau, bénissant et tenant un rouleau.
Cette peinture offre un type souvent reproduit . par les Grecs, et je puis citer quelques tableaux pareils, accompagnés de la même épithète, comme ceux publiés par d'Agihcourt (2), Wil. Ottley (3), Saropieri (4). J'y ajouterai un tableau vénéré à Vienne, en Autriche, dans Téglise Saint-Michel (5) , un autre que j'ai vu à Livoume dans l'église des Grecs, un autre encore, que j'ai vu dans l'église cathédrale de Saint -Paul de Liège (6)|
(4) On sait que les Grecs appellent anargyres les saints qui distribuaient des médicaments aux pauvres malades, sans recevoir aucune rétribution (sans argent). Ils les représentent ordinairement tenant une botte ou une fiole et une spatule.
(2> Hist. de Vart, Peint^re, pL LXXXVIL (3) The italien schooL^ London, 4823.
(k) Icanologia délia Fergine Maria, proiettrice di Me9^ êina, 4647.
(5) Ancienne gravure dans ma collection.
(6) La peinture de ce tableau est très-détériorée , n ne voit
et enfin un plomb publié par M, Schlumberger (1). ' Toutes ces madones offrent le même type et paraissent être comme autant de copies d'un tableau vénéré à Constantinople dans Téglise de la Mère de Dieu Hodégétrie (2), ainsi que beaucoup d'autres du même type qui, sans porter d'épithètes, prétendent à la même origine (3). Mais on
guère qu'une «Ihouette; il ne reste d'ancien que )e cadre et la plaqae qui couvre le fond du tableau, tous deux ornementés de la même façon que le tableau qui nous occupe. L'inscription i l^vftrpia. est faite au repoussé dans la plaque. Ce tableau a été reproduit dans : Les Instruments ecclésiastiques, Bruxelles, 1866, pi. XL.
(4) Musée archéologique, 1877, page 23 du Hrage à part. Ici le type est retourné; la Vierge tient reaflitit Jésus & sa droite.
(%) a. Do Gange, Constantinopolis Christiana, lîb. lY, page 88. Ecclesia DHparœ Hodeçetrix, seu rw» ôSasT^y.
(3) De ce nombre sont les madones de Czestochowa , en Pologne, et de Smolensk, en Russie. Unecopiede cette dernièie avait été donnée à l'abbaye de Saint -Germain -des -Prés par Jean Casimir, roi de Pologne. Ce tableau a été gravé dans l'his* toire de cette abbaye par Bouillart, pi. XIX; recueilli êii 4793' par Lenoir, il a disparu depuis.
Je ne purle pas des madones prétendues Hodégétria qui sont en Italie^ cela m'entraînerait trop loin. On donne ce surnom à celle de Saint-Marc, de Venise, mais elle n'a pas du tout le même type. .
En France, les madones de pèlerinage sont rarement des tableaux; le plus ancien que je connaisse est celui de Cambrai. Celui qui est à Talant, près Dijon, n'est qu'une copie moderne de style byzantin; c'est une peinture italienne du xiv* siècle. Je ne sache pas qu'aucun tableau grec ait été vénéré dans notre pays; les révolutions des xvi^ et xyiu^ siècles ont pu en faire disparaître quelques-uns dont le souvenir est effacé. Je soupçonne
donne le nom d'Hodégétrie à beaucoup de madones qui ont un type différent de celui qui nous occupe, et c'est alors que la question se complique et s'embrouille d'une façon embarmssante. Et d'abord, Le Guide de ia peinture recommande que Ton mette dans le sujet de VExaliaiian des mutes images, ieux diacres portant l'image de la sainte Vierge, dite conductrice (4 ôSiTTïTr^ota) et dont la chaussure est dorée. Donc, sur Toriginal, la sainte Vierge est en pied, et une figure en pied n'est pas la même chose qu'une figure eu buste, tout aru plus pourrait-on dire que les tableaux où la Vierge est en buste ne reproduisent que la moitié' du type original. D'autre part, il y avait et il y a encore en Sicile et en Italie des madones grecques surnommées Itriay abréviation d'Hodégétria, que les Orecs prononcent Bodigitria^ et parmi celles dont j'ai vu les tableaux ou les copies gravées, les unes présentent le type en question (i), et d'autres, un type tout différent (2),
seulement, d'après une des gravures du Monasticon gallica" num, qu'on a pu vénérer au prieuré d'Argenteuil une madone du type Hûdégétrie. Ce tableau aurait pu être apporté d'Orient avec la robe de Ndtre^Seignear, conservée de nos jours âaos Téglise de cette localité.
(1) Sampieri, ouv. cit. La Madotma.d'Itriain San^Nicolo de Gred, page 536.
(%) Sampieri^ ouv. cit. La Madonna d'ItriOj page 4r91. — BombeiIi> Raccolta délie immagini délia beatisHma Fergine. Roma, 1792, t. III, page 97. — La Madona di Costantinopoli; le texte porte Odigitria et Itria. Quantité d'images, églises et couvents portant ces noms sont cités dans lesouvrages de Sampieri *sus-nommé, de Mongitore, Palermo divoto di Maria, 47!9, de Rodotâ, del Kito greco in /^a/to, 4783, dans le Dictionnaire topographique de la Sieiley de Vito Amieo, le Voî^^^n Sardaignê^ de Valéry, ete. etc.
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nous montrant la Vierge en buste les braa étendus, avec l'enfant Jésus debout et de face devant elle. J'en conclus qu'il est difficile d'être fixé sur le type primitif de ces madones, et que si les numismatistes ont pris l'habitude de classer en deux types les images dé la Vierge qu'ils rencontrent sur les médailles, plombs, sceaux, etc., savoir le type d'Hodégétrie pour les figures en pied ou en buste de la Vierge, tenant son enfant de côté, puis le type des Blaquernes, c'est-à-dire, la sainte Vierge avec le Christ, devant elle, le tenant de ses mains ou ayant les bras étendus, il faut prendre cette habitude comme une chose de convention, un moyen abrégé et commode de classification. Toutefois, cette façon arbitraire d'indiquer des types peut faire commettre de singulières erreurs; en voici la preuve : M. Sorlin-Dorigny, décrivant des monnaies et sceaux qui portent Teffigie de la Vierge, avec le nom de Blaquernes, ajoute : a La Vierge des Blaquernes n'est pas toujours figurée de la même manière Ces difi^rences ne peuvent s'expliquer qu'en supposant que l'image primitive était une statue que Ton pouvait dessir^er tantôt de face et tantôt de profil. » {Revue àrchéoL 1877, p. 85.) Mais l'honorable numismatiste ne sait donc pas que les Grecs n'ont jamais fait de statues de la sainte Vierge.
Je passe maintenant aux sujets et figures sculptés sur le cadre. En haut et au milieu est un sujet symbolique, particulier aux Grecs, qui exige quelques explications. Il se compose d'un trône couvert d'une draperie sur laquelle sont posés un livre et une croix accostée de la lance et du roseau auquel est fixée l'éponge. Ce sujet fort simple, on le voit, est accompagné de cette inscription/ H * ETH- MAGIA, pour ^ eVotpao-ta ToO ô/)ovou, la préparation du trône. Mon frère, M. Paul Durand, a fait sur ce sujet peu connu une intéressante dissertation, accompagnée de des-
8ins (1). Il montre que la Préparation du trône est la figure symbolique du jugement dernier, prédit par ces paroles de David : a Paravit in judicio thronum suum; et ipse judicabit orbem terrsB in aequitate. » 'UrolitMàç h TtpitTst Tov Bfmov «vroO... (Ps. IX.) La présence de ce sujet dans la représentation du jugement dernier à Torcello, Salamineet sur des tableaux portatifs, les inscriptions qui l'accompagnent lorsqu'il est seul au grand arc devant le chœur, comme à la chapelle du palais à Palerme, sont autant de preuves qui viennent à l'appui de sa thèse. Toutefois ce sujet peut recevoir une explication plus étendue que celle qui le limiterait à la seule scène du jugement dernier, et c'est ce que je vais démontrer de nouveau, car j'en ai déjà parlé il y a quelques années (2).
Lors de l'Exposition universelle de 1867, le savant M. Georges Filimonof, de Moscou, eut Tobligeance de me communiquer le moulage d'une petite boîte à l'usage du clergé russe, sur laquelle était représenté le sujet en question, accompagné d'inscriptions slaves, signifiant : la première, placée près du trône : Trône du Seigneur, la seconde, placée près de la croix, accostée de la lance et de l'éponge : Jésus-Christ^ et la troisième, placée près du livre et de la colombe posée sur lui : Esprit-Saint. Nous pouvons donc voir avec certitude dans ce petit sujet la figure symbolique de la Trinité. Deux anciennes mosaïques publiées par mon frère (3) sont parfaitement en rapport
(4) Étude sur VEtimacia, symbole du jugement dernier dans V Iconographie grecque chrétienne, Chartres, 4867. {Mém, de la Soc. archéol. d* Eure-et-Loir.)
(î) Annales archéologiques, X. XX, 4860, page 255. — T. XXVK, page 836.
(3) Voyez la dissertation citée ci-dess4is, figures X et XI. tl
avec rexi4icatioa fournie par le petit maçuipent niese, Tune sur un arc au-dessus du chœur de l'église Sainte- Sophie de Constantinople, où ou ne voit que le trône, le livre et la croix, et Tautre dans une égli^ de Micée, qui représente le trône , la croix et le livre sur lequel plane la colombe.
Cette image de la Trinité était bien placée à la voûte des églises, Uu-dessus du chœur, dominant la foule des fidèles et offrant aux yeux de tous un signe rappelant la domination universelle et éternelle de Dieu en trois personnes^ le premier et le second avènement, le royaume du ciel, le séjour des bienheureux, signe auquel se rapportent plusieurs passages des Écritures saintes comme ceux-ci :
Parafa sedes tua ex tunc^ a sxculo tu es.
E/ro^juoç Bpôvoç crov. (Ps. XCH.)
Dominu$ in cœlo sedes ejus. — Kûpeoî h pvpccvw, ô Bpôwç
«VToO. (Ps. X.)
Sedes tua Deus in sxculum sxculi. ^- o o^ovoç o-ou, o
6eo£, dç Tov à(c5voc toO aiâvoç. (Ps. XLIY.)
Dominus m cœlo paravit sedem suam : et regnum ipsius omnibus dominabitur. — Kûptoç h rû ovjOocv&> ^oifAoco-e tôv ô^ovov auToO. K«t yi ^ocffAîta àuroO Trâvrwv htmô^et. (Ps. CH,
f. 19, et le verset 20 du même psaume : Benedicite Domino, omnes angeli ejus, patentes virtute facientes verbum illiusy est encore à remarquer, parce qu'il rappelle les anges qui accompagnent ordinairement le sujet de la Pré-
y avait à F^positioii universelle de 1867 des éventails envoyés par la Russie. et la Roumanie, sur lesquels était la figure d*un chérubin avec le moaogramme de la Trinité, composé à peu près de même que celui de Nicée. L'éventail CPitt^^ov, flabelluro) est tenu pendant la messe des Grecs par un diacre.
fiaraiiaH, comme à Monreale (i), à la Pala d'oro de Venise, à l'abside de Samt-Paul- hors -les -murs de Rome, etc.
Ce petit sujet de la Préparation du trêne (2), si simple daus sa composition, surtout aux époques anciennes^ pourrait donner matière à de longs développements que je ne puis qu'effleurer; il a été l'objet d'un article intéressant du savant M. J.-B. de Rnssi (Bulletin^ 1872), qui a traité accessoirement des trônes isolés, sièges de dignités, lesquels se rencontrent dans les monuments * figurés des premiers siècles, question délicate à traiter surtout lorsqu'on se trouve en face de monuments détériorés, incomplets. C'est ainsi que M. Salzenberg voulant restituer le sujet d'une peinture en mosaïque, dont il avait vu les fragments à Sainte-Sophie de Constantinople et où se trouvait un trône, jugea qu'il était tout simple de placer le Christ sur ce trône; mais il se trompait, le sujet réprésentait évidemment la Pentecôte, et il fallait mettre la colombe ou le livre du Saint-Esprit sur le trône d'où partent des rayons, comme à Saint-Marc de Venise (coupole de la neQ, et comme dans le beau manuscrit de la Biblio-
(1) Cf. Gravina, Ilduomo di Monreale illustrato, Palermo
(2) Oq le rencontre sur des reliquaires de la vraie croix, des coavertares de manuscrits, des objets du culte, des tableaux portatifs, et toujours à la partie supérieure de ces objets. Je renvoie à la dissertation de mon frère pour les reliquaires, à la publication par M. Jacob Falke de plusieurs couvertures de manuscrits de la bibliothèque de Saint-Marc , à Venise. Vienne (Autriche), 4867, et à l'ouvragé de Miltarelli, Ann. Camald., t. II, Append., où se trouve une couverture de manuscrit mentionnée par Passeri, The$. veL dipt., U III, page 2.
thèque nationale de Paris (n<»S10], contenant les homélies de saint Grégoire de Nazianze.
Le P. Garrucci a publié un trône, peint à fresque dans une ancienne église de Capoue. Si sa gravure est la copie exacte d'un morceau intact, nous y voyons un trône couvert d'une draperie sur laquelle est posé un livre; le dossier est surmonté d'une colombe, et à quatre endroits du même trône le monogramme du Christ est symétriquement marqué. Je serais tenté de voir là une image symbolique de la Trinité, mais on peut l'expliquer d'une autre façon en disant qu'il représente le livre des Évangiles placé par honneur sur un trône au-dessus duquel plane le Saint-Esprit, particularité qui se retrouve, mais plus simplement exprimée , sur une peinture du manuscrit dont je viens de parler, qui a été publiée par Banduri (Imp. Orient.). Un antique bas-relief, incrusté dans le mur septentrional de l'église Saint -Marc, à Venise, représente un trône à dossier avec un livre sur une draperie; au dossier est appuyée une croix surmontée d'un agneau ; près du trône sont rangés six agneaux d'un côté et six agneaux de l'autre; derrière chaque groupe d'agneaux s'élève un palmier chargé de fruits; enfin on lit : près de l'agneau qui est sur la croix + AMNOG, et au-dessus des autres + 01 Arioi A.noCTOAOl. Faut-i. voir ici le trône du Rédempteur ou la figure delà Trinité? j'y verrais volontiers l'un et l'autre (1). M. Salzenberg a publié, dans son grand volume sur la Sainte-Sophie de Constantinople, une porte de cette église au tympan de laquelle est sculpté un trône où l'on voit un livre ouvert
(1) Ce bas-relief a été grossièrement gravé dans le livre da P. Secchi : La Cattedra alessandrina di San-Marco evangelista^ Venezia, 4852, page 352.
vers lequel descend une colombe les ailes éployées; ayant vu dans plusieurs représentations de la Préparation du trâne^ comme sur celles de la Pentecôte de Venise et du manuscrit de Paris, dont je viens de parler, le livre et la colombe associés, je pensais qu'on devait ne voir, sur ce bas-relief, que les saintes Écritures placées avec honneur sur un trône ; mais en y réfléchissant, je crois qu'on peut y voir aussi la Trinité, en expliquant que le trône figure Dieu le Père, le livre Jésus-Christ, le Fils, et la colombe le Saint-Esprit, parce que sur le livre on lit des paroles du Christ, du Verbe, et que sur ces paroles descend TEsprît- Saint ; ce qui rappelle ces mots d'Isaïe : L'Esprit du Seigneur s*e8t reposé sttf moi. Voici les paroles écrites en grec sur le livre, elles sont tirées de Tévangile selon saint Jean : Le Seigneur a dit : Je suis la porte des brebis^ si quelqu'un entre par moi, il entrera et il sortirait trouvera le pâturage. Cette phrase était bien placée au-dessus de la porte d'une église, figure du paradis (dénotât Ecclesiam paradisus. — Hildebert), et elle fait penser à toutes ces âmes qui, les bras étendus et glorifiant Dieu, entrent dans le paradis, figuré par le bon Pasteur, scène que nous montrent les peintures des catacombes, les anciens sarcophages, les verres dorés, le vase de Tunis, etc. etc.
J'ai dit ailleurs que les Latins n'avaient pas adopté la figure de la Trinité telle que les Grecs l'ont représentée, non-seulement en Orient, mais encore en Italie; on ne voyait guère la Trinité dans leur iconographie que dans certains sujets, comme le baptême du Christ, mais non à part sous la forme de monogramme. Au xii* siècle, ils représentaient quelquefois les trois personnes divines sous une forme humaine et identique, assises sur un large trône. C'est ainsi qu'on voyait une image de la Trinité, d'un beau style, dans le manuscrit d'Herrade, brûlé par
les Prussiens (1). Il y ayait une peinture du même génie dans une localité des environs d'Anagni (â) et probablement une autre encore dans une église de Rome (3)* Cet usage ne paraît pas avoir été très-répandu, car dès la fin du ih* siècle ou le commencement du zni' on a représenté Dieu le Père sous forme humaine, tenant le Christ en croix, accompagné de la colombe du Saint-Esprit; cette image de la Trinité s'est perpétuée pendant des siècles. Nous trouvons cette môme image sur un sceau du xrv* siècle du chapitre de Sainte-Sophie, dépendant de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons (4). L'église collégiale de Sainte-Sophie fut détruite par les protestant». Les deux religieux de Saint-Maur prétendaient qu'elle avait été construite sur le modèle de Sainte-Sophie de Constantinople. (Voy. litt., t. I, p. i7.) On pourrait croire alors que cette construction était due à l'évéque Nivelon , qui avait présidé à l'élévation de Baudouin de Flandre au trône de Gonstantinople. Quoi qu'il en soit, il est peutêtre bon de rapprocher cette église de Sainte-Sophie, dont le sceau représentait la Trinité (5)^ d'un ancien tableau slave que je possède, représentant la Sainte-Sophie, sujet particulier aux Grecs, dominé par le monogramme de la
(1) Cette peinture a été publiée d'après un dessin de mon frère, par Didron, Hist, de Dieu, page 541.
(2) Elle a été gravée avec ce titre i.Vera effigie dell* antichissima e miracolosa imagine délia santissima Trinità che si venera nella v. chiesa situata nel monte délia terra di VaJlepietray diocesi di Anagni, (Dans ma collection.)
(3) S. Salvatore, délie tre imagini. Cf. Paneiroli, / tesori nascosii neWalma città di Roma.
(4) Douet-d'Accq, ^rcA. deVempire, collection de Sceaux.
(5) Houllier, État ecclésiastique du diocèse de Soissons^ 1783, page 449.
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Trinité {la Préparation du trôné) entre six anges adorateurs. Je n'ajouterai rien à ce que j'ai déjà dit an sujet des figures de saints qui se trouvent sur le cadre de notre tableau, et je passe immédiatement aux figures eu pied placées en bas dans les angles du cadre, élevant leurs mains vers la Uère de Dieu, et représentaîit Constantin Acropolis et sa femme Marie Tornicina, ainsi que nous rapprennent les inscriptions mises à côté d'eux, ydont voici le texte :
MoLpia, KofAvr/viâ Topixiva i iLKpovoXkiacFOL,
La famille Acropolite est assez connue dans l'histoire byzantine pour avoir mérité de trouver place dans les grandes biographies, où j'ai pu lire les articles consacrés à Georges (i^0-i282) et à son fils Constantin; mais en poursuivant mes recherches, je m'aperçus que Bu Cange donnait pour* femme à Constantin une Cantacuzëne. Or ce Constantin cité par Du Cange était-il le même que celui figuré sur le tableau? Du Cange se sefait^il trompé au sujet de celle qu'il donnait pour femme à Constantin? Je me posais ces questions, que je ne me sentais pas la force de résoudre. Cest alors que sur un conseil bienveillant qui me fut donné, je m'adressai à M. Constantin Sathas, d'Athènes, si versé dans la connaissance de l'histoire byzantine : je n'eus qu'à me louer de ma démarche, car M. Sathas, à qui j'adresse ici de nouveau tous mes remerciements, voulut bien m'écrire la lettre suivante, que je transcris avec son autorisation.
a Monsieur,
a Je m'empresse de répondre à votre demande sur Constantin AeropoUte et son épouse.
<r Gomme vous le savez très-bien, la généalogie byzantine est un vrai chaos dont personne après Du Gange ne s'est occupé à percer les ténèbres. L'ouvrage du grand byzantiniste français, vrai monument de patience infatigable et d^esprit critique, reste le seul guide pour ces recherches; mais plus on étudie les Familiae Auguètx Byzantinas^ plus on voit qu'il ne faut pas s'y fier les yeux fermés. Du Gange lui-même n'ayant pu éviter des erreurs qui souvent entravent au lieu de faciliter les recherches.
a Gonstantin Acropolite, dont le nom se trouve dans l'inscription du tableau que vous a communiqué le Père Martinow, fut, selon toute probabilité, le fils très-copnu de Georges Acropolite. Le père ^ distingua sous les derniers empereurs de Nicée^ et surtout sous Michel Paléologue, non-seulement comme historien et théologien, mais aussi comme homme d'État; à ce tiljre il a rendu de grands services au fondateur de la dynastie des Pahéologues, et ce fut lui qui, le premier, porta comme ministre le titre de grand logothète ; di^ih& sa mort, Michel Ylll admit dans le palais son fils Gonstantin et l'éleva dans son intimité avec un soin tout paternel (1). Sous Andronic 11, Gonstantin Acropolite fut nommé grand logothète avec un grade inférieur à Théodose Metochite, qui , lui aussi, portait le même titre (2).
« Du Gange se trompe en donnant comme épouse de Gonstantin Acropolite une' des Cant^uzène (3); il fut
(1) Georges Pachymère, Histoire^ vol. I, page 495, édition de Bonn.
(2) Georges Pachymère, Jean Cantacuzène, vol. I, page 68, édition de Boqd.
(3) Famifiie Bf/zantinx, page 260, édition du Louvre.
induit en erreur par un passage de Georges Pachymère qui, en parlant de deux fatniliers de Michel VIII Paléolo* gue, Théodore Muzalon et Constantin Acropolite, ajoute que le premier fut marié par Tempereur à cette Cantacu-* zène (i). Du Gange Ta pris pour Acropolite Muzalon, et de là l'erreur.
a Sur le mariage de Constantin Acropolite il ne reste qu'un seul témoignage, celui d'un auteur réfugié à Rome après la prise de Gonstantinople par les Turcs, le capitaine Démétrius Rallis, qui prétendait connaître la généa* logie des A cropolites auxquels sa famille même fut pour quelque temps alliée. C'est une lettre qu'il adressa à son fils, Manilius Rallis, archevêque de Monembasie, et publiée par Allattus (:2). Selon ce capitaine, Constantin Acropolite fut marié à une dame descendant en ligne droite de Jean Paléologue, frère de l'empereur Michel YIII ; de cette union de l'Acropolite avec une Paléologue naquirent cinq fils^ qui furent plus tard unis aux plus illustres maisons, et une fille mariée à Constantin Paléologue, le malheureux fils du même empereur qui, persécuté par son frère Andronic II, expira dans les fers (4306).
« Cette relation généalogique s'accorde jusqu'à un certain point avec Thistoire et ave^î l'inscription du tableau en question. Jean Paléologue épousa^ en effet, une fille du Sébastocrator Constantin Tornice (3), mais nous ignorons quels furent les père et mère de la femme de l'Acropolite, laquelle, dans le cas où elle serait issue de Jean
(1) Pachymère, I, pages 495-496.
(2) In Roherti Creightoni apparatum, Romae, 1674, pag. 646-621 ; de là, elle fut reproduite dana le premier volume de ma Biàliotàeea grœea mediixvi, vol. I, p. cxxvi-cxxxi.
(3) Pachymère, 1,408.
Paléolo^e, aurait donné la préférence au surnom de sa fiamille matefrnelle (Tornicina) en remplaçant celui du c6té paternel (Paléologine) par le nom de Conmènes (Cpmnéqine), comme porte l'inscription du tableau.
« Dans ce fait, je préfère plutôt voir une confusion des souvenirs du vieux capitaine grec, et je me hasarderais à proposer, la.coujecture suivante, qui pourrait simplifier la question.
« Une seconde fiUe de Constantin Tomice fut matiée à Jean Gomnëne Ducas, fils légitime de Michel II, le trop célèbre despote de l'Épire (i). ^ous ignorons aussi les noms des enfants issus de cette union ; mais un long poëme de Manuel Philé nous fournit quelques indices à ce sujet. Le poëte, en pleurant sur la mort d'une femme célèbre par sa beauté, nous dit que sa mère portait les noms de Comninina Tomicwa parce qu'elle était fille de Jean Comnène Ducas et petite-fille de Constantin Tornice le Sebastperalar, c'est-à-dire, le fruit du mariage précité, comme le dit clairem^t le poëte (S).
« L'épouse de Constantin Acropolite portant sur votre tableau les mêmes surnoms Tornicina Comnihma peut donc être fille de ce Jean Comnène Ducas et d^une seconde fiUe de Constantin Tomice.
AgréesSf Monsieur, etc.
a Constantin Sathas. d
Je n'ai rien à ajouter à la lettre que le savant athénien a eu l'obligeance de m'adresser ; je ferai observer que pour
(4)Pachyinère,I, 485.
(2) Manudis FMI» Carmina, édit. Miller, I, page S53. Le nom de cette dame est Hélène (eomme le dit le même Philé, I, page 449),
bien la 'comprendre, il faut bien se rappeler que, sou» les empereurs byzantins, les Grées portaient à volonté' le nom dé leurs aïeux paternels ou maternelê* Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, l'empereur Jean Ducas Yatace donna à son fils le nom de Théodore Lascaris, son aïeul materneL On comprend alors combien il est difficile parfois d'établir clairement certains faits bistoriques.
Je ferai remarquer de plus que certaines indications contenues dans cette lettre rectifient, en quelques endroits, une des tables généalogiques dressées par Mi Charles Hopf{l).
Il ne me reste plus qu'à dire quelques mots sur les costumes. Constantin, coiffé d'un haut bjonnet bombé, porte la barba entière; il est vêtu d'une Ipogue robe tombant jusqu'aux pieds, serrant étroitement le corps et les bras, et boutooinée du haut en bas commâ les rd)es 4e nos ecclésiastiques et de nos magistrats; cette figure n'est pas intacte, elle est détériorée dans le bas. Sa femme est vêtue d'une i^obe et d'un manteau qu'elle relève sur les deux bras et qui Tenveloppe presque entièrement; sa eoiSiire ressemble^ à une couronne fermée. On peut d'ailleurs avoir une idée exacte de ces deux figures d'après la copie (ftie j'en donne iei et que ja dois à l'ebligeauca de mon * ffère. Les vétemeois sont chamarrés de petits orneBoioris, ' QeursDu motifs capricieux; ils n'ont pas étéieproduits sur. le dessin, parce qu'ils ne sont p£^s asaev yisil;»les si^ lai photographie, v
On peut comparer utilement la figure de Constantin
pMiée$ atêfi notet ft tables gén^aloçiqueSf Berlio» iS73« ^ Tables XF, I. Despotes d'Épire et de Thessalie,
Aoropolite avec celle d'^^pocauquc, grand -duc et protovestiaire, mort en 1345, peinte dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (2144 gr.), exposé dans la galerie
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Mazarine sons le n^ 98. Ce manuscrit contient aussi la figure d'Aristote. Ces deux figures ont été publiées par Boivin, dans son édition de Nicéphore Grégoras, Paris, 1702, t. Il, p. 781-82. Aristote a été reproduit par Yisconti et par la Gazette hebdomadaire de médecine , année 1855.
Le second tableau, que je vais décrire, est encore un ouvrage byzantin; il doit dater de la fin du xiii* siècle ou
in commencement da îiy*; il est placé au-dessus d'un autel daas le dame de Freisingen, Bavière. Je ne le connais que par une photographie qui est entre mes mains.
La peinture représente la sainte Vierge en buste^ tournée vers la gauche, les mains élevées en signe d'adoration et de prière, telle que les Grecs Tout si souvent représentée près du Christ en croix ou assis sur son trône. C'est une suppliante pareille à celle du couvent de Ghelatt dont j'ai parlé plus haut (i).
Le fond est couvert d'une plaque d'argent doré» ouvrage en treillis dans le même genre que celle du tableau dont je viens de parler, et découpée de façon à suivre les contours de la figure. Le nimbe est accusé par un fort relief comme une sorte de bourrelet ; il est ouvragé aussi de rinceaux et, en outre, de demi-boules ciselées à jour. Des caractères grecs exécutés au repoussé donnent les mots
suivants : M-nvrip ©eoO (en abrégé), i iXniç twv oartjr^vryhwty
c'est-à-dire : Mère de Dieu, espérance des désespérés (2). Ce tableau peint et recouvert, en partie, de métal, est entouré d'un cadre formé par quatre larges et épaisses bandes, recouvertes en argent doré et ornées de dix médaillons émaillés sur lesquels on distingue : sur la bande supérieure, la Préparation du trôney entre les archanges Michel (?) et Gabriel; sur les côtés, saint Pierre et saint Paul, saint Démétrius et saint Georges; enfin, sur la
(1) La figure de la Vierge du tableau de Ghelatt a été publiée dans le magnifique ouvrage do MM. Rohault de Fleury sur la Sainte Vierge, t. II, pi. CXLIV.
(4) A Valence (Espagne), il y a une Madone célèbre, surnommée : Nuestra Senora de los Desamparados, Notre- Dame des Désespérés.
bcoi^e Inférieure, saint Pantaléon au milieu, entre saint GÀme et saint Damien, qui sont dans les angles.
Sur le sujet qui est en haut, au milieu, on lit: i hrinatTM (pour Irocpiaffia, qui se prononce de mém&). J'ai déjà parlé de oe sujet qui se trouve aussi en haut du tableau que je viens de décrire. Les saints, tous en buste, sont accompagnés chacun de leur nom, en grec, excepté un des anges, qui a perdu le sien par suite de détériora* tion, mais qui ne peut être que saint Michel.
Tout l'intervalle qui se trouve entre les médaillons est rempli par une inscription en relief, qu'il m'eût été impossible de déchiffirer entièrement et exactement sur ma photographie, mais dont j'ai trouvé le texte dans un petit volume publié par un savant de la localité (1). Je ne puis mieux faire que de reproduire sa transcription :
^rj/riç TToôoç, OLprpjpoç xat "xjiyjdoç rphoç 2ot T^ x.a$çip& 7rpo(T(fépovTai Tra/aOsvw.
kprpjpoç pivra x«i xpvcrov fvvLç ovrwç Ai$o((vro pxmoit uç cv ifQaprij oOcta.
'Ex Si i|'i»;^ç ô wo9oç «Sv, oSuvarov oCr'ôw owtXov ScÇacro, outi piïîv rùoç, KStif yàp lv0^ To (Tupta toOt'oSw Twrw ToO TYiç ^^J^fiç otxTOv « Suo'ftm'ôjv yJvet.
KocjfTTpivioç Taurà (rot Trpo(r<fép(0'j liyet
Kat raÛTa SsÇat (ru^naBôiç, w IlapOévg, Tbv /ïeuffTov TOÛTov àvTtStSovo'a jStov
(1) Docteur Joachim Sighart, Ikr Dom zu preising. Laod- ^\\\\if 4872, page 70.
'ùç riiu^ Isi^tMç xoet t^lç rntvov. ^
C*est-à-dîre : . .
Vierge très-pure, on f ofire ici ramour de rame, un amour spirituel, puis de l'argent, et en troisième lieu d6 Tor. A la vérité, l'argent ainsi que l'or peuvent être dété^ riorés comme toutes les choses passagères; mais Tamout )^rov^ant de Pâme immortelle ne peut jamais être tfôublé ni périr. Car lorsque notre corps est décomposé dans lé Adès, ce lieu de douleur, l'âme survit et continue à tè vénérer. Manuel Dishypatus, le maître du costume, lê lévite consacré, prononce ces paroles en te faisant cette offrande; accepte-la d'une manière favorable, 6 Vierge, et accorde-nous, en échange, que cette vie éphémère d'écoulé sans douleur^ grâce à ton intercession. Enfin montre^moi enfant du jour et de la lumière I (dans la vie future).
Nous voyons par cette inscription que le personnage qui fit exécuter le tableau se nommait Manuel Dishypatus, qu'il était dans les ordres ecclésiastiques (prêtre?) et qa*ll remplissait les fonctions de KMcrcphtoç, dignité mentionnée dans VOrdo de TËglise de Constantinople (i).
Pendant les cérémonies religieuses, ce dignitâijfe revé« tait l'évêque de ses divers ornements, tenait l'encens^ les aromates et un voile; il jetait de Teàu bénite sur le peuple pendant le chant de l'hymne de la Trinité; enfin il avaft des fonctions judiciaires et participait à certains jugements.
A première vue, on pourrait croire que le nom de Dishypatus, porté par Manuel, indique une fonction
(1) Cf. Goar Euchologion, édit. de Pari8> 1647^ page 2d8.
publique du gouvernement impérial exercée par ce personnage, mais on se tromperait. Du Gange nous dit bien que le mot DUhypatus est le nom qui était donné à certains fonctionnaires byzantins, dont les attributions ne sont pas bien connues. Mais il nous dit aussi que plusieurs familles byzantines ont porté comme nom propre des mots qualificatifs d*une fonction publique^ et il cite un certain non^bre d'individus portant le nom de Di$ky* patus^ parmi lesquels se trouve un Manuel Dishypatus, évéque de Thessalonique (1). Serait-ce le même que celui mentionné dans Tinscription du tableau? Ce ne serait pas impossible ; mais l'historien Pachymère, qui parle à plusieurs reprises de cet évéque, ne dit pas quelles fonctions il avait pu remplir avant ou pendant son épiscopat, et ni Le Quien (Orient Chrisiianus) y ni Tafel (Thessalofitca), ne fournissent aucunrenseignement sur la question^ Ce nom de Dishypaie', qui parait étrange, est pourtant devenu français, ainsi que nous l'apprend encore Du Gange. £n effet, un commandant militaire qui le portait, ayant émigré après la prise de Constantinople par les Turcs, se réfugia en France, où il fut Bien accueilli par Louis XL II servit quelque temps dans Tarmée du roi, puis il épousa Marguerite de Poix, d'une famille de Picardie (2).
Gomment le tableau de dévotion exécuté pour Manuel Dishypate se trouve-t-il à Freisingen? C'est ce qui me reste à dire pour terminer cet article. Vers l'année 1380 ce tableau fut envoyé en cadeau à Jean Galéas, duc de Milan, par l'empereur Jean Paléologue. Après la mort de
(1 ) Cf. le Glossaire grec au mot AtŒVTrecToç, et le Glos" saire latin au mot Dissipatus»
(2) Familias byzantinœy pag^ %b6.
ce prince, il passa dans les mains d'une noble Anglaise, la comtesse de Kentz^ et puis ensuite dans celles de Bronorius délia Scala, noble Italien qui, en 1440, le donna à son frère Nicodème délia Scala, évéque de Freisingen (1).
(4) Cf. Garol. Meichelbeck, Historia FrUingensis Aug. Vind., 1726, 2 vol. in-folio, t. I, page 223, et Sighart déjà dfé.
IMP. PKMh B0U8ERBZ, BCB DE LUCÉ, 5, TOURS.
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